L’Eglise condamne les meurtres rituels au Sénégal

Source: FSSPX Actualités

La famille du petit Sérigne Fallou Diop, 2 ans, retrouvé mort le 22 mars 2018, 4 jours après sa disparition.

Le chef de l’Eglise catholique au Sénégal a une nouvelle fois condamné la pratique des meurtres rituels - dont la plupart touchent des enfants - qui ensanglantent le pays. Pas moins de six cas ont été recensés depuis le début de l’année dans la seule capitale, Dakar. 

2018 risque de battre les records de meurtres d’enfants au Sénégal. Le phénomène s’expliquerait par le fait que des hommes politiques et des hommes d'affaires, en quête de réussite et de pouvoir, font appel à des sorciers pratiquant des rites sanglants de magie noire. 

L'archevêque de Dakar, Mgr Benjamin Ndiaye, par ailleurs président de la Conférence des évêques du Sénégal, s’est exprimé à Mbodiène le 18 mars 2018, devant plus de 20.000 jeunes issus des 54 paroisses de l'archidiocèse : « aucune ambition politique, aucun goût pour la richesse, aucun motif ne saurait justifier la perte de vies innocentes », a déclaré le prélat. 

S’appuyant sur les paroles du prophète Jérémie interdisant de répandre le sang innocent, Mgr Ndiaye a poursuivi : « quand je pense à l'enlèvement d'enfants, aux meurtres rituels, j'ai l'impression que ces paroles prophétiques s'adressent directement à nous aujourd’hui. Personne n'a le droit de prendre la vie d'un autre ».  

Un phénomène en augmentation 

Les meurtres rituels ont créé un climat de tension au Sénégal, et le gouvernement a promis d'agir. Le président Macky Sall s'est engagé à traquer les coupables et à les traduire en justice. Il affirme avoir ressenti « très douloureusement » ces crimes : « le Sénégal fera plus que par le passé pour mettre fin à ces actes terribles », a-t-il déclaré à Radio Futurs Médias. 

Le phénomène ne se limite pas au seul Sénégal. Des crimes rituels ont été également signalés dans plusieurs autres pays africains, notamment en Ouganda, au Libéria, en Côte-d'Ivoire, au Cameroun ou en Afrique du Sud.  

La plupart de ces meurtres ne sont généralement pas signalés et font rarement l'objet d'une enquête, souvent parce qu'ils impliquent des personnes de pouvoir. Mais la colère populaire gronde : le samedi 24 mars 2018, une grande marche de 500.000 personnes s'est déroulée à Dakar pour protester contre les meurtres rituels, brandissant des slogans tels que Dafadoy qui signifie « ça suffit ! ». « C'est un cri du cœur pour appeler les parents et le gouvernement à prendre chacun leurs responsabilités et à protéger les enfants », a déclaré Anta Pierre Loum, l'un des organisateurs. 

A un an de la prochaine élection présidentielle au Sénégal, la recrudescence de meurtres rituels est cependant à craindre. 

Faire reculer le paganisme 

Le Sénégal est un pays à 94% musulman où les catholiques ne représentent que 5% de la population. Si les animistes ne comptent officiellement que 1% d’adeptes, les rites païens sont parfois pratiqués par les croyants d'autres religions. 

Mgr Marcel Lefebvre fut missionnaire en Afrique noire avant d'être nommé à Dakar en 1947 en tant que Délégué apostolique pour l’Afrique de l’Ouest. Il fut le premier archevêque de Dakar, poste qu'il occupa jusqu'en 1962. Dans l’homélie de son jubilé sacerdotal, le 23 septembre 1979 à Paris, le prélat expliquait comment la messe catholique est capable de faire reculer l’obscurantisme païen : 

« J’ai pu voir ces villages de païens devenus chrétiens se transformer non seulement, je dirais, spirituellement et surnaturellement, mais se transformer physiquement, socialement, économiquement, politiquement, se transformer parce que ces personnes, de païennes qu’elles étaient, étaient devenues conscientes de la nécessité d’accomplir leur devoir, malgré les épreuves, malgré les sacrifices, de tenir leurs engagements et en particulier les engagements du mariage. 

« Et alors, le village se transformait peu à peu sous l’influence de la grâce, sous l’influence de la grâce du Saint Sacrifice de la messe, et tous ces villages voulaient avoir leur chapelle, tous ces villages voulaient avoir la visite du Père, la visite du missionnaire ! Elle était attendue avec impatience pour pouvoir assister à la sainte messe, pouvoir se confesser et communier ensuite. Des âmes se sont consacrées alors à Dieu, des religieux, des religieuses, des prêtres se donnaient à Dieu, se consacraient à Dieu, voilà le fruit de la sainte messe. 

« Pourquoi cela ? Il faut quand même que nous étudions un peu les motifs profonds de cette transformation. La raison profonde, c’est le sacrifice. La notion du sacrifice est une notion profondément chrétienne et profondément catholique. Notre vie ne peut pas se passer du sacrifice dès lors que Notre-Seigneur Jésus-Christ, Dieu Lui-même, a voulu prendre un corps comme le nôtre et nous dire : "Suivez-moi, prenez votre croix et suivez-moi si vous voulez être sauvé", et qu’Il nous a donné l’exemple de la mort sur la Croix, qu’Il a répandu son Sang. Oserions-nous, nous ses pauvres créatures, pécheurs que nous sommes, ne pas suivre Notre-Seigneur en suivant son sacrifice, en suivant sa croix ? » 

« Voilà tout le mystère de la civilisation chrétienne, voilà ce qu’est la racine de la civilisation chrétienne, de la civilisation catholique ». 

Pour faire reculer le paganisme, l'infidélité sous toutes ses formes, la décadence morale et l'apostasie des sociétés, il n'est d'autre solution que de se tourner vers le Christ-Roi des nations. Seule la restauration de la sainte Messe dans son rite inchangé et la proclamation des droits de Dieu sur les hommes pourront porter des fruits durables de civilisation. Les commandements de Dieu ne sont pas facultatifs, et c'est en vain que les hommes cherchent à s'y soustraire ; ils courent alors à leur perte, bâtissant sur le sable et se tournant vers les idoles.

Des enfants défilent lors de la "grande marche pour la protection des enfants" le 24 mars 2018.