L'Eglise dans l'incertitude après le "oui" des Kurdes à l'indépendance

Lors du scrutin du 25 septembre 2017, le « oui » au référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien a remporté une large victoire avec 92,73% des suffrages exprimés. Mgr Louis Raphaël Sako, patriarche catholique de rite chaldéen, craint une nouvelle flambée de violence à l’issue du scrutin, dont la communauté chrétienne ne manquera pas, une fois de plus, de faire les frais.

Les tensions sont vives en Irak depuis l’annonce de la victoire du « oui » à l’indépendance du Kurdistan irakien lors du référendum qui s’est tenu le 25 septembre dernier. Les pressions venues de l’extérieur n’ont pas manqué, de la part de la Turquie et de l’Iran tout d’abord, pour qui l’indépendance pourrait avoir de graves conséquences déstabilisatrices pour toute la région.

Les pressions sont aussi venues du pouvoir central de Bagdad : « Nous ne permettrons pas la partition de l’Irak », a prévenu le Premier ministre Haidar Al-Habadi, décrétant d’ailleurs un embargo sur la ville d’Erbil, la capitale de l’éventuel futur Etat kurde.

L’Eglise chaldéenne, par la voix de son patriarche, Mgr Louis Raphaël Sako, a également fait part de son inquiétude devant le risque d’escalade dans un pays profondément meurtri et divisé par les récents conflits. « La situation est très tendue ici », avait déclaré le patriarche chaldéen au micro de Radio Vatican, ajoutant : « les gens sont prêts à faire la guerre si le ‘oui' l’emporte au référendum ».

Mgr Sako a de plus dénoncé le fait que les autorités locales kurdes ont tout fait pour instrumentaliser la minorité chrétienne dans un vote dont l’issue est plus qu’incertaine. Ainsi, le Conseil suprême pour le référendum, dans une conférence de presse donnée le 24 septembre, a présenté un document politique en 16 points dans lequel est annoncée la garantie pleine et entière des droits personnels et communautaires de l’ensemble des composantes nationales et religieuses présentes dans le futur Kurdistan indépendant. De quoi attirer les votes en faveur de l'indépendance.

Mais plusieurs voix se sont élevées, dont celles du parti Zowaa - Mouvement Démocratique Assyrien - pour dénoncer les promesses contenues dans ce document. Selon ce parti qui milite pour un Etat fédéral, elles ne seront pas suffisantes pour garantir la réelle protection des droits des différentes composantes religieuses.

Le patriarche catholique chaldéen a émis beaucoup de réserves envers un scrutin susceptible de mettre le feu aux poudres. Un nouveau conflit ne pourrait que fragiliser davantage la communauté catholique qui panse à peine les plaies de la guerre contre l'Etat islamique.

Prochaine étape : le gouvernement régional autonome du Kurdistan irakien a annoncé la tenue d'élections présidentielles et parlementaires le 1er novembre prochain. Un pas de plus vers la sécession de cette province et l'établissement d'un nouvel Etat.