L’encyclique "Deus caritas est" analysée par Benoît XVI lui-même

 

Benoît XVI a écrit une lettre à l’intention des lecteurs de Famiglia cristiana, dans laquelle il donne une clef de lecture pour son encyclique. Ce courrier est publié dans l’édition du 5 février 2006 de l’hebdomadaire catholique italien, numéro où se trouve un exemplaire offert de Deus caritas est.

 "Je suis heureux que Famiglia cristiana vous envoie le texte de mon encyclique et me donne la possibilité de l’accompagner de quelques mots visant à en faciliter la lecture", explique le pape au début de sa lettre. Benoît XVI reconnaît de prime abord que Deus caritas est "peut paraître un peu difficile et théorique au début". Il ajoute cependant que, lorsque l’on avance dans la lecture, on comprend qu’il a "simplement voulu répondre à quelques questions très concrètes pour la vie chrétienne".

 Le souverain pontife mentionne alors les points sur lesquels il a voulu que ses lecteurs s’interrogent, et il apporte de façon synthétique quelques éléments de réponse. "Peut-on vraiment aimer Dieu?" est sa première question, et il répond : "oui, nous pouvons aimer Dieu, étant donné (…) qu’il est entré et entre dans notre vie" et qu’il vient "vers chacun de nous". "Dieu ne nous a pas seulement offert l’amour mais l’a vécu en premier et frappe de nombreuses façons à notre cœur pour susciter notre amour en réponse". "L’amour n’est pas seulement un sentiment, la volonté et l’intelligence lui appartiennent aussi", affirme le pape.

 "Pouvons-nous vraiment aimer notre prochain, qui nous est étranger ou même antipathique?", telle est la deuxième question sur laquelle s’arrête le pape. "Oui, nous le pouvons, si nous sommes des amis de Dieu", répond-t-il. En effet, si "l’amitié avec le Christ" devient pour nous "importante et incisive", alors, "nous aimerons ceux auxquels il veut du bien".

 "Avec ses commandements et ses interdits, l’Eglise ne rend-elle pas amère la joie de l’éros, de l’être aimé qui nous pousse vers l’autre et veut devenir union?", est le troisième point abordé par Benoît XVI dans sa lettre. Il précise alors qu’il a cherché, dans l’encyclique, "à démontrer que la promesse plus profonde de l’éros peut seulement mûrir quand nous ne cherchons pas le bonheur immédiat". "Au contraire, poursuit-il, nous devons trouver ensemble la patience de découvrir l’autre toujours plus profondément, dans la totalité du corps et de l’âme, de façon à ce que le bonheur de l’autre devienne finalement toujours plus important que le mien".

 Le pape passe alors à la seconde partie de l’Encyclique, celle autour de la charité comme "service d’amour communautaire de l’Eglise" pour tous ceux qui souffrent et ont besoin "du don de l’amour". "L’Eglise ne peut-elle pas laisser ce service à d’autres organisations philanthropiques qui se créent de différentes façons?", s’interroge le Saint Père. Répondant par la négative, il explique que l’Eglise "doit pratiquer l’amour pour le prochain également comme communauté, sinon elle annonce le Dieu de l’amour de façon incomplète et insuffisante". La seconde interrogation sur laquelle il se penche est celle de la justice. "Ne faudrait-il pas plutôt tendre à un ordre de la justice dans lequel il n’y a plus de nécessiteux et ainsi la charité devient superflue ?". "Indubitablement, l’objectif de la politique est de créer un ordre juste de la société", affirme le pape et, "en ce sens, la justice est le véritable objectif de la politique tout comme la paix qui ne peut exister sans justice". L’ Eglise, par nature, ne fait pas directement "de politique", précise-t-il aussi, mais "respecte l’autonomie de l’Etat et son ordre".

 Cependant, si la recherche de cet ordre de la justice appartient "à la raison commune", la raison est souvent "biaisée par les intérêts et la volonté de pouvoir", souligne le pape. C’est alors "le devoir de l’Eglise", par la foi, "de guérir la raison et de renforcer la volonté du bien". "Les chrétiens engagés dans les professions publiques doivent toujours ouvrir, par leur action politique, de nouvelles voies à la justice", insiste encore Benoît XVI.

 Le pape termine sa lettre en développant une dernière idée, qui lui tient "particulièrement à cœur", celle de la justice "qui ne rend jamais l’amour superflu". Ainsi, "au-delà de la justice, l’homme aura toujours plus besoin d’amour", et cela est d’autant plus vrai dans ce monde "tellement blessé".

 "Cela n’arrive pas à tous les directeurs d’un journal qu’après la sortie d’une encyclique, le pape lui fasse parvenir sa contribution personnelle pour donner une clef d’interprétation au texte", a écrit pour sa part le directeur de l’hebdomadaire, Antonio Sciortino, dans un mot de remerciement publié à côté de la lettre du souverain pontife.