Les attentes des cardinaux avant le conclave
Au cours des 10 congrégations générales réunissant tous les cardinaux, électeurs et non-électeurs, avant l’ouverture du conclave, il y a eu 161 interventions permettant de présenter les questions importantes qui attendent le nouveau pape, et de dégager le profil du cardinal le mieux à même de traiter ces questions. Ainsi ont été étudiés, au cours de ces réunions, le « travail de la curie et son amélioration », la « mission de l´Eglise dans le monde et la nécessité d´une nouvelle évangélisation »... Et plus particulièrement, le 8 mars, les 152 cardinaux présents ont pu entendre les interventions des cardinaux Giuseppe Versaldi, président de la Préfecture pour les affaires économiques du Saint-Siège, Domenico Calcagno, président de l’Administration du patrimoine du siège apostolique, et Giuseppe Bertello, président du Gouvernorat de l’Etat de la Cité du Vatican. Un tel exposé sur le patrimoine et l´administration du Saint-Siège est prévu par la Constitution apostolique Pastor Bonus (1988) qui stipule que, lorsque le siège apostolique est vacant, « le cardinal camerlingue a le droit et le devoir de demander (...) à toutes les administrations du Saint-Siège les rapports sur l´état de leur patrimoine et de leurs finances, de même que les informations concernant les affaires extraordinaires éventuellement en cours » (171 § 2). Le camerlingue doit aussi « demander à la Préfecture des affaires économiques du Saint-Siège le bilan comptable de l´année précédente, ainsi que le bilan prévisionnel de l´année à venir » et soumettre tous les documents au collège cardinalice.
Au cours de ces congrégations générales, selon le P. Federico Lombardi, directeur de la Salle de Presse du Vatican, il a surtout été question, à plusieurs reprises, « de l’organisation du Saint-Siège et des relations entre la curie et les Eglises particulières. » Comme l’écrivait Jean-Marie Guénois dans Le Figaro du 6 mars 2013 : « Beaucoup de cardinaux pensent que l'heure est venue de revoir de fond en comble le fonctionnement de la curie. Ils veulent une réforme de système : un secrétaire d'Etat avec moins de pouvoirs ; un Conseil des ministres effectif autour du pape ; un Vatican conçu comme un lieu de service des Eglises continentales et non comme un lieu de pouvoir. Ce qui fait craindre une crise de niveau institutionnel, donc très grave, à la vieille garde italienne qui tient tout, en vérité depuis longtemps. Après Paul VI, ni Jean-Paul II ni Benoît XVI n'ont vraiment gouverné la curie. Ce sont donc plus de trente années de dérives de pouvoirs qui implosent. »
Il importe de remarquer que cette volonté de réforme de la curie n’est pas sans ambigüité. Certes des dysfonctionnements se sont manifestés, ces dernières années, et l’on ne peut que souhaiter que le nouveau pape y remédie, ce que demandent légitimement certains cardinaux. Mais d’autres souhaiteraient une réforme structurelle de la curie dans le sens d’une décentralisation qui favoriserait encore plus la collégialité promue par Vatican II. Cette ambigüité dangereuse est loin d’avoir été dissipée par les diverses déclarations des uns et des autres, en marge des congrégations avant le conclave.
Le cardinal Jean-Louis Tauran a affirmé : « Je crois d´abord qu´il faudra continuer ce qu'a fait Benoît XVI, c´est-à-dire enseigner le contenu de la foi. Dans le monde d´aujourd´hui, les chrétiens doivent être en mesure de rendre raison de leur foi en ayant une connaissance du contenu de cette foi, car on ne transmet pas des impressions. Il faudra aussi un pape très ouvert au dialogue avec les cultures et les religions. Bien sûr, je pense au dialogue interreligieux, mais aussi celui avec les autres Eglises chrétiennes. Il faudra aussi qu´il puisse faire une réforme de la curie, de manière à ce qu´il y ait plus de coordination. » A la question : « Avant d´être élu, Joseph Ratzinger voulait pourtant effectuer cette réforme... », le prélat français a répondu : « Oui, mais la curie est une grosse machine ! Il faut peut-être un pape plus jeune. » - Quel âge devrait-il avoir selon vous ? - L´âge idéal c´est plus ou moins 65 ans... même 70 ans s´il est en bonne forme.
Sur la chaîne de télévision australienne Seven Network, le cardinal George Pell, archevêque de Sydney (Australie), a déclaré, le 27 février, que le pape démissionnaire était un brillant professeur, mais il a regretté que la « gouvernance » n´ait pas été son point fort. « Le prochain pape devra bien sûr être un bon théologien, mais je préférerais que ce soit quelqu´un qui puisse réellement mener l´Eglise et la rassembler un peu », a précisé Mgr Pell, tout en déplorant que la renonciation du pape ait créé un précédent et fragilisé encore un peu plus la position de l´Eglise qui a besoin, selon lui, d’un « dirigeant plus efficace ».
Le cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux (France), a fait savoir à l’agence romaine I.Media, le 8 mars, que les cardinaux souhaitaient un souverain pontife « capable d´entrer véritablement dans la dynamique de la nouvelle évangélisation ». Il devra être « un homme de foi » qui « tire l´Eglise en avant ». Après Jean-Paul II et Benoît XVI, a-t-il ajouté, il est également important qu´il soit théologien. Pour autant, après le « grand enseignant » qu´a été Benoît XVI, certains disent que le moment est venu pour un pape « plus pasteur ». Enfin, il faut aussi « un homme de gouvernement », selon le prélat français qui est revenu sur l´importance d´une réflexion concernant les relations entre les Eglises locales et Rome. Il a ainsi affirmé que plusieurs cardinaux se sont montrés critiques face à certains dysfonctionnements dans les relations entre les diocèses, d´une part, et les congrégations et conseils pontificaux du Saint-Siège, de l´autre. Les cardinaux font « des suggestions pour un meilleur fonctionnement, pour plus de concertation, d´ouverture ». Ils voudraient davantage de « décloisonnement » entre les différents organismes, pour une collaboration plus harmonieuse. Beaucoup appellent également de leurs vœux une « plus grande collégialité ».
« Il serait bon que le pape puisse rencontrer plus souvent les chefs de ces congrégations ou de ces conseils », a estimé le cardinal Ricard, soulignant « le besoin d´une ligne directrice qui puisse être donnée pour éviter que chacun ne fasse un travail de son côté », certes « sérieux mais sans concertation avec les autres ». (Sources : VIS/Apic/Imedia/Figaro – DICI n°272 du 15/03/13)
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