Les dessous de la mise en cause de Benoît XVI

Source: FSSPX Actualités

17 juin 1977, le pape Paul VI remet la barette cardinalice à Mgr Joseph Ratzinger, archevêque de Munich et Freising

Outre-Rhin, la campagne visant à discréditer la figure de l’ancien pontife romain, en lui reprochant son inaction dans la gestion de certains clercs coupables d’abus, fait rage. Le Vatican a pris la défense du pape émérite, en regrettant « la recherche de boucs émissaires faciles et des jugements sommaires ». Mais qui a intérêt à ce lynchage médiatique ?

Le 20 janvier 2022, une nouvelle étude sur les abus dans l’Eglise, commandée par le diocèse de Munich et Freising, actuellement dirigé par le cardinal Reinhard Marx, rend ses conclusions.

Au terme d’un volumineux rapport de 1 600 pages, le cabinet d’avocat Westphahl Spilker Wastl, met en cause l’ancien pape Benoît XVI, lui reprochant de n’avoir pas pris les mesures nécessaires afin d’écarter plusieurs clercs coupables d’abus, alors qu’il se trouvait à la tête du diocèse de Munich.

Modifiant un premier témoignage, le pape émérite confirme, le 24 janvier dernier, à l’agence KNA, avoir participé à une réunion, en 1980, concernant l’hébergement dans son diocèse de Munich d’un prêtre soupçonné d’agressions sexuelles sur mineurs.

Son secrétaire privé, Mgr Georg Gänswein, précise qu’« aucune décision n’avait été prise lors de cette réunion concernant l’engagement pastoral du prêtre concerné ».

Quelques jours après, le Saint-Siège a publié, sur son site officiel d’information, une défense de l’ancien pontife romain : Andrea Tornielli, en sa qualité de directeur éditorial des médias du Vatican, a signé un texte ayant nécessairement reçu l’aval de la secrétairerie d’Etat.

A qui profite le crime ?

Le fait de jeter en pâture aux médias mondiaux la figure de Benoît XVI, âgé de 94 ans à cette heure, ne semble pas relever d’un pur hasard de calendrier.

C’est ce que laisse entendre l’évêque émérite de Rhège-en-Emilie (Italie) : « c’est une manœuvre contre le pape Ratzinger qui vient de l’intérieur de l’Eglise », dénonce Mgr Massimo Camisasca, qui désigne des « secteurs libéraux de l’Eglise incarnés dans les dérives du chemin synodal allemand ».

Une invitation à se déplacer vers les bords du Rhin, ou plus précisément sur les bords de l’Isar, affluent du Danube, qui traverse la ville de Munich. Car la mise en cause de Joseph Ratzinger tombe à point nommé pour l’actuel archevêque de la cité bavaroise.

En effet, le cardinal Marx, membre du « C9 » – le conseil des cardinaux chargé par le Saint-Père de procéder à la réforme de la Curie romaine – a présenté, il y a quelques mois, à la suite d’une première série de révélations d’abus présumés couverts par le diocèse, une démission de pure forme au pape François, qui s’est empressé de confirmer le haut prélat à son poste.

Depuis que l’intérêt s’est déplacé sur Benoît XVI, la démission du porporato allemand n’est plus d’actualité : « je suis prêt à continuer de servir si cela est utile afin d’implémenter les nouvelles mesures qui doivent être prises dans le cadre de la réforme de l’Eglise », déclare Mgr Marx.

Ce dernier pointe du doigt le « désastre systémique » des abus, et « l’importance de faire avancer les réformes discutées dans le cadre du chemin synodal allemand », car l’Eglise ne sera pas en mesure de surmonter la crise des abus avec succès « sans un renouveau vraiment profond », selon lui.

Le 27 janvier, le haut prélat est allé plus loin, prétendant ne pas voir « dans l’homosexualité, un obstacle à l’ordination sacerdotale », à condition de respecter le vœu de chasteté…

L’ancien souverain pontife allemand chargé par les évêques d’outre-Rhin

La charge contre l’ancien souverain pontife paraît bien orchestrée : l’évêque d’Essen, « invite  le pape émérite à reconnaître sa responsabilité ». « Dans ce genre de cas, la responsabilité est avant tout personnelle, et il faut en tirer toutes les conséquences », avertit Mgr Franz-Josef Overbeck.

Pour l’évêque d’Aix-la-Chapelle, Joseph Ratzinger devrait publiquement reconnaître sa culpabilité : « il y a des situations où, quand on est coupable, il ne suffit pas de reconnaître ses fautes dans le secret de la prière ou dans la confession », déclare, avec des accents moralistes qu’on ne lui connaissait pas, Mgr Helmut Dieser.

Le coup de grâce est venu du président de la Conférence des évêques d’Allemagne (DBK), qui n’hésite pas à évoquer le « comportement désastreux et la dissimulation » de Benoît XVI. « L’heure de vérité est arrivée », conclut de façon mélodramatique Mgr Georg Bätzing.

Le père Hans Zollner, membre de la Commission pontificale pour la protection des mineurs n’épargne pas non plus l’ancien pape allemand dont le pontificat devra « nécessairement être réévalué ». Dans une interview accordée à BR24 Extra, le père Zollner déclare qu’il est important que Benoît XVI « reconnaisse ses erreurs et présente des excuses ».

Les laïcs engagés dans le processus synodal ne sont pas en reste : les militantes du mouvement Maria 2.0 appellent le pape émérite à « renoncer à utiliser son nom pontifical ainsi que les titres et insignes qui lui sont associés ».

Cependant, dans un entretien au Tagespost, Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron, s’étonne devant ce qu’il estime être un acharnement médiatique. Benoît XVI est « reconnu coupable a priori, sans preuve, dans une enquête qui n’est pas judiciaire, et fait l’objet d’un procès médiatique qui l’expose de manière ciblée et disproportionnée à la vindicte publique », remarque-t-il.

Sans vouloir ni défendre ni accuser l’ancien pontife romain, dans une affaire dont tous les éléments ne sont pas connus, il n’est toutefois pas difficile de saisir les intentions : cet assaut contre Joseph Ratzinger est l’occasion pour discréditer son pontificat, considéré aux yeux des novateurs comme trop conservateur. Il s’agit finalement de déblayer le plus possible le terrain devant le Chemin synodal.