Les trésors millénaires de l’abbaye d’Einsiedeln en Suisse
L’abbaye bénédictine d’Einsiedeln, fondée en 934, est le plus important lieu de pèlerinage marial de Suisse. Dans l’église abbatiale dédiée à Notre Dame des Ermites, la chapelle des Grâces en marbre noir abrite une célèbre Vierge Noire du XVe siècle, sous une coupole ornée de fresques.
Ce monastère d’architecture baroque possède une bibliothèque qui abrite des trésors, dont le plus vieux graduel au monde ; 1.280 manuscrits, 1.100 incunables et 230.000 ouvrages y sont précieusement conservés. La bibliothèque du monastère est ouverte au public dans le cadre de visites guidées. L’abbaye bénédictine d’Einsiedeln est également une station du chemin de Saint-Jacques de Compostelle. En 2017, le monastère comptait une cinquantaine de religieux dont 41 prêtres.
Dès les premiers abbés (Thietland, Gregor), Einsiedeln eut son scriptorium, créé, tout comme l’école monastique, par saint Wolfgang. Il atteignit les sommets de l’enluminure aux Xe et XIe siècles. Un nombre sans doute considérable de copistes réalisa des ouvrages théologiques et liturgiques, ainsi que des vies de saints. Composé vers 960, le graduel d’Einsiedeln passe pour la plus ancienne notation de musique chorale. Les Annales Einsidlenses, le calendrier et les Annales Heremi (Xe-XIe s.) témoignent d’un intérêt précoce pour l’historiographie. Dans la seconde moitié du XIIe s., le scriptorium souffrit momentanément d’une perte de vitalité. Vers la fin du Moyen Age, on ne relève que de rares, mais remarquables réalisations telles que les quatre antiphonaires élaborés sous Johannes von Schwanden, première transcription suisse de neumes en notation carrée. Avec le nouvel âge d’or du monastère vers 1600, le livre retrouva sa place. L’abbé Augustin Hofmann édifia le premier bâtiment entièrement réservé à une bibliothèque. Son successeur Placidus Reimann installa en 1664 une imprimerie et fit réaliser cinq des quatorze volumes des Documenta Archivii Einsidlensis. D’autres œuvres consacrées surtout à la théologie, à la liturgie et à l’histoire suivirent, dont la monumentale Theologia scholastica en treize tomes de l’abbé Augustin Reding.
Huit colonnes se retrouvent aux quatre angles de la bibliothèque. Leur chapiteau représente tour à tour les quatre saisons – symbolisés par des fleurs, des céréales, du raisin et de la fourrure – ainsi que les quatre éléments – avec un oiseau, une lampe à huile, des poissons et des fruits et légumes. Une manière propre à l’art baroque de signifier que tout ce qui est connu dans l’espace et le temps se retrouve dans les livres.
De 1994 à 1998, d’important travaux de restauration ont permis à la bibliothèque d’Einsiedeln de retrouver l’état original de la salle baroque de 1740. Les travaux effectués concernent non seulement l’aspect architectural, mais aussi la conservation des ouvrages qui auparavant souffraient du froid, de la chaleur et de l’humidité, et étaient exposés au risque d’incendie.
Encouragée par saint Benoît, l’étude est un des fondements de la vie monastique. Tout au long du Moyen Age, cette culture du livre a favorisé la transmission du savoir.
(Sources : cath.ch/einsiedeln – FSSPX.Actualités - 26/10/2019)