Lettre ouverte au Pape au sujet de la canonisation de Mgr de Balaguer
Votre Sainteté,
Nous vous demandons de nous ouvrir votre cœur et votre esprit et de croire que nous sommes profondément sincères, car nous sommes conscients que nous vous demandons audience au sujet de l’affaire sérieuse de l’Opus Dei et de la canonisation de son fondateur, Monsignor Josemaria Escriva. Nous parlons comme témoins devant la Vérité elle-même, Jésus Christ, le Témoin fidèle, le Juste, qui sonde les reins et les cœurs et pour qui rien n’est caché. Nous prions, bien sûr, que Monseigneur Escriva soit dans la paix de Dieu, mais nous nous inquiétons de ce que sa canonisation va le promouvoir, lui aussi bien que l’Opus Dei, comme un modèle de sainteté. Nous faisons appel à vous maintenant, à cette heure tardive, parce que tous nos efforts précédents ont été ignorés, et parce que le danger est profond. Nous croyons que la vérité que nous disons devrait être entendue et qu’on devrait agir en conséquence pour le bien de l’Evangile, de la conscience des fidèles, pour l’honneur de l’Eglise et l’autorité future de la papauté.
Parce que nous croyons que cette vérité vous a été en grande partie cachée, nous donnons maintenant notre témoignage pour vous avertir du danger pour la foi causé par la révérence injustifiée pour l’homme que vous avez l’intention de canoniser bientôt, et par l’organisation plus que questionnable qu’il a fondée à son image et selon son esprit. Nous parlons non seulement en raison d’une expérience profonde et blessante mais aussi de la part d’autres personnes qui ont été trompées, maltraitées et déshumanisées en tant que membres de l’Opus Dei. Beaucoup d’entre eux, par la grâce de Dieu ont pu quitter en bonne conscience, mais beaucoup d’autres continuent à souffrir sérieusement au sein de l’Opus Dei.
Ces membres d’une organisation qui se dit sainte, vivent et travaillent non pas dans l’esprit joyeux que St Paul appelle « la glorieuse liberté des enfants de Dieu » mais dans une parodie de christianisme qui contrôle leur esprit et dans l’ombre d’une idole qu’ils appellent « Le Père » et « Notre Père ». Nous sommes bien conscients de votre estime pour lui, et combien ces accusations doivent paraître choquantes et peu probables à quiconque n’est pas au courant du mauvais côté de Monseigneur Escriva et de l’Opus Dei. Mais nous savons aussi que ces accusations sont vraies. Nous prions donc pour que la vérité que vous avez louée de façon si mémorable dans Veritatis Splendor trouve entrée en vous, même à cette heure tardive et empêche que prenne place cette parodie terrible et impensable.
Dans cette célèbre encyclique, vous avez écrit : « l’homme est constamment tenté de détourner son regard du Dieu vrai et vivant pour le diriger vers des idoles. » Ceci est particulièrement vrai, Votre Sainteté, quand l’idole porte la pourpre d’un monsignor, fait des déclarations publiques bienveillantes, et se présente comme le champion de l’orthodoxie catholique – alors que parallèlement, il détache les enfants de leurs parents, il cherche le prestige et les honneurs, favorise le culte de la personnalité et promeut sa propre canonisation.
Sans aucun doute, Votre Sainteté, vous avez été témoin, et on vous a parlé d’un Opus Dei très différent. Vous avez vu son autre côté, son zèle et son efficacité, son apparente générosité financière, son aide dans le combat contre le communisme en Pologne et sa contribution pour faire opposition à la propagande en faveur de l’avortement dans les pays en voie de développement. Pourtant, de tels efforts ne font qu’évoquer les efforts d’une autre organisation catholique, le Sillon, qui, il y a un siècle, a récolté d’amples louanges avant de s’attirer un blâme ferme et durable du grand pape Pie X. Avec l’Opus Dei comme avec le Sillon, il est indispensable d’user de la baguette de la correction. Aucun bien que les membres individuels, ou l’organisation peuvent avoir fait ou peuvent faire en ce moment, ne peut même commencer à compenser le mal terrible qu’il a fait en divisant les familles, en détournant de l’Eglise beaucoup de parents de ses membres, en faisant des campagnes incessantes et sans scrupule pour gagner le pouvoir et la richesse, en infligeant un dommage moral à ses membres par son culte du secret et de la malhonnêteté, et un dommage psychologique en les dépersonnalisant et les privant émotionnellement. Comme Monsignor Escriva le conseillait aux membres de l’Opus Dei : « … mangez, dormez et oubliez que vous existez. »
Pendant ce temps, tout cela continue à se produire alors même que l’Opus Dei se réclame d’être, selon le mot de Monsignor Escriva « l’objet de la prédilection de Dieu », une organisation destinée, selon un dessein de bienveillance, « pour les hommes et les femmes de toutes races qui s’efforcent d’aimer et de servir Dieu dans et par leur travail quotidien ». Ceci n’est pas la splendeur de la vérité, c’est la rhétorique d’une organisation qui pousse les choses très loin pour supprimer toute critique, qui cultive dans ses membres une loyauté d’une intensité dangereuse envers elle-même et son fondateur, qui, derrière sa façade d’orthodoxie, s’insinue dans les plus hautes sphères du gouvernement de l’Eglise, et qui représente un grave danger futur pour l’intégrité et l’unité de l’Eglise catholique.
Nous nous dressons contre cette organisation parce que nous sommes des catholiques fidèles qui refusent d’appeler le mal un bien et le bien un mal. De même que l’auteur de l’Epître aux Hébreux parle d’une nuée de témoins célestes veillant sur les enfants de la foi, de même, nous, vos suppliants, nous parlons au nom d’une nuée de témoins terrestres. Elle comprend des prêtres et des professeurs, des docteurs et des hommes de loi, des cuisiniers et des femmes de ménage. Elle comprend des gens qui ont connu intimement Monsignor Escriva et qui peuvent témoigner de son arrogance, de son caractère malveillant, de sa recherche inconvenante d’un titre (Marquis de Peralta), de sa malhonnêteté, de son indifférence envers les pauvres, de son amour du luxe et de l’ostentation, de son manque de compassion, et de son dévouement idolâtre envers l’Opus Dei.
Il est regrettable, Votre Sainteté, que vous n’ayez pas entendu ces témoins. Pas plus d’ailleurs que ne l’a fait un corps ecclésiastique à Rome, y compris la Congrégation pour les causes des saints, qui est chargée de séparer la vérité de l’erreur dans l’affaire d’une telle importance qui est de décider qui sera déclaré digne d’être appelé un intercesseur céleste. En toute simplicité, ces témoins n’ont pas été entendus parce que l’Opus Dei et ses supporters l’ont empêché. L’office du Promoteur de la foi (ou avocat du diable) a été éliminé, avec pour résultat que, précisément au moment où on en a le plus besoin, il n’y ait personne pour dire : « Ecoutons maintenant les témoins qui pensent que Monsignor Escriva ne devrait pas être élevé sur les autels. » Aujourd’hui, alors que le 6 octobre approche à grands pas et que nous nous dirigeons vers un grave scandale pour l’Eglise, il vous reste à vous, Très Saint Père, d’être ce Promoteur de la foi et d’écouter les voix fidèles qui parlent de cette nuée de témoins.
N’ayant aucune crainte de la vérité, n’ayant aucun besoin de la cacher ou de la garder secrète à la manière de l’Opus Dei, nous vous pressons d’inviter non seulement des témoins pris dans nos rangs pour témoigner en votre présence, mais aussi des représentants de l’Opus Dei. Alors nous verrons qui osera se parjurer. Ce ne sera aucun de ceux qui ont signé cette lettre, Votre Sainteté, car nous savons que dans la volonté parfaite de Dieu la vérité que nous disons ne peut pas, à la fin, subir de défaite, quelle que soit l’habileté avec laquelle l’opposition ment, quel que soit l’art avec lequel elle se déguise, et quelle que longue et persistante soit la tromperie.
Comme vous le savez bien, l’Eglise vit en ce moment même un scandale qui est un vrai cauchemar à cause de prêtres et d’évêques renégats qui sont impliqués dans des crimes contre nature et dans des crimes contre des enfants. Mais quel qu’en soit l’horreur, ce fléau passera. Mais la canonisation de Monsignor Escriva, elle, ne passera pas. Elle offensera Dieu. Elle fera tache sur l’Eglise à jamais. Elle enlèvera aux saints leur sainte distinction. Elle mettra en question la crédibilité de toutes les canonisations faites durant votre pontificat. Elle sapera l’autorité future de la papauté.
L’Eglise est entraînée vers le bord d’un précipice et en est aussi proche que le calendrier est proche du 6 octobre. En conséquence, nous vous implorons, Très Saint Père, comme vos brebis et les serviteurs de Dieu, de faire marche arrière, de rechercher le témoignage qui vous a été caché, de réaffirmer la marque de l’Eglise comme pilier et fondement de la vérité, et d’avoir confiance que le ciel tracera une voie pour sortir de cette terrible difficulté, tandis qu’Il vous aide à restaurer la splendeur de la vérité dans la beauté de la sainteté.
Dans l’espérance et la fidélité nous attendons votre réponse.