Lettre ouverte de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X à Madame Ruth Metzler, Conseillère fédérale
Rickenbach, le 13 mai 2002
Madame la Conseillère fédérale,
En vue de la votation du 2 juin 2002 vous avez réclamé par préférence et par principe une discussion loyale dans le débat à propos de la votation. Il aurait été cependant plus judicieux de proposer un débat sur le fondement de la vérité, de la justice et de l’éthique naturelle. Votre exigence a donc rabaissé une question fondamentale de l’éthique et plus généralement de l’anthropologie au niveau d’un vulgaire forum et celle-ci a été remise à la volonté arbitraire d’une majorité. Pour la première fois dans l’histoire de la civilisation humaine, un peuple tout entier décide de l’extermination de vies innocentes. A ce sujet et à juste titre la cour de justice fédérale allemande a admis à Karlsruhe de qualifier de “Babycauste”3 la pratique aujourd’hui usuelle de l’avortement, cela par analogie à l’Holocauste.
Vous vous engagez depuis plusieurs semaines en faveur du modèle du régime des délais, et donc en conséquence - consciemment ou inconsciemment - pour l’avortement ; car cette formule signifie la mort. Dans cette campagne vous jouez un rôle décisif en ce qui concerne la formation de l’opinion pour les prochaines votations.
En tant que Conseillère fédérale vous défendez une politique pour l’avortement, peu crédible et qui est indigne d’un gouvernement démocratique.4
En tant que ministre de la justice vous justifiez une loi, qui légalise l’injustice.
En tant que politicienne du parti PDC, vous passez dans le camp de l’idéologie adverse et défendez avec zèle des principes qui n’ont rien de chrétien.
En tant que catholique, vous devez savoir que la participation formelle à un avortement est un acte grave que l’Eglise punit par la peine de l’excommunication, parce qu’il va à l’encontre de la vie humaine.5
Et finalement en tant que femme, vous propagez un principe qui définit la vie humaine comme une maladie puisque vous permettez qu’une mère puisse tuer le fruit de son sein par des méthodes atroces, ne laissant place à aucune émotion.
Peut-on octroyer le droit de libre disposition à une femme lorsque la vie d’une tierce personne est en cause ? Il est choquant de constater à quel point vous vous êtes éloignée de l’esprit chrétien. A quoi sert d’être fair-play dans les débats, si l’on foule aux pieds la vérité, qui seule "rend libre" 6.
Pouvez-vous demeurer indifférente à ce qu’il faut bien appeler une manipulation de l’opinion publique ? Vous tentez d’expliquer que votre oui au régime des délais n’est pas un oui à l’avortement ; pour votre conscience, cette distinction est capitale.7 Cette incohérence ne peut satisfaire votre conscience car cette nuance n’apporte aucune aide à l’enfant innocent qui se retrouve avorté.
Et comme si ces “flèches empoisonnées”8 qui tuent les innocents ne suffisait pas, vous osez affirmer que Dieu comprend l’avortement.9 (Bien sûr que Dieu le connaît mais dans le même sens qu’il connaît le mal ou le péché. Mais évidemment ce n’est pas cela que vous sous-entendez). Madame la Conseillère fédérale, vous êtes allée trop loin. L’avortement, c’est-à-dire la mort d’une vie innocente que vous essayer de justifier en vous référant à Dieu - et de plus à un de ses attributs qu’est la Miséricorde - cela est théologiquement parlant un blasphème. Si dans la tradition judéo-chrétienne un péché fut condamné, ce fut bien celui du meurtre d’une vie innocente.10 Dans cette vivante image de la Bible, le sang innocent crie vers le Ciel précisément parce que Dieu est un Dieu de vie et qu’Il protège les faibles.
Au lieu de vous considérer comme l’avocate du droit et de la vie, dont la voix se ferait entendre, vous vous muez en “femme de main” de la culture de mort.
Il est possible que votre propagande pour le régime des délais - en ce sens que ces délais puissent “légitimer” le meurtre des fœtus au seul motif légal, eugénique, psychosocial ou même financier - soit déterminante pour la votation du 2 juin prochain. Dans tous les cas, vous vous efforcez, en tant que Conseillère fédérale, ministre de la justice, chrétienne et femme d’innocenter le meurtre prénatal de la vie humaine. Comment peut-on aller si loin ? Comment une conscience chrétienne peut-elle assumer cela ?
Les commandements nous ordonne d’aimer notre prochain quel qu’il soit. Ainsi, nous prions que Dieu soit pour son peuple et son gouvernement un Juge miséricordieux.
Avec mes respectueuses salutations.
Abbé Niklaus PFLUGER