"L’Evangile de Judas", un apocryphe gnostique

Source: FSSPX Actualités

 

Une partie de L’Evangile de Judas  a été publiée en exclusivité par le mensuel américain National Geographic, dans son édition en anglais du 6 avril 2006. C’est un manuscrit sur papyrus, découvert dans une grotte du désert de Haute Egypte dans les années 70. Il comporte 25 feuillets en assez mauvais état. Le document date du 3e ou du début du 4e siècle. Le texte copte est une traduction d’un texte grec perdu, composé entre 130 et 180 après J.-C., mais connu de saint Irénée, premier évêque de Lyon.

Il en parle vers l’an 180 dans son ouvrage Adversus hæreses (Contre les hérésies), le décrivant comme l’œuvre principale d’une secte appelée “les Caïnites“ (les héritiers de Caïn). Ce texte réhabilite Judas. Il le montre non pas comme un traître, mais comme l’apôtre le plus proche de Jésus, le seul qui ait vraiment compris son message. Le Christ lui aurait demandé de le trahir afin de se débarrasser de son enveloppe charnelle.

Le copte dialectal est l’antique langue des chrétiens d’Egypte. Le document a été restauré et traduit par Rodolphe Kasser, ancien professeur de coptologie à l’Université de Genève. Il sera bientôt publié en français et en italien.

Son contenu est le reflet de la doctrine gnostique. Pour le cardinal Vanhoye, ancien recteur de l’Institut biblique pontifical, il s’agit d’une "réhabilitation de Judas fondée sur la doctrine dualiste", avec une "séparation complète du corps et de l’âme". Le gnosticisme estimait en effet que "l’incarnation de Dieu n’avait pas de sens". Il considérait le corps comme un obstacle pour l’âme, dont on devait se débarrasser. Ainsi, selon L’Evangile de Judas , ce dernier, au lieu de tomber dans la déchéance en trahissant le Christ, a débarrassé Jésus de son corps, l’aidant à "s’en sortir ".

D’après ce récit apocryphe, tel que nous le connaissons par saint Irénée, Judas aurait obéi à un ordre divin. Disciple bien-aimé de Jésus, il aurait eu la plus difficile des missions à accomplir : livrer à sa demande Jésus aux Romains. Selon les conceptions gnostiques, Judas serait un initié. Il savait que le sacrifice de Jésus était indispensable à la rédemption du monde. En effet pour cette secte, le créateur, le démiurge est un dieu mauvais. Le monde est l’œuvre du malin, et ce démiurge est responsable de toute les imperfections du monde. Jésus nous révèle le vrai Dieu qui est bon et qui veut sauver le monde. Mais pour cela le sacrifice de Jésus est nécessaire, et c’est pourquoi Jésus demande à Judas de le livrer aux Romains. A propos du suicide de Judas Iscariote, attesté par les évangiles synoptiques, L’Evangile de Judas  affirme au contraire qu’il ne s’est pas suicidé. Sinon, comment aurait-il pu rédiger son récit ?

Le pape Benoît XVI a saisi l’occasion de la messe du Jeudi Saint, 13 avril, pour condamner L’Evangile de Judas. Dans ce document, Jésus charge Judas de le dénoncer afin de pouvoir souffrir pour l’humanité. Erreur grossière, rétorque Benoît XVI. Judas « jauge Jésus selon les catégories du pouvoir et du succès: pour lui, seuls le pouvoir et le succès sont des réalités, l’amour ne compte pas, a dit le pape durant son homélie. Il est avide: l’argent est plus important que la communion avec Jésus, plus important que Dieu et son amour. Et ainsi, il devient un menteur qui joue un double jeu et rompt avec la vérité; quelqu’un qui vit dans le mensonge et perd ainsi le sens de la vérité suprême, de Dieu. De cette façon, il s’endurcit, devient incapable de conversion, du retour confiant de l’enfant prodigue, et il jette sa vie détruite. »