L’homme qui s’est levé face au pape

Steve Bannon.

L’ancien bras droit de Donald Trump, Steve Bannon, a fondé une ONG qu’il qualifie selon ses propres termes d’alliance « nationale et populaire ». Pour ce catholique proche des milieux conservateurs, le pape actuel serait « trop du côté des élites, et pas assez proche du petit peuple ». 

« Si j’avais le pape devant moi, je lui dirais : ‘vous voulez cultiver l’image médiatique d’un champion de la cause ouvrière ? Parfait ! Mais dans ce cas, ne vous mettez pas du côté des riches et des puissants qui dirigent les Etats-Unis et l’Union européenne, qui agissent pour favoriser des intérêts mondialistes, aux dépens des plus faibles’. Les tentatives du pape pour diaboliser le mouvement national en Europe et aux Etats-Unis sont tout simplement déplorables ». 

Nicholas Farrell a rapporté dans l’édition du 7 décembre 2018 de Spectator USA ces propos de Steve Bannon : au-delà d’une nouvelle critique du pontificat actuel, le journaliste américain décèle un aspect qui lui paraît intéressant à analyser. 

L’ennemi dénoncé par l’ancien conseiller en stratégie du président américain n’est pas le pape François mais « l’élite libérale », explique Nicholas Farrell. 

Dans la pensée de Steve Bannon, cette « élite » consiste en l’alliance contre-nature de deux camps viscéralement opposés : « la gauche à visée internationale » d’une part, aux yeux de laquelle les nations sont à la racine de tous les maux ; et la « droite mondialiste et capitaliste » d’autre part, pour laquelle les nations constituent un obstacle au profit financier. 

A ses yeux, la position de François serait ambiguë : en s’affirmant en faveur des mouvements migratoires de masse, et de l’ouverture des frontières, le pape laisse croire qu’il pourrait souscrire à une forme de « sainte alliance contre Dieu », celle des internationalistes de gauche et des capitalistes mondialistes. 

Spectator USA ajoute que, pour combattre les élites libérales qu’il dénonce, Steve Bannon serait sur le point d’ouvrir en 2019 une « académie pour la défense de l’Occident judéo-chrétien », dans les murs d’une ancienne abbaye italienne, la chartreuse de Trisulti. 

La direction de cette école anti-mondialiste serait confiée – toujours selon les informations recueillies par Nicholas Farrell – à Ben Harnwell, membre fondateur de l’Institut Dignitatis Humanæ, dont l’un des responsables n’est autre que le cardinal Raymond Burke, prélat qui ne cache pas son opposition au pape argentin, sur les thèmes de la morale et du mariage chrétiens. 

Lorsqu’on demande au fondateur de Breibart News si sa future académie a pour vocation de s’opposer au pape actuel, Steve Bannon rétorque : « le pape reste le vicaire du Christ sur terre (…) Nous ne voulons pas combattre le pape, mais plutôt le rappeler à ses responsabilités : redevenir le protecteur des plus faibles, plutôt que d’agir en tant que porte-parole des élites mondialistes - qui, d’ailleurs, ne sont pas de grandes admiratrices de la religion catholique. »