L’Instruction Dignitas personae, « sur certaines questions de bioéthique »

 

Document sans nom

En préparation depuis plusieurs années, ce document d’une trentaine de pages, publié le 12 décembre par la Congrégation pour la doctrine de la foi, est une « mise à jour » de l’Instruction Donum vitae publiée en 1987. Il se défend d’être une intervention de l’Eglise dans le domaine propre de la science médicale, mais il entend rappeler à toutes les parties concernées la responsabilité éthique et sociale de leurs actes. A « certains » médecins, Dignitas personae reproche de considérer le développement croissant des technologies biomédicales « dans une perspective essentiellement eugénique ».

Dignitas personae commence en réaffirmant que « la dignité de la personne doit être reconnue à tout être humain depuis sa conception jusqu’à sa mort naturelle ». Ainsi, « le corps d’un être humain, dès les premiers stades de son existence, n’est jamais réductible à l’ensemble de ses cellules ». Dans le même temps, « une procréation réellement responsable vis-à-vis de l’enfant à naître doit être le fruit du mariage ».
           
« L’enseignement moral de l’Eglise a parfois été accusé de comporter trop d’interdictions », reconnaît le document romain adressé aux « hommes de bonne volonté » et, plus particulièrement, aux médecins et aux chercheurs qui sont « ouverts au dialogue et désireux de parvenir à la vérité ». Mais l’Instruction affirme que, « derrière chaque ‘non’ se reflète - dans l’effort de discerner entre le bien et le mal - un grand ‘oui’ à la reconnaissance de la dignité et de la valeur inaliénable de chaque être humain, particulier et unique, appelé à l’existence ».

C’est pourquoi, en matière de techniques d’aide à la fertilité, Dignitas personae invite à « exclure toutes les techniques de fécondation artificielle hétérologue (où intervient au moins un donneur autre que les époux, ndlr) et celles de fécondation artificielle homologue (à partir des gamètes des deux époux, ndlr) qui se substituent à l’acte conjugal ». L’Eglise encourage alors l’adoption « pour répondre au désir de nombreux couples stériles ».

Devant le nombre très élevé d’embryons sacrifiés dans les techniques de fécondation in vitro, l’instruction romaine dénonce « l’instrumentalisation de l’être humain au stade embryonnaire », mais aussi la sélection génétique de leur enfant opérée par de plus en plus de couples non stériles. En matière de stérilité masculine, la technique de « l’injection intracytoplasmique » de spermatozoïdes est déclarée « intrinsèquement illicite » du fait qu’un seul spermatozoïde, précédemment sélectionné, est introduit à l’intérieur de l’ovule.

Dignitas personae rejette également la congélation des embryons et leur utilisation pour la recherche ou à des fins thérapeutiques, ainsi que la congélation des ovocytes jugée « moralement inacceptable ». La réduction embryonnaire doit être considérée comme « un avortement intentionnel sélectif ».

La Congrégation pour la doctrine de la foi s’élève aussi contre la « mentalité eugénique » que représente le diagnostic préimplantatoire au cours duquel est éliminé l’embryon « suspect » d’avoir des défauts génétiques ou chromosomiques ou celui porteur d’un sexe non désiré.
Les moyens d’interception avant l’implantation de l’embryon comme le stérilet ou la « pilule du lendemain » sous-tendent, rappelle le document romain, « l’intentionnalité de l’avortement ». Quant à la pilule RU 486, moyen de contragestion (i.e contra-gestation) après l’implantation utérine, elle n’est rien moins qu’un moyen abortif. L’ensemble de ces moyens entrent dans la catégorie du « péché d’avortement » qui est « un acte gravement immoral ».

Dignitas personae aborde enfin les nouvelles pratiques prétendument « thérapeutiques » qui comportent la manipulation de l’embryon ou du patrimoine génétique humain. En matière de thérapie génique, la thérapie dite "germinale" qui vise à corriger les défauts génétiques dans les cellules de la lignée germinale afin que les effets thérapeutiques obtenus sur le sujet puissent se transmettre à son éventuelle descendance, est déclarée « moralement illicite ». Lorsque les finalités de l’ingénierie génétique sont d’améliorer ou de renforcer la dotation génétique, il y a là une « mentalité eugénique » dans laquelle « l’homme prétend se substituer à son créateur ».

Le clonage, réaffirme l’instruction romaine, est lui aussi « intrinsèquement illicite », qu’il soit reproductif ou thérapeutique. Ce dernier est jugé encore plus grave au plan éthique, « même si l’intention est d’aider les malades, car cela fait de l’existence d’un être humain, même à son stade embryonnaire, rien de plus qu’un moyen à utiliser et à détruire ».

Le document déclare également « illicite » le prélèvement de cellules souches embryonnaires et encourage une nouvelle fois la recherche sur l’utilisation de cellules souches adultes. En outre, Dignitas personae voit dans les techniques récentes de clonage hybride homme-animal « une offense à la dignité de l’être humain », tout comme dans l’expérimentation sur les embryons légalement admise dans certains pays.

Le document de la Congrégation pour la doctrine de la foi a été élaboré par les membres de ce dicastère assistés d’experts et de membres de l’Académie pontificale pour la vie. Benoît XVI en avait approuvé et ordonné la publication, le 20 juin dernier.

Dans un entretien accordé le 12 décembre au quotidien français La Croix, le cardinal Jean-Pierre Ricard, membre de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a déclaré que l’instruction Dignitas personae visait à « promouvoir et à défendre la dignité de la personne qui doit être reconnue à tout être humain depuis sa conception jusqu’à sa mort naturelle ». En effet, « l’embryon humain (…) ne saurait être réduit à un amas de cellules dont on pourrait disposer comme matériau de laboratoire. La reconnaissance de sa dignité comme personne ne dépend ni d’une étape de son évolution ni de la présence (ou pas) d’un projet parental le concernant ».

Dans une note diffusée par Radio Vatican, le directeur de la Salle de presse du Vatican, le P. Federico Lombardi, a affirmé qu’en s’intéressant particulièrement aux embryons, Dignitas personae prenait position « en faveur des êtres humains petits et faibles, qui ne peuvent pas parler et qui, en vérité, ne trouvent aujourd’hui pas beaucoup de personnes qui parlent en leur faveur ». Cette prise de position est une contribution courageuse, passionnée et convaincue de l’Eglise « pour une noble cause », a-t-il déclaré. Il est ensuite revenu sur la présentation du document romain. Il ne s’agit « en aucun cas d’un ‘stop’ à l’engagement de la science en faveur de la vie », mais au contraire, « d’une série d’indications de parcours pour que la science soit véritablement au service de la vie et non de la mort ou de la manipulation arbitraire et dangereuse des personnes humaines ». (sources : vatican.va/Apic/Imedia/La Croix)