L’ombre de l’avortement plane sur les Caraïbes
Craignant que leur pays ne suive l’exemple de l’Argentine qui vient de rendre légal l’accès à l’avortement, les évêques de République dominicaine sont intervenus dans le débat politique, afin de rappeler le caractère inaliénable de toute vie humaine, de la conception à la mort naturelle.
La situation du droit à la vie est inégale en Amérique latine : au 1er janvier 2021, six pays prohibent totalement l’avortement, même si la grossesse fait courir un risque à la femme.
Cinq sont situés en Amérique centrale et dans les Caraïbes : le Nicaragua, le Salvador, le Honduras, la République dominicaine et Haïti. Et un, le Suriname, en Amérique du Sud.
Mais, le 30 décembre 2020, les cartes ont été singulièrement rebattues, depuis que le Sénat argentin s’est nettement prononcé en faveur d’un projet de loi légalisant l’interruption volontaire de grossesse (IVG) sans condition, jusqu’à la quatorzième semaine de grossesse.
Comme on pouvait le redouter, la dépénalisation de l’avortement dans l’un des plus importants pays d’Amérique du Sud a déclenché une onde de choc sur tout le continent : en République dominicaine, le débat autour de la révision du Code pénal a ainsi trouvé un nouveau souffle.
Les progressistes souhaitent profiter de ce qu’ils considèrent comme une aubaine, pour inscrire un prétendu droit à l’avortement dans le marbre de la loi.
C’est dans ce contexte que la Conférence des évêques de République dominicaine (Ced) a publié, le 10 janvier 2021, un communiqué afin de mettre en garde le monde politique et la population, contre une évolution de la loi qui irait à l’encontre du droit à la vie : « le fait d’introduire l’avortement dans notre législation constituerait une violation constitutionnelle flagrante », préviennent-ils.
La gauche appuie le projet d’une légalisation partielle de l’IVG pour « trois raisons » : lorsque le pronostic vital de la mère est engagé, en cas de malformation du fœtus, ou si la grossesse est la conséquence de violences extérieures.
« Approuver les soi-disant ‘trois raisons’ signerait une violation grave du droit à la vie », mettent en gardent les prélats dominicains, qui s’appuient sur la loi fondamentale de leur pays, pour rappeler que la vie « est le premier des droits civils que la Constitution du pays mentionne comme inviolable, de la conception jusqu’à la mort naturelle ».
Bien plus, la loi naturelle – qui est au-dessus de toute loi humaine – interdit le meurtre de l’innocent : « la vie – poursuit la note de la Ced – est un droit antérieur à toute législation ».
Conscient d’un possible effet domino, conséquence du vote du Sénat argentin, les prélats dominicains concluent par une adresse solennelle au monde politique, évoquant en filigrane le pouvoir des lobbies pro-avortement, souvent issus de l’étranger :
« Nous appelons le législateur, et les élus qui représentent notre peuple, à soutenir ceux qui veulent majoritairement que la vie soit respectée et défendue. Nous les exhortons à ne pas se soumettre aux pressions d’une minorité soutenue politiquement et économiquement par des intérêts étrangers à ceux de notre chère nation et qui affectent négativement certains secteurs de la vie nationale. »
Les évêques poursuivent en soulignant l’inanité des « trois raisons ». La première, parce que l’avortement n’est pas une thérapeutique, et que les protocoles de la santé publique dominicains soulignent que des efforts proportionnés doivent être faits pour sauver la mère et l’enfant.
La deuxième parce qu’un enfant n’est pas un injuste agresseur, que l’avortement ne servira à rien pour enlever la douleur des sévices subis. Au contraire, il ne fera qu’aggraver le poids psychologique de cette terrible épreuve du viol.
La troisième, parce qu’il repose sur le postulat que seuls les « bien portants » ont une vie qui vaut d’être vécue. Un pareil principe pourrait être un motif pour éliminer les handicapés déjà nés.
(Sources : Servizio Informazione Religiosi/Le Monde – FSSPX.Actualités)
illustration : IacobusL, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons