Malawi : les lauriers de l’Eglise
Mgr Gianfranco Gallone et le président Lazarus McCarthy Chakwera
L’un des pays les plus pauvres au monde est devenu le laboratoire de la doctrine sociale de l’Eglise. Avec des résultats reconnus au sommet de l’Etat et qui font du catholicisme un acteur clé de la stabilité dans cette partie de l’Afrique australe.
Le Malawi compte 19 millions d’habitants. La population y est majoritairement chrétienne à 68 % dont 20 % de catholiques, et 48 % de protestants ; les musulmans représentent pour leur part entre 15% à 20 % de la population, et vivent principalement dans le sud du pays.
Avec un PIB par habitant de 565 USD en 2022, ce qui représente à peu près la même chose en euros, le Malawi est l’un des pays les plus pauvres au monde : l’économie y est en effet assez peu diversifiée, particulièrement dépendante du secteur agricole, et par voie de conséquence très vulnérable aux chocs externes ainsi qu’aux variations climatiques.
Dans ce contexte, l’Eglise catholique a décidé de faire du Malawi l’un des laboratoires de sa doctrine sociale, et le moins que l’on puisse dire, c’est que les résultats sont bien au rendez-vous.
Le 1er février 2023, le président de la république Lazarus McCarthy Chakwera a d’ailleurs reçu en audience le nonce apostolique, Mgr Gianfranco Gallone, afin de lui faire part de « l’énorme impact socio-économique » de l’Eglise dans le pays qu’il dirige.
« J’ai réaffirmé au nonce la satisfaction de mon administration face à l’énorme impact socio-économique que l’Eglise catholique romaine a dans ce pays depuis plusieurs décennies, grâce aux nombreuses initiatives innovantes prises dans divers secteurs clés du développement humain », a déclaré le chef de l’Etat, à l’issue de sa rencontre avec Mgr Gallone.
Lazarus McCarthy a également assuré que son but était de « consolider le partenariat cordial entre le gouvernement du Malawi et le Saint-Siège », et de son côté, le nonce apostolique s’est engagé à tout faire pour « améliorer les moyens de subsistance des Malawites ».
Outre l’accès aux soins, à l’éducation et à un meilleur niveau de vie, l’Eglise entend également jouer un rôle de premier plan dans le domaine de la protection des plus vulnérables : au Malawi, en effet, les albinos sont les cibles d’attaques. Des parties de leur corps sont utilisées dans des rituels de sorcellerie, la croyance voulant que cela apporte fortune et santé.
Au moins 40 meurtres et 145 agressions ont été signalés au cours de la vague de violences contre les albinos qu’a connu le pays entre 2014 et 2022.
Un fléau que Mgr George Desmond Tambala, archevêque de Lilongwe – la capitale du pays – souhaite affronter à bras le corps : le primat du Malawi, emboîtant le pas au chef de l’Etat, rappelle que la protection des plus vulnérables est partie intégrante de la mission de l’Eglise catholique.
Et le haut prélat de concentrer ses efforts afin d’obtenir des « interventions stratégiques, bien pensées, dans les domaines de la sécurité, de la protection et de l’accès à la justice », autant de secteurs qui souffrent d’une « carence de financement », selon lui.
Si le Saint-Siège, dans sa mise en œuvre de la doctrine sociale catholique, constitue un interlocuteur incontournable au Malawi, il n’est pas sans avoir de concurrent : depuis plusieurs années, le dragon rouge chinois a les yeux tournés vers une terre dont il a saisi tout le potentiel économique.
C’est pour cette raison que l’empire du Milieu ne lésine pas sur son aide et considère le Malawi comme une étape incontournable des « nouvelles routes de la soie » conçues par Pékin pour étendre son influence dans le monde : autoroutes, hôpitaux, grand stade, exploitations industrielles liées aux récoltes agricoles, etc.
Des investissements faramineux assez peu altruistes, ne nous y trompons pas, et dont le prix à payer sera peut-être, pour les Malawites d’y laisser une part de leur liberté.
(Sources : ACI Africa/France Diplomatie – FSSPX.Actualités)
Illlustration : Facebook Dr Lazarus Chakwera