Messe anniversaire pour les 50 ans de la mort de Pie XII
Le pape Pie XII (1939-1958)
Le 9 octobre, Benoît XVI a présidé, en la Basilique vaticane, la messe pour le repos de l’âme de Pie XII à l’occasion du 50ème anniversaire de sa mort.
Dans son homélie le souverain pontife a décrit la belle figure de ce pape à travers toutes les vicissitudes de son pontificat. Il a rappelé l’étendue de son travail acharné : « Malheureusement, le débat historique, qui n’a pas toujours été serein, sur la figure du serviteur de Dieu Pie XII, a négligé de mettre en lumière tous les aspects de son pontificat polyédrique. Les discours, les allocutions et les messages qu’il a adressés aux scientifiques, aux médecins, aux responsables des plus diverses catégories de travailleurs, dont certains d’entre eux sont, encore aujourd’hui, d’une extraordinaire actualité et qui continuent d’être un point ferme de référence, ont été très nombreux ». Mettant en valeur son « intense œuvre de charité qu’il accomplissait en faveur des persécutés, sans tenir compte d’aucune distinction de religion, d’ethnie, de nationalité, d’appartenance politique », Benoît XVI a précisé que Pie XII « a souvent agi dans le secret et le silence, parce qu’à la lumière des situations concrètes de la complexité de ce moment historique, il avait l’intuition que c’est seulement de cette manière que l’on pouvait éviter le pire et sauver le plus grand nombre possible de juifs. »
Citant plusieurs encycliques de Pie XII, Benoît XVI n’a pas hésité – à la suite de Paul VI – à qualifier l’auteur d’Humani generis de « précurseur du Concile Vatican II » : « Paul VI, qui fut son fidèle collaborateur pendant de nombreuses années, le décrivit comme un érudit, un chercheur attentif, ouvert aux voies modernes de la recherche et de la culture, restant fermement, et avec cohérence, fidèle tant aux principes de la rationalité humaine, qu’à l’intangible dépôt des vérités de la foi. Il le considérait comme un précurseur du Concile Vatican II (cf. Angelus du 10 mars 1974). Dans cette perspective, un grand nombre de ses documents mériteraient d’être rappelés, mais je me limiterai à n’en citer que quelques-uns. » – Sur cette question, voir dans nos Documents « Actualité d’Humani Generis ».
« Avec l’encyclique Mystici Corporis, publiée le 29 juin 1943 alors que la guerre faisait encore rage, il décrivait les rapports spirituels et visibles qui unissent les hommes au Verbe incarné, et proposait d’intégrer, dans cette perspective, tous les principaux thèmes de l’ecclésiologie, offrant pour la première fois une synthèse dogmatique et théologique sur laquelle se baserait la Constitution dogmatique conciliaire Lumen gentium. » (…)
Après avoir cité Divino afflante Spiritu sur l’étude des Saintes Ecritures (1943), Benoît XVI poursuit : « La troisième encyclique que je voudrais mentionner est Mediator Dei, consacrée à la liturgie, publiée le 20 novembre 1947. Avec ce document, le Serviteur de Dieu donna l’impulsion au mouvement liturgique, insistant sur ‘l’élément essentiel du culte’, qui ‘doit être l’intérieur : il est, en effet, nécessaire – écrit-il – de vivre toujours dans le Christ, de lui être tout entier dévoué, pour rendre en lui, avec lui et par lui, gloire au Père des cieux. La sainte Liturgie exige que ces deux éléments [culte intérieur et extérieur] soient intimement unis... Sans quoi, la religion devient assurément un formalisme inconsistant et vide’. Ensuite, Nous ne pouvons pas, non plus, ne pas évoquer l’élan important que ce Souverain Pontife donna à l’activité missionnaire de l’Eglise avec les encycliques Evangelii praecones (1951) et Fidei donum (1957), mettant en relief le devoir pour chaque communauté d’annoncer l’Evangile aux nations, comme le fera, avec une courageuse vigueur, le Concile Vatican II. »
Le Saint-Père a relevé qu’une « de ses constantes préoccupations pastorales fut la promotion du rôle des laïcs pour que la communauté ecclésiale puisse compter sur toutes les énergies et les ressources disponibles. Pour cela aussi, l’Eglise et le monde se souviennent de lui ».
« Nous prions, a conclu le pape, pour que la cause de béatification du serviteur de Dieu Pie XII ait une heureuse issue ». Après la messe, le Saint-Père est descendu dans les Cryptes vaticanes pour se recueillir sur la tombe de Pie XII.
Peu avant la cérémonie, le Père Federico Lombardi, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, a expliqué à la presse que le pape avait « voulu manifester explicitement son union spirituelle à un souhait répandu dans le peuple de Dieu » sans toutefois se prononcer sur les prochaines étapes de la cause ni sur les délais, c’est-à-dire la signature du décret de reconnaissance des vertus héroïques. « Un temps de réflexion », a poursuivi le Père Lombardi a été jugé « opportun ».
Jean-Marie Guénois, dans Le Figaro du 9 octobre, a fait ce commentaire : « Sans la reconnaissance de ces ‘vertus héroïques’, la seconde étape, indispensable pour une béatification, – à savoir : l’étude de la reconnaissance d’un miracle – ne peut être enclenchée.
« Ce vote, même si le pape le suit habituellement, n’oblige toutefois pas celui-ci. Il reste souverain pour ‘approuver’ ce processus. Et sans cette approbation formelle, le décret sur l’héroïcité des vertus ne peut être signé par le préfet de la congrégation pour la Cause des saints. La situation n’est donc pas bloquée mais elle est en attente. Benoît XVI connaît la controverse puisque la cause a été introduite sous le pontificat de Paul VI (en même temps que celle de Jean XXIII) le 18 novembre 1965 ! On ne compte plus aujourd’hui les colloques, livres et travaux, pour ou contre l’attitude de Pie XII.
« Reste le symbole d’une telle béatification. La question n’est pas sans conséquences. Benoît XVI hésite. »
En mai 2007, les membres de la Congrégation pour les causes des saints avaient voté à la majorité « les vertus héroïques » de Pie XII. En décembre 2007 Benoît XVI, avant de signer le décret le rendant vénérable, a décidé de créer une commission spéciale pour étudier le dossier du procès. Cette commission s’est, semble-t-il, réduite à un seul membre de la secrétairerie d’Etat, décédé depuis. La décision d’accélérer le processus de béatification d’Eugenio Pacelli repose entre les mains du pape.
A l’occasion du cinquantième anniversaire de la mort de Pie XII, un colloque et une exposition photographique se tiendront prochainement. Le colloque sur La richesse, l’actualité et l’utilité du magistère de Pie XII organisé par les Universités pontificales de la Grégorienne et du Latran aura lieu à Rome du 6 au 8 novembre 2008. L’exposition photographique, Pie XII : l’homme et le pontificat, sera ouverte au public sur la place Saint-Pierre dans ‘le bras de Charlemagne’ sur la gauche de la basilique, du 21 octobre 2008 au 6 janvier 2009.
(Sources : VIS/Apic/Imedia/Le Figaro/vatican.va)