Mexique: Légalisation de l’avortement à Mexico
La ville de Mexico a voté la légalisation de l’avortement, le 24 avril dernier, par 49 voix contre 19 à l’Assemblée législative dominée par le Parti de la Révolution démocratique et le Parti révolutionnaire institutionnel, l’ancien parti majoritaire, face au Parti d’Action nationale (droite catholique).
La réforme du code pénal permettra aux femmes qui le désirent d’avorter au cours des 12 premières semaines de la grossesse. L’avortement en cas de danger pour la santé de la mère, de viol ou de malformation du foetus - légal avant cette réforme - sera possible au delà des 12 premières semaines.
Le Collège de bioéthique du Mexique s’est prononcé en faveur de l’avortement dont « l’interdiction est une atteinte aux droits de la femme ».
« La légalisation de l’avortement est un triomphe historique, un triomphe de la gauche » , a déclaré Jorge Diaz Cuervo, parlementaire social-démocrate favorable au projet de loi, « aujourd’hui, il y a un nouvel air dans cette ville. C’est l’air de la liberté ».
Marcelo Ebrard, maire de Mexico, a affirmé : « Personne ne va m’intimider». En effet, la ville de Mexico a autorisé en novembre dernier l’union civile entre conjoints de même sexe, et étudie actuellement la possibilité de légaliser l’euthanasie.
Aux côtés de l’Eglise catholique qui représente 93 % de la population, le président mexicain Felipe Calderon s’est opposé au projet de loi. De nombreuses manifestations de protestation catholiques ont été organisées, malgré l’interdiction d’activités politiques pour les organisations religieuses décrétée par la Constitution mexicaine.
Mgr Norberto Rivera Carrera, cardinal archevêque de Mexico, avait fermement rappelé au cours de l’homélie du dimanche des Rameaux, que la vie vient de Dieu notre Père, et que « l’Eglise est contre ce crime et les autres crimes qui attentent à la vie, comme les homicides de tout genre, les génocides, l’avortement, l’euthanasie et même le suicide volontaire ».
Mgr Marcelino Hernandez, évêque auxiliaire de Mexico, a précisé que tout responsable politique favorable à l’avortement serait excommunié. L’Eglise catholique mexicaine a réuni 32.000 des 36.900 signatures nécessaires pour demander un référendum, rejeté par le maire de la ville de Mexico.
Mgr Carlos Aguiar Retes, président de la Conférence épiscopale mexicaine et évêque de Texcoco, a publié la lettre de Benoît XVI datée du 18 avril. « Préoccupé face à un projet de loi du District fédéral qui menace la vie de l’enfant à naître, le pape s’unit à l’Eglise de Mexico et à toutes les personnes de bonne volonté ». Le souverain pontife a exhorté les fidèles « à protéger et à défendre » fermement « le droit à la vie de chaque être humain, dès le premier instant de sa conception, face à n’importe quelle manifestation de la culture de la mort ».
Le 23 avril, Mgr Angelo Amato, secrétaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi, s’est exprimé sur l’avortement, le mariage homosexuel et l’euthanasie à l’occasion d’un séminaire des aumôniers catholiques de l’aviation civile sur le thème du terrorisme. « Un terrorisme à visage humain quotidien et tout aussi répugnant, est sournoisement diffusé par les moyens de communication sociale en manipulant avec art le langage traditionnel par des expressions qui cachent la réalité tragique des faits. Selon lui, l’avortement est ainsi appelé interruption volontaire de grossesse et non pas meurtre d’un être humain sans défense ; la clinique abortive est désignée avec une expression inoffensive, même attrayante : ‘centre de santé reproductive’, l’euthanasie est appelée plus légèrement ‘la mort avec dignité’ ».
Mgr Rodrigo Aguilar Martínez, évêque de Tehuacán et président de la Commission épiscopale pour la Famille, la Jeunesse et les Laïcs, a déclaré dans un communiqué du 26 avril. « Le droit de la femme enceinte à décider apparemment de son propre corps est plus précieux - ainsi l’a décidé la majorité législative du District Fédéral -, bien que cela implique la suppression d’un autre être humain qui a commencé à se développer dans son ventre. De cette manière l’utérus qui devrait être le lieu le plus sûr pour la vie, se transforme en lieu le plus dangereux »… « avec la loi promue on n’ordonne pas aux gens d’avorter, toutefois, on ouvre la porte à la permissivité ». « L’avortement a été redéfini comme interruption de la grossesse après la douzième semaine de gestation. Trop facilement on définit que si l’on interrompt la grossesse avant ce temps, il n’y a pas d’avortement ».
Le 25 avril, Mgr Arizmendi Esquivel, évêque de San Cristobal de las Casas, s’est exprimé dans un document intitulé Requiem pour un Mexique toujours fidèle ? : « L’empire de la mort, l’orgueil partial, le prétexte d’être des dieux, l’insensibilité envers le nouveau-né, l’extermination d’innocents gagnent. Un laïcisme qui prétend exclure de la politique tout ce qui a l’odeur de Dieu triomphe. L’Eglise perd. La science qui se fonde sur l’éthique perd. Les droits de l’homme perdent. La famille perd. La vie perd. Nous perdons tous ». « Le droit à la vie n’est pas soumis à un vote, parce qu’elle ne dépend pas d’un caprice de majorités qui peuvent être également manipulées ». Que les médecins chrétiens « ne se laissent pas obliger à pratiquer des avortements, ils deviendraient responsables d’un assassinat criminel, bien que cela ne soit pas un délit civil ».
Le nombre des catholiques a chuté de 4 % au Mexique ces 15 dernières années, a reconnu Mgr Alberto Suarez, archevêque de Morelia. Lors de l’assemblée générale de printemps de la conférence des évêques mexicains, Mgr Suarez a évoqué la crise dans laquelle se trouve l’Eglise catholique en Amérique latine. Il est nécessaire et urgent, selon lui, de renforcer l’identité des catholiques. Il a formulé le souhait que la 5e Conférence du Conseil des Conférences Épiscopales d’Amérique Latine (CELAM), en mai prochain, prenne les mesures nécessaires.