Monde : Les résultats de la consultation sur la famille publiés ou pas...
En dépit des pressions médiatiques, près de 80% des conférences épiscopales dans le monde n’ont pas publié les résultats de la consultation sur la famille, en vue du Synode extraordinaire sur la famille, à Rome, en octobre prochain (voir DICI n°284 du 08/11/13).
Selon le cardinal Lorenzo Baldisseri, secrétaire général du Synode des évêques, elles ont préféré répondre par un rapport adressé directement au Synode, conformément aux recommandations du Saint-Siège. Dans un entretien publié le 19 février dans le quotidien des évêques transalpins, Avvenire, le prélat a regretté que tous les documents n’aient « pas été entièrement réservés uniquement au Vatican, comme prévu initialement ».
Parmi ceux qui n’ont pas suivi les prescriptions du Vatican, outre l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse (voir DICI n°290 du 14/02/14), on trouve le Japon. Des éléments de ce rapport ont été mis en ligne sur le site du quotidien français La Croix, le 20 février. On peut ainsi lire que, concernant l’enseignement de l’Eglise sur la famille, « les réponses révèlent globalement qu’il n’est pas connu et mettent en cause une vision ‘eurocentrée’. » Le rapport japonais indique également que « souvent lorsque les responsables d’Eglise ne peuvent présenter de manière convaincante les raisons justifiant leur propos, ils invoquent la ‘loi naturelle’ et demandent l’obéissance. Ce qui a conduit à discréditer globalement le concept de loi naturelle : ‘Si c’est naturel, pourquoi les gens doivent-ils être enseignés ?’ » Il ajoute plus loin : « La culture japonaise met l’accent sur les attentes sociétales plus que sur des principes abstraits pour guider l’action. Aussi, bien qu’à l’Ouest la ‘loi naturelle’ puisse sembler ‘naturelle’, au Japon elle est perçue comme abstraite et hors de portée ». Les conclusions font état également de ce que « les catholiques japonais qui représentent moins de 1% de la population se marient souvent avec des non-chrétiens ce qui affecte leur pratique religieuse et la transmission de la foi. » Sur l’homosexualité, selon les évêques japonais, « les relations homosexuelles ne sont pas encore une question comme dans certains pays occidentaux, mais sont sur le point de le devenir, car la société japonaise dans son ensemble est de plus en plus tolérante à l’homosexualité, à la fois comme orientation et comme style de vie (…). Cette tolérance est de plus en plus vraie aussi chez les catholiques ».
En France, la Conférence Épiscopale (CEF) a également décidé de publier le 20 février, sur son site Internet, une synthèse des réponses des fidèles, sans toutefois fournir de données statistiques. Ce document, signé par Mgr Pierre-Marie Carré, vice-président de la CEF, souligne « l'importance du rôle et de la mission de la famille » tout en précisant qu’un « décalage existe entre l’enseignement de l’Eglise et les choix des couples qui se reconnaissent catholiques ». Sur la préparation au mariage, les évêques signalent la faible connaissance de ce que représente le sacrement du mariage de la part de ceux qui le demandent. Concernant les divorcés-remariés, Mgr Pierre-Marie Carré écrit que « beaucoup de réponses demandent que la pratique de l'Eglise s'inspire par exemple de celle des Eglises orthodoxes : quand un temps de pénitence a eu lieu, que la stabilité de la nouvelle union paraît clairement acquise, une célébration peut la reconnaître, sans pour autant remettre en cause l’indissolubilité du mariage. » (sic). Au sujet de « l'ouverture des époux à la vie », celui qui est aussi évêque de Montpellier affirme qu’une « grande majorité de réponses soulignent que l'encyclique Humanae Vitae (1968) a entraîné chez beaucoup de couples une rupture avec l'enseignement de l'Eglise. L’insistance de l'Eglise sur ce point semble incompréhensible pour ces personnes », alors que seule « une petite minorité convaincue met en œuvre cet enseignement en s'inspirant par exemple de la méthode Billings. »
En revanche, au Canada, la Conférence des Évêques Catholiques du Canada (CECC) a indiqué que les résultats de l’enquête avaient été envoyés à Rome et qu’ils ne seraient pas publiés. Dans un communiqué diffusé le 5 février sur son site Internet, la CECC a précisé que « le processus a révélé qu’un certain nombre de catholiques ne sont guère conscients du contenu positif et de la richesse de l'enseignement de l’Eglise sur le mariage et la famille, ce qui pourrait creuser un écart inquiétant entre la doctrine de l'Eglise et la pensée de nombreux catholiques ». Pressée d’expliquer sa décision de ne pas rendre public le document, la CECC a indiqué qu’il ne s’agissait « ni d'une enquête, ni d’un sondage » et que les évêques canadiens n’ont fait que suivre les directives. Conformément à la lettre du secrétaire général du Synode, du 18 octobre, qui demandait une « consultation large et rapide » sur les thèmes proposés : « c'est ce que la CECC a fait. Mgr Lorenzo Baldisseri a demandé la confidentialité sur les réponses : c'est ce que la CECC fait aussi », a fait valoir Mgr Patrick Powers, secrétaire général de la CECC dans une déclaration mise en ligne par Radio Ville-Marie, le 14 février.
En Irlande, la Conférence Épiscopale Irlandaise (CEI) a annoncé qu’elle ne publiera pas non plus les données recueillies. Selon un porte-parole cité par The Irish Catholic le 13 février, « cela porterait atteinte à l’intégrité du processus de collecte d’informations s’il devait y avoir une observation faite par un représentant de l’Eglise irlandaise en ce moment ». Dans ce même article, il a rappelé que « c’est le Synode des évêques qui la commentera quand il aura traité toutes les réponses ».
En Angleterre et au Pays de Galles, la conférence épiscopale a déclaré le 4 février avoir reçu 16.500 réponses au questionnaire du Vatican, 80% venant de laïcs et 20% de responsables dans l’Eglise (clercs, séminaristes, catéchistes, enseignants…). « Au moins 6% sont actifs dans leur paroisse comme ministres extraordinaires de la Sainte Communion, lecteurs, musiciens, responsables d’écoles, membres de commissions diocésaines, ou conseil paroissiaux », a expliqué un porte-parole des évêques anglais sur le site du quotidien The Catholic Herald, le 4 février. 69% des sondés ont affirmé être mariés alors que 6% sont divorcés, 1% se définit comme non-catholique. Comme au Canada et en Irlande, les évêques ont affirmé que « conformément aux souhaits du Saint-Siège, le résumé des réponses envoyées au Synode des évêques est confidentiel ».
Commentaire :
Comme nous le signalions dans le précédent DICI (n°290 du 14/02/14), les évêques allemands ont tenu à présenter à la presse les résultats de cette consultation sur la famille et même à en fournir une synthèse en anglais et en italien sur leur site, afin de s’assurer une audience internationale. C’est ce qu’on appelle un groupe de pression. Ces lobbyistes mitrés pouvaient déjà compter sur leurs confrères autrichiens et suisses ; ils peuvent désormais voir à leurs côtés les évêques français et japonais... En tout ils représentent 20%. C’est ce qu’on appelle une minorité active dans un processus subversif dont le but est connu. Comme le dit sans ambages Mgr Markus Büchel, évêque de Saint-Gall et président de la Conférence épiscopale suisse : il s’agit de renouveler l’enseignement moral de l’Eglise à l’aune de valeurs et d’idéaux qui correspondent à la vie réelle des gens.
Lire également :
Suisse : Les fidèles ont répondu à un questionnaire sur la famille
(Sources : apic/ Radio Ville-Marie/Catholic Herald /The Irish Catholic/La Croix/cef/cccb – DICI n°291 du 28/02/14)