Népal : le gouvernement s’oppose aux conversions religieuses

Source: FSSPX Actualités

Face aux conversions au christianisme qui se multiplient, l’Etat du Népal vient de se doter d’un arsenal juridique pour s’y opposer.  

 

La loi est entrée en vigueur le 17 août 2018 et stipule que « quiconque encourage ou participe à une conversion religieuse, quel que soit le moyen employé », est coupable d’une « infraction pénale et risque une peine de cinq ans de prison et une amende ». Tout étranger coupable d’encourager les conversions religieuses risque d’être expulsé dans un délai d’une semaine. 

Après le séisme de 2015, les autorités ont accusé les organisations non gouvernementales (ONG) chrétiennes d’utiliser les actions humanitaires pour faire du « prosélytisme ». Cela a entraîné l’expulsion de nombreuses associations. Des partis politiques ont alors appelé à une législation stricte contre les conversions religieuses, afin d’empêcher les hindous d’être « contraints, trompés ou attirés à l’écart de leur foi ancestrale ».  

Le Père Silas Bogati, vicaire général du vicariat apostolique du Népal cité par Eglises d’Asie, repousse ces accusations. Pour lui, les groupes, les organismes d’aide chrétiens sont parmi les premiers à avoir répondu aux besoins d’urgence et aux efforts de réhabilitation, mais uniquement dans une perspective sanitaire : « Simplement parce que vous êtes un groupe chrétien, on vous accuse automatiquement de conversion ». 

Selon ce même prêtre, « la communauté chrétienne est préoccupée par la nouvelle loi. C’est comme une lame qui se tiendrait au-dessus de nos têtes et qui pourrait être utilisée contre nous à tout moment ». Il est certain que le gouvernement vise les chrétiens en particulier, qui sont régulièrement accusés de faire de l’apostolat envers les Népalais, en particulier les castes inférieures et vulnérables. Selon certaines sources citées par Eglise d’Asie, « des églises ont subi des incendies criminels ou des attentats à la bombe. Des gens sont accusés à tort et persécutés pour avoir parlé de leur religion, distribué des Bibles ou tué des vaches, vénérées par les hindous ».  

D’après l’anthropologue Dambar Chemjong, même si le Népal se déclare comme un « Etat laïc », sa Constitution favorise l’hindouisme : « Elle approuve et reconnaît la primauté de l’identité hindoue. Et les lois civiles qui sont formulées en fonction de la Constitution contribuent elles aussi à l’institutionnalisation des valeurs et des normes de la religion hindoue ». Dambar Chemjong explique également que les principaux partis politiques, qui sont essentiellement composés d’hindous de castes supérieures, se sentent « menacés par l’influence croissante de la communauté chrétienne ».  

Selon les derniers recensements, la population népalaise comprend 81% d’hindous, 9% de bouddhistes, 4,4% de musulmans, 3% de kiratistes (religion des groupes ethniques kirantis) et 1,4% de chrétiens.