Pie XII in memoriam

 

Le 17 juin dernier, une conférence de presse a eu lieu au Vatican pour présenter deux manifestations qui célébreront le 50ème anniversaire de la mort de Pie XII (9 octobre 1958). Un congrès sur La richesse, l’actualité et l’utilité du magistère de Pie XII organisé par les universités pontificales de la Grégorienne et du Latran se tiendra à Rome du 6 au 8 novembre 2008. Une exposition photographique, Pie XII : l’homme et le pontificat, sera ouverte au public sur la place Saint-Pierre dans ‘le bras de Charlemagne’ sur la gauche de la basilique, du 21 octobre 2008 au 6 janvier 2009.

 Au cours de cette conférence de presse Mgr Salvatore Fisichella, recteur de l’Université pontificale du Latran et président de l’Académie pontificale pour la Vie, et le Père Gianfranco Ghirlanda,sj, recteur de l’Université pontificale de la Grégorienne, sont intervenus ainsi que Mgr Walter Brandmüller, président du Comité pontifical des sciences historiques, Giovanni Maria Vian, directeur de L’Osservatore Romano, et Giovanni Morello, président de la Fondation pour les Biens et les Activités artistiques de l’Eglise.

 Mgr Fisichella a retracé le pontificat de Pie XII (1939-1958) en soulignant ses grandes capacités spirituelles, intellectuelles et diplomatiques et en précisant que de nombreux aspects de son règne restent à approfondir. Il faut relire ses 43 encycliques, a-t-il souligné, et les nombreux discours où il aborda les sujets les plus controversés de son temps. De son magistère émergent l’importance de la doctrine et le dogme de l’Assomption en 1950, la défense de la doctrine et l’éradication des erreurs. Ainsi l’encyclique Humani Generis traitait-elle en particulier de la grave question du relativisme théologique (Lettre encyclique sur quelques opinions fausses qui menacent de ruiner les fondements de la doctrine catholique, 12 août 1950, - ndlr). Pie XII « ne cessa d’intervenir avec clarté et de façon explicite chaque fois que ce fut nécessaire » a-t-il déclaré.

 Puis, le P. Ghirlanda a présenté le congrès en rappelant que Pie XII avait étudié à la Grégorienne et à l’Athénée pontifical de l’Apollinaire, devenu Université du Latran. Les journées d’études s’ouvriront le 6 novembre à la Grégorienne par quatre conférences sur une vision d’ensemble de Pie XII et du contexte culturel dans lequel ce pape élabora son magistère, sur le développement des études bibliques, l’évangélisation, la liberté religieuse et les rapports entre Eglise et Etat, la mariologie, la médecine et la morale, les médias. Le lendemain, 7 novembre, les travaux se poursuivront à l’Université du Latran et traiteront de l’enseignement de Pie XII en matière ecclésiologique et liturgique, de sa vision de la mission des laïcs et du rapport de l’Eglise au monde, ainsi que des questions canoniques. Mgr Francesco Coccopalmerio, président du Conseil pontifical pour les textes législatifs, conclura la journée par une intervention sur Pie XII juriste.

 « L’objectif » de ce congrès est « d’étudier en profondeur (…) la richesse, l’actualité et l’utilité du magistère de Pie XII » afin de déterminer « ce qui peut être considéré comme fondamental dans son influence sur le concile Vatican II » ouvert quatre années après sa mort, a précisé le père Gianfranco Ghirlanda. Benoît XVI recevra en audience les membres du congrès le 8 novembre.

 Mgr Walter Brandmüller a ensuite expliqué l’exposition qui illustrera « la biographie d’un pape exceptionnel, admiré de ses contemporains, l’histoire d’Eugenio Pacelli de sa naissance à sa mort, au moyen de documents souvent inédits et d’objets personnels ». On parcourra ainsi les années de sa jeunesse et de ses études, ses débuts à la Secrétairerie d’Etat et sa carrière diplomatique, ses missions en Bavière puis à Berlin, son retour au Vatican où il deviendra Secrétaire d’Etat puis Pape. Mgr Brandmüller a déclaré que si le Vatican avait ouvert au public « une grande partie de la documentation » sur cette période de la Seconde Guerre Mondiale, une quinzaine d’archives israéliennes avaient encore en leur possession « des documents qui n’ont pas été rendus disponibles ».

 L’exposition photographique s’ouvrira, le 21 octobre, dans la Galerie Charlemagne (jusqu’au 6 janvier 2009), largement illustrée d’archives du service photographique de L’Osservatore Romano et de pièces prêtées par la famille Pacelli et par Opera, sa famille spirituelle.

 Par ailleurs, on sait que la collection d’art contemporain des Musées du Vatican fut une initiative de Pie XII. C’est pourquoi, seront également présentées dix œuvres de Carrá, De Chirico, De Pisis, Morani, Rouault, Sironi, Utrillo ,et d’autres œuvres de la collection initiale, avec les divers projets du concours pour la Porte sainte de la Basilique vaticane pour l’Année sainte 1950. Ce volet artistique sera complété par les cadeaux faits au pape, comme la Paix offerte par le Président italien Einaudi, le matériel de bureau conçu par Giovanni Valadier et offert en 1956 par la Mairie de Rome, le cartel offert par le premier Représentant des Etats-Unis, ou encore les vêtements et objets liturgiques utilisés par Pie XII et conservés dans la Sacristie papale.

 A cette occasion, le Saint-Siège a tenu à préciser que ce congrès n’avait « pas pour objet la cause de béatification de Pie XII ». Le père Federico Lombardi, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, a rappelé que cette question appartenait « à l’avenir. On ne peut donc rien prévoir de concret ».

 Le Vatican a ouvert la cause de béatification de Pie XII en octobre 1967. Le 8 mai 2007, les membres de la Congrégation pour les causes des saints avaient voté à la majorité « les vertus héroïques » d’Eugenio Pacelli. Le dossier devait ensuite passer entre les mains de Benoît XVI pour la signature du décret le rendant ‘vénérable’. Mais, quelques mois plus tard, en décembre 2007, Benoît XVI a décidé de créer une commission spéciale au sein de la secrétairerie d’Etat pour étudier le dossier du procès. La béatification de Pie XII pourrait en effet entraîner des complications dans les relations toujours tendues avec le monde juif.

 De son côté, le cardinal José Saraiva Martins, préfet de la Congrégation pour les causes des saints, a affirmé le 1er février 2008 que la cause de béatification de Pie XII n’avait été ni renvoyée ni mise de côté. « Le 50ème anniversaire de la mort du pape Pacelli tombe cette année et, pour cela, quelques initiatives seront promues parmi lesquelles celle d’une recherche approfondie dans les archives vaticanes qui ne pourra pas ne pas profiter à la cause de Pie XII », avait-il ajouté.  (Sources : apic/imedia/VIS)