Pologne : l’Eglise prend ses distances avec l’exécutif

Source: FSSPX Actualités

Mgr Stanislaw Gadecki

Le président de la conférence des évêques de Pologne polonaise accuse le gouvernement d’utiliser la crise du coronavirus afin de restreindre les libertés de l’Eglise et de promouvoir des « aspirations autoritaires » qui iraient à l’encontre de la Constitution.

« Nous avons été témoins d’un traitement sans précédent de l’Eglise par l’Etat : suspendre unilatéralement tout type de rassemblement rendant l’assistance aux offices liturgiques impossible ».

Publiés le 6 août 2021 par l’agence polonaise d’informations catholiques (KAI), les propos de Mgr Stanislaw Gadecki ont fait l’effet – vu de l’étranger – d’un coup de tonnerre dans un ciel serein.

Le haut prélat – qui occupe le siège archiépiscopal de Poznan et se trouve à la tête de la Conférence des évêques de Pologne (KEP) – dénonce une situation inouïe : « rien de tel ne s’est produit dans les deux mille ans d’histoire de l’Eglise, pas même pendant les guerres, les bombardements et les fléaux qui ont souvent affligé le peuple de notre pays ».

Autant de dispositions qui contredisent les termes du concordat, selon l’archevêque de Poznan : « malgré les garanties constitutionnelles et concordataires dont elle est censée bénéficier, l’Eglise a été moins bien traitée que certains commerces, étant considérée comme non essentielle à la vie ».

Pointant du doigt le parti qui dirige la coalition au pouvoir – Droit et Justice (PiS) – le président de la KEP précise que, « par le passé, aucun gouvernement n’a jamais osé imposer des interdictions aussi drastiques à l’Eglise, montrant ainsi son peu de respect pour l’Eglise et son rôle dans la vie sociale ».

Des restrictions qui proviendraient principalement de « personnes défavorables à l’Eglise », selon Mgr Gadecki.

Des propos qui ont fait sursauter le ministre de la Santé polonais, Adam Niedzielski : ce dernier a expliqué qu’il lui était « difficile » de commenter les propos de l’archevêque de Poznan, se bornant à remarquer qu’il ne connaissait pas un pays où l’Eglise aurait demandé à jouir d’un quelconque « traitement de faveur » dans la crise sanitaire qui touche le monde entier.

La sortie du président de la KEP intervient au moment où la coalition au pouvoir est en train de se fracturer : le 10 août dernier, le vice-premier ministre Jaroslaw Gowin a démissionné.

Ce catholique, conservateur sur les positions sociétales – il s’est signalé en 2013 pour son opposition à la procréation médicalement assistée (PMA) ou aux unions entre personnes de même sexe – défend une vision économique libérale peu compatible avec le parti Droit et Justice (PiS) dont il conteste l’hégémonie croissante.

L’intervention de Mgr Gadecki semble arriver à contretemps : une réaction vigoureuse au moment des faits imputés aurait été plus lisible. Elle apparaît aujourd’hui quelque peu suspecte.

Quant au ministre de la Santé polonais, il semble bien mal renseigné, car la protestation de membres de l’Eglise portée jusqu’au tribunaux, a obtenu des résultats : en France et dans deux cantons suisses notamment.