Pologne : Une enquête contestée sur la crise d’identité des prêtres
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Une étude a été menée auprès de 823 prêtres polonais par Józef Baniak, professeur à l’Université de Poznan et chercheur spécialisé en sociologie de la religion et de la moralité. Exposant ses conclusions dans le journal Gazeta Wyborcza, repris le 13 février par l’agence œcuménique ENI, Józef Baniak a déclaré que plus de la moitié des prêtres interrogés font état d’une « crise profonde et de longue date dans leur identité pastorale ». Selon lui, les problèmes liés au célibat seraient l’une des causes les plus importantes, précédant même les conflits avec la hiérarchie de l’Eglise ou les doutes sur la foi.
L’enquête suggère que 53,7% des prêtres polonais souhaiteraient mettre fin au célibat, tandis que 12% auraient affirmé déjà vivre avec une femme et un tiers des ecclésiastiques déclareraient avoir eu des « rapports libres » avec des femmes ou des « rapports sexuels sans obligations », a indiqué Józef Baniak. Il a précisé avoir reçu « de nombreuses lettres » de la part de prêtres expliquant leur « besoin de relations personnelles » avec des femmes.
Après avoir expliqué être convaincu qu’une fois le pape éclairé par le Saint-Esprit sur la compréhension du problème, l’Eglise fonctionnerait mieux, Józef Baniak conclut : « C’est une très bonne solution, qui serait profitable à l’Eglise catholique romaine », si elle acceptait de prendre exemple sur l’Eglise orthodoxe, et « de se pencher sur le célibat des prêtres et les difficultés que cela occasionne dans leur vie personnelle ».
Cette étude a été rendue publique après l’annonce d’une baisse de 36 % des entrées dans les 84 séminaires catholiques de la Pologne depuis 2004. En 2008, 953 jeunes gens sont entrés au séminaire contre 1.500 quatre ans plus tôt, et 362 jeunes femmes ont demandé à entrer dans un ordre religieux contre deux fois plus en 2004. (voir DICI n°176, 31 mai 2008).
Des responsables catholiques de Pologne se sont fortement élevés contre l’enquête de Józef Baniak. « Tout ce que je peux dire, c’est qu’on a souvent recours à des généralités dans cette étude, et qu’il est difficile d’être d’accord avec les interprétations et conclusions présentées », a déclaré Mgr Wojciech Polak, président du Conseil des vocations de l’Eglise en Pologne, à l’Agence ENI.
Le père Pawel Bortkiewicz, doyen adjoint de la Faculté de théologie de l’Université de Poznan, a affirmé à la Gazeta Wyborcza, que les « opinions et positions » du professeur Baniak étaient en contradiction avec l’enseignement catholique. Il lui a été demandé de « revoir ses positions ». « J’ai de sérieux doutes sur la fiabilité de ces tests. Je ne sais pas comment ils ont été menés et quelles ont été les questions posées. Cela dépend beaucoup de la façon de présenter la question, a précisé le P. Bortkiewicz. Par exemple, si quelqu’un me demande si la chaleur d’une famille me manque, je ne pourrais pas le nier. Mais cela ne signifie pas que je suis pour l’abolition du célibat ». D’autre part, a-t-il poursuivi, « Je sais que ce n’est pas vrai qu’un prêtre sur deux veuille un enfant. Ces observations n’ont pas trouvé de confirmation dans notre expérience ».
Cependant, au-delà de cette analyse faussée, il existe bien en Pologne une « crise profonde et de longue date de l’identité pastorale ». L’important recul des vocations avait ainsi été expliqué par le Père Krzysztof Pawlina, recteur du séminaire de Varsovie : « Les candidats au sacerdoce sont caractérisés par une personnalité ‘en morceaux’, une immaturité émotionnelle et des problèmes relationnels. On note également leur désarroi et leurs divisions intérieures. Beaucoup de ceux qui entrent aujourd’hui au séminaire ne le font pas parce qu’ils veulent devenir prêtres, mais parce qu’ils ne savent pas quoi faire de leur vie. Alors ils essaient de chercher et c’est peut-être le séminaire, peut-être l’université qui pourra leur donner une réponse. »
Devant cette situation inquiétante, la Conférence épiscopale polonaise avait adressé, à Pâques 2008, une lettre aux prêtres dans laquelle ils déploraient que de nombreux catholiques, y compris certains prêtres, pensent qu’être employé par l’Eglise est un contrat qui peut être signé, amendé, voire annulé. « On entend parfois que le travail paroissial doit se fonder sur un contrat dans lequel chaque tâche doit être spécifiée. Nous sommes alarmés par cette attitude envers la vocation à la prêtrise, qui devrait être désintéressée par essence ». (voir DICI n°176, 31 mai 2008)
(Sources : apic/eni /Gazeta Wyborcza)