Premier mystère douloureux : l’Agonie de Jésus au jardin des oliviers

Le joyau de Serpotta (VII/XIII)

« Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il commença à sentir de la frayeur et de l’angoisse. Et il leur dit : Mon âme est triste jusqu’à la mort ; restez ici et veillez. S’étant un peu avancé, il tomba sur la terre ; et il priait pour que cette heure, s’il était possible, s’éloignât de lui en disant : Abba, Père, tout vous est possible, détournez de moi ce calice ; cependant, non ce que je veux, mais ce que vous voulez ! (Mc 14, 33-36).

Dans ce mystère, Serpotta ne nous fait pas méditer sur nos péchés, qui sont la cause de la douleur de l’agonie, mais sur l’obéissance de Notre Seigneur. L’exclamation finale du Sauveur est brève, claire, sans appel : non ma volonté, mais la Vôtre ! L’allégorie traduit cette contradiction par l’opposition entre le mouvement de tout le corps, qui garde son élan dans une direction, et celui de la tête, qui se tourne vivement dans le sens contraire. Nous pouvons reconnaître là « l’objet propre de l’obéissance, c’est-à-dire le précepte, lequel procède de la volonté d’un autre qui commande ».[1]

Certainement la volonté du Père n’est pas arbitraire, elle ne prend pas la place de l’intelligence, mais ses raisons peuvent demeurer voilées parce qu’elles appartiennent à un ordre supérieur. Dans les heures les plus sombres, l’obéissance reste ainsi la lumière qui éclaire l’âme comme un reflet de la sagesse divine.

Saint Thomas ajoute que cette obéissance « convenait à la victoire par laquelle Jésus triompha de la mort et de l’auteur de la mort. Car un soldat ne peut vaincre s’il n’obéit à son chef. Et ainsi le Christ en tant qu’homme a obtenu la victoire en obéissant à Dieu : L’homme obéissant remportera la victoire (Pr 21, 28) ».[2]

Deux autres éléments de l’allégorie attirent notre attention : le petit oiseau avec lequel joue l’angelot, et la plante dans la main gauche de la figure féminine. Le rouge-gorge, « par sa couleur évoque la sueur de sang lors de la prière de Jésus au jardin des oliviers ».[3] La branche figure l’absinthe, symbole de l’amertume et de la solitude de la Passion : « Il m’a rassasié d’amertume, il m’a abreuvé d’absinthe. Souviens-toi de mon affliction et de ma souffrance, de l’absinthe et du fiel ! » (Lam. 3, 15 et 19).

Abbé Pablo Billoni


[1] Saint Thomas, Somme théologique, II-II, q. 104, a. 2

[2] Idem, III, q. 47, a. 2

[3] L’Oratorio del Rosario in San Domenico, Pierfrancesco Palazzotto – Cosimo Scordato, Centro S. Mamiliano, Palermo, 2002, page 86.