Retour sur le nouveau président de la conférence épiscopale italienne
Cardinal Matteo Zuppi
Le 24 mai, le pape a informé les évêques italiens, réunis en conférence à l’hôtel Hilton de Fiumicino, près de Rome, qu’il avait nommé le nouveau président de la Conférence épiscopale italienne (CEI). Choisissant parmi une trina de noms présentés par les évêques eux-mêmes, le pape a désigné le cardinal Matteo Zuppi, archevêque de Bologne depuis 2015.
Zuppi a immédiatement été présenté par la presse italienne comme un choix conforme à la préférence pour les pauvres et les marginaux, loin des combines de pouvoir et des intérêts politiques que l’on attribue habituellement à la Conférence épiscopale italienne, du moins pour ceux qui pensent à la ligne suivie à l’époque du cardinal Ruini.
De plus, Zuppi est présenté comme l’un des fidèles de François et peut-être comme son successeur potentiel.
Que penser d’une telle présentation ? Le cardinal Zuppi n’est ni naïf ni étranger au pouvoir réel, quoi qu’en dise la presse de gauche, et peu importe qu’il se présente simplement et pudiquement comme un pauvre prêtre des rues.
Une carrière avec la puissante Communauté Sant’Egidio
Zuppi est, du côté de sa mère, un neveu du cardinal Confalonieri, puissant préfet de la Congrégation Consistoriale – plus tard Congrégation des Evêques – sous Jean XXIII et Paul VI. En 1973, alors qu’il était encore étudiant, il a rejoint Andrea Riccardi dans la Communauté Sant’Egidio naissante, dont le but était de s’occuper des pauvres et des indigents, et qui allait devenir en quelques années une puissance politique et ecclésiale aux tendances clairement progressistes.
En tant que prêtre, vicaire puis curé de Santa Maria in Trastevere pendant 29 ans, Zuppi était au centre des activités de la Communauté Sant’Egidio, qui ne se limitaient pas à organiser des tables pour les pauvres à l’intérieur de la basilique.
Il ne faut pas oublier que c’est à Sant’Egidio que nous devons l’organisation de la première grande rencontre interreligieuse pour la paix à Assise, en 1986, voulue par Jean-Paul II, où la vraie religion et la papauté ont été humiliées et mises sur le même plan que le paganisme et l’hérésie.
Cette première réunion a été suivie d’innombrables autres, jusqu’à aujourd’hui, toujours avec la participation de la Communauté.
Point de référence du progressisme “catholique” en Italie et au-delà, la Communauté est désormais un organisme international influent : ainsi, le traité de paix signé en 1992 au Mozambique grâce à la médiation de Sant’Egidio, auquel Zuppi a personnellement participé, est resté célèbre.
La Communauté a également joué un rôle important dans l’accord Sino-Vatican de 2018, célébré par Riccardi lui-même dans un éditorial du Corriere della sera.
Le pouvoir de la Communauté en Italie est tel que Riccardi lui-même a été ministre de la Coopération internationale en 2012, et candidat de gauche à la présidence de la République en janvier de cette année.
En tant que ministre, il a fait avancer la proposition d’accorder la citoyenneté italienne par ius soli – droit du sol – aux enfants d’immigrants nés en Italie. D’autres membres de la communauté ont occupé et occupent des rôles importants dans les différents gouvernements italiens de centre-gauche ou de coalition, ainsi que dans de nombreux postes gouvernementaux et diplomatiques.
Il ne s’agit pas ici d’énumérer les rapports de force de la Communauté et de ses membres avec la gauche italienne, que l’on peut trouver dans n’importe quel journal. La Communauté jouit d’une excellente réputation médiatique à cet égard. La carrière de Zuppi est donc liée au groupe très puissant auquel il appartient, une expression du progressisme “catholique” le plus classique.
Evêque des rues ou des palais du pouvoir ?
Après deux brèves années comme curé à Torre Angela, une banlieue romaine abandonnée, c’est Benoît XVI qui a choisi Zuppi comme évêque auxiliaire de Rome – responsable toutefois du centre historique, où se trouvent les palais du pouvoir, et non des pauvres de la banlieue – en 2012, lui ouvrant les portes de sa future carrière qui le verra quelques années plus tard archevêque de Bologne et cardinal en 2019, avec le titre de Sant’Egidio, précisément.
Il faut noter que Bologne est le seul siège italien traditionnellement cardinalice, que le pape Bergoglio a conservé comme tel, préférant nommer cardinaux des évêques italiens de villes “mineures”.
Le cardinal Zuppi plaît donc au Pontife, et pas seulement. Sa nomination à la présidence de la CEI a également été accueillie avec enthousiasme par le rabbin Di Segni de Rome et le jésuite James Martin, un partisan bien connu de la cause des catholiques LGBT.
En fait, l’édition italienne du livre du jésuite Bâtir un pont, consacré à l’intégration du monde homosexuel dans l’Eglise, a été préfacée par l’archevêque de Bologne.
En tant qu’évêque à Rome, il a célébré une messe pontificale selon le rite tridentin à la Trinité des Pellegrini, et en tant que cardinal, des vêpres solennelles au séminaire de Gricigliano, de l’Institut du Christ-Roi.
Les communautés ex Ecclesia Dei n’ont manifestement aucun problème avec la doctrine des évêques qu’elles invitent ; et le rite tridentin, tant qu’il n’est pas lié à la foi qu’il est censé exprimer, ne pose aucun problème aux membres les plus progressistes de la hiérarchie.
La synodalité et l’avenir de l’Eglise en Italie
Lors de sa nomination, le cardinal a déclaré qu’il confiait à la Vierge toute l’Eglise, représentée à l’assemblée générale de la CEI également par « tant de référents et tant de laïcs, un morceau de synodalité qui est entré dans la collégialité ».
Dans la lignée de François, Zuppi nous montre que la synodalité n’est pas une simple application de la collégialité conciliaire, mais l’intégration des laïcs dans la gouvernance de l’Eglise, au nom du principe – erroné – d’égalité entre tous les baptisés.
La nomination de Zuppi à la présidence de la CEI ne représente donc pas la victoire de l’Eglise « des pauvres et des exclus », comme semble le dire la presse italienne, mais celle d’un lobby de pouvoir précis et clairement identifiable, étroitement lié au progressisme italien et international.
Un choix politique très précis, qui – il est facile de le prévoir – verra l’avenir de l’Eglise italienne (encore plus) engagée dans la lutte pour les droits des migrants et des « exclus » de diverses « sortes ».
Si le cardinal Bassetti, président sortant de la CEI, s’était surtout distingué par son attitude passive, avec Zuppi nous verrons les évêques italiens à nouveau en pleine activité « politique » : malheureusement, cependant, en faveur des pires causes.
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(Source : santegidio.org – FSSPX.Actualités)
Illustration : © chiesadibologna.it