Revue de presse
La Croix, Le Figaro et l’Osservatore Romano
Pour La Croix du 13 mars, sous la plume d’Isabelle de Gaulmyn : « Rome insiste sur le sens de l’Eucharistie dans l’Eglise ». « Le document est bien le reflet de l’équilibre qui s’était alors dégagé des trois semaines de discussions (du synode de 2005) », c’est pourquoi « on ne trouve pas ici, comme certains le craignaient, un ‘motu proprio caché sur le rite tridentin’, qui aurait eu valeur de remise en cause de la réforme liturgique conciliaire. L’exhortation, au contraire, rappelle que ‘les pères synodaux ont constaté l’influence bénéfique que la réforme liturgique réalisée à partir du Concile Vatican II a eue pour la vie de l’Église’ ». Un peu plus loin : « le document développe ‘l’herméneutique du renouveau dans la continuité’, l’interprétation du Concile telle que ce pape l’avait formulée devant la curie en décembre 2005. C’est, soulignait le cardinal Angelo Scola mardi devant la presse, un ‘acte de réception de l’enseignement conciliaire’ ».
Et la journaliste remarque : « Est rappelée enfin l’autorité de l’évêque sur la célébration de la liturgie dans son territoire. On attend donc avec intérêt le motu proprio annoncé à plusieurs reprises, qui devrait élargir les possibilités de célébrer en rite tridentin : l’exhortation semble poser des limites précises à toute libéralisation du rite préconciliaire ».
Pour Le Figaro du 14 mars, sous la plume de son correspondant au Vatican, Hervé Yannou, en matière de liturgie « Benoît XVI rappelle le cap ». « Le texte pontifical est sans grande surprise, écrit-il. Le Pape a respecté la règle de la collégialité en reprenant point par point les cinquante propositions qui lui avaient été faites lors du onzième synode des évêques. Benoît XVI a respecté le consensus trouvé au cours de ces « états généraux » où l’ensemble des courants de l’Église, des plus « progressistes » aux plus « conservateurs », avaient pu s’exprimer. Ce texte pontifical risque ainsi de décevoir d’une part ceux qui espéraient des ouvertures en matière de discipline ecclésiastique et d’autre part les catholiques les plus traditionalistes ».
En rappelant que les évêques doivent « sauvegarder l’unité unanime des célébrations » dans leur diocèse, le pape fait ainsi écho, selon H. Yannou, aux craintes des évêques français face à une possible « libéralisation » de l’ancien rite. Les célébrations accordées à de petits groupes « doivent être harmonisées avec l’ensemble de la proposition pastorale du diocèse » et « servir à unifier la communauté, non à la fragmenter ».
L’Osservatore Romano du 15 mars ironisait en déclarant : « Le pape en veut vraiment à l’Italie ». Le quotidien du Saint-Siège réagissait ainsi aux critiques émises en Italie, à la suite de la publication de l’Exhortation Sacramentum Caritatis. « A entendre les politiciens », chacune des interventions de Benoît XVI « est une intolérable ingérence dans les affaires de l’Etat italien », ce qui prouverait que « le pape en veut vraiment à l’Italie ». Selon l’auteur de l’article publié en première page, Gaetano Vallini, « les échos dans la presse des interventions du Saint-Père et les réponses irritées de quelques politiciens semblent confirmer cette vision dans l’opinion publique. Mais la réalité est bien différente », c’est « un document du magistère pontifical qui est adressé à l’Eglise universelle et pas seulement à l’Eglise en Italie ou, de manière plus générale, à l’Italie ».
Pour G. Vallini, « estimer que tout concerne toujours et seulement son propre horizon n’est pas seulement un signe de mesquinerie et de provincialisme, mais aussi d’ignorance, parce que de nombreux hommes politiques qui parlent de l’Eglise n’en connaissent rien ou presque ». « C’est une grande lacune », déclare-t-il, car « si l’on veut critiquer, il faut connaître, donc lire les textes ». Et de noter qu’il est cependant « parfois plus commode d’ignorer les choses ».
Depuis plusieurs semaines, la presse et les hommes politiques italiens n’ont cessé de dénoncer l’ingérence de l’Eglise dans les affaires politiques du pays, notamment concernant le Dico, projet de loi de reconnaissance du droit des concubins. Voici le passage de l’Exhortation où Benoît XVI rappelle les hommes politiques à l’obligation de respecter une « cohérence eucharistique » :
« N° 83. Il est important de relever ce que les Pères synodaux ont appelé cohérence eucharistique, à laquelle notre existence est objectivement appelée. En effet, le culte agréable à Dieu n’est jamais un acte purement privé, sans conséquence sur nos relations sociales : il requiert un témoignage public de notre foi. Évidemment, cela vaut pour tous les baptisés, mais s’impose avec une exigence particulière pour ceux qui, par la position sociale ou politique qu’ils occupent, doivent prendre des décisions concernant les valeurs fondamentales, comme le respect et la défense de la vie humaine, de sa conception à sa fin naturelle, comme la famille fondée sur le mariage entre homme et femme, la liberté d’éducation des enfants et la promotion du bien commun sous toutes ses formes. Ces valeurs ne sont pas négociables. Par conséquent, les hommes politiques et les législateurs catholiques, conscients de leur grave responsabilité sociale, doivent se sentir particulièrement interpellés par leur conscience, justement formée, pour présenter et soutenir des lois inspirées par les valeurs fondées sur la nature humaine. Cela a, entre autres, un lien objectif avec l’Eucharistie (cf. 1 Co 11, 27-29). Les Évêques sont tenus de rappeler constamment ces valeurs ; cela fait partie de leur responsabilité à l’égard du troupeau qui leur est confié. ».
Golias et Le Monde
Le jour même de sa parution, 13 mars, l’Exhortation suscite les vives critiques du journaliste du Monde Henri Tincq et de la revue ultra-progressiste Golias.
Sous le titre Pour rallier son aile la plus traditionaliste, Benoît XVI veut restaurer le latin et le grégorien, Henri Tincq n’hésite pas à écrire : un texte doctrinal « explosif », « le pape donne des gages à son aile la plus conservatrice », « Benoît XVI campe ainsi sur les positions les plus intransigeantes. Nostalgique de la tradition d’avant Vatican II, il prépare surtout les esprits à une "réforme" de la réforme de la liturgie (conciliaire)», et pour finir : « le scénario est déjà en place pour un nouvel affrontement entre l’aile traditionnelle de l’Eglise et les fidèles acquis aux innovations de Vatican II ». Cette dramatisation volontaire entraîne Tincq à des à-peu-près qui frisent la désinformation. Il cite ainsi : « il est bon que les célébrations soient en langue latine », oubliant de préciser qu’il s’agit là des grandes célébrations internationales, laissant croire que le pape propose un retour pur et simple à la liturgie en latin.
Christian Terras, directeur de Golias, et Romano Libero, pseudonyme d’un vaticaniste progressiste, ont le mérite d’offrir un titre explicite : Le grand manifeste de la restauration : Golias appelle à la résistance spirituelle. Et de conclure leur article : « Le Pape n’est pas l’Église à lui tout seul. Lorsqu’un Pontife s’enferme dans des positions dures et intransigeantes qui le coupent de la communauté vivante, l’infidélité à la vraie tradition de l’Eglise n’est alors peut-être pas celle du corps (ecclésial), mais de la tête ». Un peu plus haut ils avaient regretté qu’il n’y ait aucun assouplissement sur « l’obligation du célibat sacerdotal dans l’Église latine, la non-ordination des femmes, l’exclusion des divorcés remariés de la communion », ajoutant : « L’ensemble de la discipline liturgique est d’ailleurs revu sous l’angle d’une restauration traditionaliste et non pas simplement d’un conservatisme plus modéré. Ainsi, le Pape précise, tournant manifestement le dos à la pratique actuelle de l’Église vivante : " Il est bon que les célébrations soient en langue latine " ».
Mais les deux compères se distinguent de Tincq : « Il n’est pourtant pas exact d’affirmer comme le fait Henri Tincq dans le titre de son article du Monde que le Pape se prononce ainsi " pour rallier son aile la plus traditionaliste ". C’est l’inverse qui est vrai : Joseph Ratzinger est justement désireux de rallier son aile la plus traditionaliste en vue de la restauration d’ensemble à laquelle ces troupes réintégrées pourront contribuer ». Ces journalistes suggèrent ici que Benoît XVI instrumentaliserait les traditionalistes ralliés pour mieux faire aboutir la « réforme de la réforme » qui lui est chère. Le ralliement ne serait pas tant un but qu’un moyen. Face au poids des progressistes, les ralliés offriraient au pape un contrepoids qui lui permettrait d’avancer une solution intermédiaire dépassant le clivage entre traditionalistes et progressistes. Ce que Tincq affirme bien lui aussi : « Il (Benoît XVI) prépare surtout les esprits à une ‘réforme’ de la réforme de la liturgie ».