Royaume-Uni : lumières sur la résistance catholique à l’anglicanisme au XVIe siècle
La restauration d’un imposant manoir dans la région de Norfolk (Est du Royaume-Uni) permet de jeter un nouvel éclairage sur une famille demeurée inébranlablement fidèle à la foi catholique, au moment où les persécutions entrainées par la Réforme anglicane naissante, ensanglantaient le royaume.
Oxburgh Hall semble tout droit sorti d’une nouvelle de Jane Austen : entourée de douves remplies d’eau, l’imposante demeure déploie, depuis le XVe siècle, trois ailes majestueuses, visibles de toute la campagne environnante. C’est là - depuis l’origine - le fief des Bedingfeld.
La famille occupait au XVIe siècle une position de premier plan à la cour royale des Tudor. Mais elle a été ostracisée, après le refus de Sir Henry Bedingfeld de signer l'acte d'uniformité de 1559, imposant à tous les sujets du royaume d’accepter la réforme liturgique anglicane, sous peine de lourdes amendes.
Les Bedingfeld ont alors courageusement choisi de demeurer fidèles à leur foi et à la messe catholique de leur enfance, n’hésitant pas, au risque de leur vie, à abriter le clergé réfractaire dans les nombreux passages secrets de leur vaste demeure.
Comme ses propriétaires, le manoir a subi, lui aussi, les outrages du temps, au point qu’une restauration de grande envergure s’imposait. L’urgence : restaurer le toit. Le projet, s’élevant à 6,5 millions d’euros, a pu voir le jour en 2020.
Le confinement ayant été décrété en mars dernier par le gouvernement britannique, l’un des responsables des travaux, l'archéologue Matt Champion a obtenu l’autorisation de continuer son travail.
Et c’est là, en fouillant du bout des doigts dans d'anciens trous à rats situés dans le coin nord-ouest du manoir, que le spécialiste mit à jours plusieurs centaines d'objets, dont des partitions de musique datant du XVIe siècle.
Mais la plus étonnante découverte est celle d’un fragment de manuscrit enluminé daté du XVe siècle enfoui dans un recoin inexploré : l’œil de l’architecte avait alors été attiré par l'éclat intact bleu et or des lettrines du parchemin. On pense que le manuscrit a pu, lui aussi, être utilisé lors des messes clandestines organisées par la famille Bedingfeld.
Le déconfinement progressif permettant le retour des équipes à Oxburgh Hall, une dernière trouvaille a été faite : celle d’un livre presque intact portant le titre de King's Psalms.
L’ouvrage, qui a été trouvé dans une anfractuosité du grenier, a été écrit par saint John Fisher, l'évêque catholique de Rochester, exécuté sur ordre d'Henri VIII en 1535, pour s’être opposé à son divorce d’avec la reine Catherine d’Aragon, et à son « remariage » avec Anne Boleyn.
Jusqu’ici, on ne connaissait qu’un seul exemplaire de ce livre, conservé à la British Library.
Pour Russell Clement, le directeur général d'Oxburgh Hall, qui fait les bilan des découvertes réalisées au 18 août 2020, cela ne fait aucun doute : « tous ces objets constituent autant de vestiges confirmant l'histoire de ce manoir-refuge d'une famille catholique pieuse, qui a conservé la foi à travers les siècles ».
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(Source : Catholic News Agency - FSSPX.Actualités)
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