Saint-Marin joue son requiem pour la vie

Le journal progressiste Il fatto Quotidiano appelait Saint-Marin à un rendez-vous avec l’Histoire : du point de vue catholique, c’est plutôt à un requiem pour la vie que nous a conviés la petite république enclavée dans les montagnes entre l’Emilie-Romagne et les Marches.

Il aura fallu attendre quarante-trois années après l’adoption par l’Italie de la loi sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG) pour que les citoyens de Saint-Marin soient appelés à se prononcer par référendum sur cette question.

Au cours des sept dernières années, l’Union des femmes de Saint-Marin a usé de divers instruments fournis par la démocratie sammarinaise pour promouvoir l’avortement : les Instances d’Arengo (demandes d’intérêt public) et deux projets de loi d’initiative populaire, en 2014 et en 2019.

En 2020 l’association obtient un référendum, en recueillant les 3 000 signatures nécessaires pour y accéder.

« Nous subissons une grande pression », déclarait, la veille du scrutin, Karen Pruccoli, présidente de l’Union des sociaux-démocrates qui soutenait le texte.

Et d’ajouter : « le comité du ‘non’ a, à ses côtés, la plus grande partie du pays, les démocrates-chrétiens, le diocèse, l’évêque, les scouts (…) toute l’Eglise et aussi le pape. Si nous gagnons, ce sera une vraie victoire ».

Malgré tout, la dépénalisation de l’avortement a été plébiscitée à plus de 77,3%, en ce 26 septembre 2021.

Une « victoire » qu’il convient toutefois de nuancer, étant donné que seuls 41% des inscrits se sont déplacés dans les bureaux de vote : les militants du droit à la vie de l’enfant à naître n’ont probablement pas su rassembler leurs partisans, dans cette république où le poids du catholicisme est censé être encore important.

Faut-il voir dans ce résultat la désaffection dramatique des catholiques pour leur foi, sous l’effet des équivoques répétées de la hiérarchie sur la doctrine ? Ou une application de la miséricorde aux femmes enceintes au détriment – mortel – du « fruit de leurs entrailles » ?

Quoi qu’il en soit, jusqu’ici, l’IVG était sévèrement réprimée à Saint-Marin, par une loi de 1865, punissant de six mois à trois ans de prison la contrevenante.

Une interdiction qui n’était plus appliquée depuis longtemps dans les faits : les femmes de Saint-Marin n’avaient qu’à faire quelques kilomètres pour aller avorter, à leurs frais, en Italie.

Avec le référendum du 26 septembre dernier, il ne subsiste plus en Europe que trois entités territoriales interdisant l’IVG : Malte, la principauté d’Andorre, et la cité du Vatican.