“Saint Pie X” de René Bazin
Via Romana fait paraître une réédition du Saint Pie X de René Bazin, avec cette présentation sous forme interrogative : « Quels sont la vie, l’œuvre et l’héritage du plus grand pape du début du XXe siècle ? Quelle fut sa lutte contre le modernisme ? Pourquoi fut-il l’apôtre de la communion fréquente ouverte aux plus jeunes ? Comment sut-il affronter la persécution religieuse liée à la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, votée par les radicaux français en 1905 ? »
Et de répondre : « René Bazin ressuscite ici, d’une plume alerte, la destinée hors du commun de Giuseppe Melchiore Sarto (1835-1914), issu d’une humble famille vénète, son âme d’élite, son enseignement, ses réformes et ses combats, notamment pour la paix à la veille du premier conflit mondial. »
Dans cet ouvrage, on appréciera tout particulièrement la façon pédagogique dont l’académicien français résume les nombreux actes pontificaux de Pie X, en particulier l’encyclique Pascendi sur le modernisme (pp. 145-155). Il offre ainsi une efficace introduction à la lecture des textes eux-mêmes, devenus plus accessibles à tous. C’est sans conteste un des points forts de ce livre consacré au grand pape réformateur.
Au fil des chapitres, on relève également quelques traits touchants de la personnalité du saint pontife. Ainsi la première rencontre entre Mgr Sarto, tout jeune évêque de Mantoue, et sa mère : « L’évêque étendit la main, presqu’en arrivant, et dit : “Tenez, regardez, maman, mon bel anneau pastoral !” La maman le regarda, puis, de ses doigts ridés, elle toucha l’alliance d’argent qu’elle portait elle-même à la main gauche, et elle dit : “C’est vrai qu’il est beau, ton anneau, Giuseppe, mais tu ne l’aurais pas si, moi, je n’avais pas eu celui-ci !” » (pp. 55-56)
Ou cette anecdote que Pie XI rapporta à un neveu du pape Sarto : « Un matin de bonne heure, l’évêque de Mantoue travaillait, penché sur son bureau, lorsqu’il entendit une voix qui demandait : “Est-il permis d’entrer ?” Il alla aussitôt ouvrir la porte, et reçut les excuses d’un jeune monsignore, qui n’avait rencontré personne qui l’introduisît. Ce visiteur s’appelait Mgr Achille Ratti, et venait à Mantoue pour faire des recherches dans la bibliothèque.
« “Peut-être n’avez-vous pas dit votre messe, Monseigneur, demanda l’évêque ? – Pardon, je l’ai dite à la cathédrale. – Alors, voulez-vous bien accepter une tasse de café ?” L’évêque sortit du cabinet de travail ; il appela Maria, il appela Anna, il appela Rosa, mais vainement : ses sœurs étaient encore à l’église. “Qu’à cela ne tienne, dit l’évêque ; descendons ensemble.” Ils descendirent, entrèrent dans la cuisine, et celui qui devait être un jour Pie X prépara lui-même le petit-déjeuner de celui qui, peu après, devait être Pie XI. » (pp. 57-58)
Ou encore ce portrait dressé par le critique musical Camille Bellaigue qui fut camérier du pape : « Triste, dit-on ? Jamais ainsi dans l’intimité. En public, oui. Il supporte avec peine les cérémonies officielles, la tiare pèse à son front, et la chape d’or à ses épaules. Il interdit les acclamations. Un jour qu’il entrait dans Saint-Pierre, porté sur la sedia gestatoria, et que la foule commença d’applaudir, quelqu’un, assure-t-on, l’entendit murmurer : “On n’applaudit pas le serviteur dans la maison du Maître !” » (p.101)
Juriste et homme de lettres, René Bazin est né à Angers en 1853. Père de huit enfants, il a été journaliste au Figaro, au Journal des débats et à L’Echo de Paris. Il a publié de nombreux romans parmi lesquels La Terre qui meurt (1899), Les Oberlé (1901), Le blé qui lève (1907), Magnificat (1931). On lui doit aussi une remarquable biographie : Charles de Foucauld, explorateur du Maroc, ermite au Sahara (1923). Elu à l’Académie française en 1903, il s’est éteint à Paris en 1932.
René Bazin, Saint Pie X, préface du cardinal Robert Sarah, chronologie et annexe sur la condamnation du Sillon par le général (c.r.) Jacques Richou, correspondance sur Pie X de R. Bazin conservée aux Archives départementales de Maine-et-Loire par Wilfrid Paquiet. Editions Via Romana, 194 pages, 20 €
(Sources : Via Romana/DICI n°436 – FSSPX.Actualités)
Illustration : Via Romana