Spécial synode des évêques : Le message final des pères synodaux

Source: FSSPX Actualités

La 1ère Assemblée spéciale pour le Moyen-Orient du synode des évêques a réuni du 10 au 24 octobre au Vatican des représentants des sept Eglises catholiques orientales sur le thème « L´Eglise catholique au Moyen-Orient : Communion et témoignage. "La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme" (Ac 4, 32) ».

Le message final des pères synodaux

Le 23 octobre, au cours de la quatorzième Congrégation générale, les pères synodaux ont approuvé le message final de l'Assemblée spéciale pour le Moyen-Orient.

Ils y affirment avoir eu conscience de l´impact du conflit israélo-palestinien sur toute la région, principalement sur le peuple palestinien qui souffre des conséquences de l´occupation israélienne. Ils ont aussi « réfléchi sur la souffrance et l´insécurité dans lesquelles vivent les Israéliens », tout en étant « préoccupés » par les « initiatives unilatérales » qui risquent de changer la démographie et le statut de Jérusalem. Si les résolutions de l’ONU sont respectées, explique le message final du synode, « le peuple palestinien » pourra avoir « une patrie indépendante et souveraine et y vivre dans la dignité et la stabilité ».

L´Etat d´Israël, pour sa part, « pourra jouir de la paix et de la sécurité au-dedans des frontières internationalement reconnues ». Le Concile Vatican II a publié le document Nostra Aetate, concernant le dialogue avec le judaïsme, l'islam et les autres religions et, « nous espérons, poursuivent les pères synodaux, que ce dialogue puisse nous conduire à agir auprès des responsables pour mettre fin au conflit politique qui ne cesse de nous séparer et de perturber la vie de nos pays ». Cependant, les pères déclarent qu’« il n´est pas permis de recourir à des positions bibliques et théologiques pour en faire un instrument pour justifier les injustices ».

Lors d´une conférence de presse au Vatican, Mgr Cyrille Salim Bustros, président de la Commission pour le message final du synode, explicitait le passage qui reprochait à l´Etat hébreu de recourir « à des positions bibliques et théologiques » pour « justifier les injustices ». « Pour nous, chrétiens, on ne peut plus parler d´une Terre promise au peuple juif », car cette promesse avait été « abolie par la présence du Christ ». Dès lors, « il n´y a plus de peuple préféré, de peuple choisi, tous les hommes et toutes les femmes de tous les pays sont devenus le peuple choisi ». « On ne peut se baser sur le thème de la Terre promise pour justifier le retour des juifs en Israël et l´expatriation des Palestiniens », a ainsi expliqué le prélat libanais de rite grec melkite. C’est pourquoi « il ne faut pas se baser sur la Sainte écriture pour justifier l´occupation par Israël de la terre de la Palestine ».

Les pères synodaux, après avoir réfléchi « aux souffrances sanglantes du peuple irakien », soutiennent que le respect de l´ensemble des résolutions de l’ONU concernant la région permettra à l´Irak de « mettre fin aux conséquences de la guerre meurtrière » et de « rétablir la sécurité qui protègera tous ses citoyens avec toutes leurs composantes sociales, religieuses et nationales ». Ils estiment aussi que « le Liban pourra jouir de sa souveraineté sur tout son territoire, fortifier son unité nationale et continuer sa vocation à être le modèle de la convivialité entre chrétiens et musulmans, par le dialogue des cultures et des religions et la promotion des libertés publiques ».

Concernant la coopération et le dialogue avec les musulmans, les pères synodaux affirment que « nous sommes unis par la foi en un Dieu unique et par le commandement qui dit de faire le bien et d'éviter le mal », « nous construirons nos sociétés civiles sur la citoyenneté, la liberté religieuse et la liberté de conscience », « il est donc de notre devoir d'éduquer les croyants au dialogue interreligieux, à l'acceptation du pluralisme, au respect et à l'estime réciproques ». « Notre mission et notre vocation », affirment-ils, est de « vivre ensemble, chrétiens et musulmans ».

Dans ce message rédigé en arabe, les patriarches et les évêques des Eglises d´Orient condamnent « la violence et le terrorisme d´où qu´ils viennent et tout extrémisme religieux », après avoir lancé un appel à la communauté internationale, en particulier l'ONU, « pour qu'elle travaille sincèrement à une solution de paix juste et définitive dans la région, et cela par l'application des résolutions du Conseil de sécurité et la prise des mesures juridiques nécessaires pour mettre fin à l'occupation des différents territoires arabes ».

« Nous condamnons toute forme de racisme, l´antisémitisme, l´antichristianisme et l´islamophobie, écrivent encore les prélats orientaux, et nous appelons les religions à assumer leurs responsabilités dans la promotion du dialogue des cultures et des civilisations dans notre région et dans le monde entier ». – Il est très significatif de voir comment les pères synodaux s’appuient avec une telle confiance sur les résolutions de l’ONU au Moyen-Orient, s’alignant sur l’idéologie mondialiste et sa terminologie, avec la caution « théologique » de la déclaration conciliaire Nostra Aetate. On comprend sans peine que l’intervention du prélat libanais, Mgr Raboula Antoine Beylouni, si peu politiquement correcte, ait été écrite et non prononcée de vive voix. En revanche le rabbin et l’ayatollah ont pu, eux, s’exprimer directement devant le pape et les évêques. (NDLR)

Evoquant la situation des immigrés venus travailler au Moyen-Orient – dont de nombreux Asiatiques –, les pères synodaux encouragent les Eglises chrétiennes à « prêter une attention spéciale à ces frères et sœurs et à leurs difficultés, quelle que soit leur religion, surtout lorsqu´ils sont exposés à des atteintes à leurs droits et à leur dignité ». Ils invitent aussi « les gouvernements des pays d´accueil à respecter et à défendre leurs droits ».

Plus largement, les participants au premier Synode des évêques pour le Moyen-Orient estiment que les chrétiens de la région se trouvent aujourd´hui « devant un tournant historique ». S´ils font une longue liste des « nombreux défis » auxquels ils doivent faire face, ils jugent que « le premier » d´entre eux est celui de parvenir à « l´unité de tous les chrétiens ». « Nous confessons, affirment d´ailleurs les chefs des Eglises orientales, que nous n´avons pas fait, jusqu´à maintenant, tout notre possible pour mieux vivre la communion entre nos communautés ».

(Sources : apic/imedia/kna/VIS - DICI n°224 du 30/10/10)

Lire également :

Spécial synode des évêques sur l’Eglise catholique au Moyen-Orient :

Un ayatollah au synode
Présentation du synode
Ouverture du synode
Communication du rabbin David Rosen
Intervention d'un ayatollah
Un évêque libanais dénonce avec vigueur le Coran
Les propositions finales du synode
Clôture du synode