Suisse : une Eglise à l’école du monde
Giuseppe Garcia
Une semaine après sa démission, Giuseppe Gracia, responsable de la communication et porte-parole du diocèse de Coire (canton des Grisons, Suisse) de 2011 au 4 mars 2021, s’est entretenu avec l’hebdomadaire catholique allemand Die Tagespost.
Il avait servi en premier lieu Mgr Vitus Huonder puis, après son départ en retraite en mai 2019, Mgr Peter Bürcher, administrateur apostolique, jusqu’à la nomination de Mgr Joseph Bonnemain, sacré le 19 mars 2021.
Pour Giuseppe Gracia, « l’Eglise est polarisée comme la société civile, de sorte que le vent souffle à l’intérieur et à l’extérieur. Ce vent, c’est-à-dire l’esprit du temps, veut que les normes de l’Eglise soient les mêmes que les normes de la culture contemporaine laïque. »
Pour certains, les modes de vie des personnes éloignées de l’Eglise, dans la société du bien-être d’Europe centrale, doivent servir de « principes normatifs pour réformer l’enseignement de l’Eglise », déplore-t-il.
Autrement dit, « il s’agit de lire la tradition catholique à la lumière de l’esprit du temps, plutôt que l’inverse : lire l’esprit du temps à la lumière de la tradition catholique » ajoute-t-il.
« Les dirigeants de l’Eglise affirment partout qu’ils veulent évangéliser, proclamer la foi, mais 90% de la communication des responsables catholiques ne concernent que des questions sur l’institution, le pouvoir et les scandales internes. Cela ne ramène personne à l’Eglise, au contraire », souligne l’ancien porte-parole.
« L’Eglise dans tous les pays germanophones est polarisée, parce que la sécularisation de la société et la désacralisation de la vie l’ont depuis longtemps pénétrée. L’Eglise est attaquée lorsqu’elle ne suit pas l’air du temps », explique Giuseppe Gracia.
Selon lui, la pression de l’esprit du temps ne s’arrêtera pas tant que l’Eglise n’aura pas elle aussi des quotas pour les femmes, qu’elle ne sera pas démocratique et qu’elle n’approuvera pas tout ce que la majorité veut : mariage pour tous, avortement, maternité de substitution, euthanasie…
Pour mémoire : Jean-Paul II lui-même n’avait pas hésité à dire que le catholicisme en Europe était comme en état d’« apostasie silencieuse ». Et peu de temps avant son élection au souverain pontificat, Benoît XVI comparait l’Eglise à un « bateau qui prend l’eau de toute part ».
Apprendre à réexposer les vérités de la foi
Pour faire face à ces attaques il est important d’apprendre à exposer à nouveau la foi, poursuit Giuseppe Gracia, « à la rendre compréhensible avec raison et patience, à être pédagogique et clair. (…) Malheureusement, souvent cela ne fonctionne pas, car de nombreux acteurs, à l’intérieur même de l’Eglise comme à l’extérieur, rejettent la foi traditionnelle et se réfugient dans des généralités inoffensives », précise-t-il.
« Il ne s’agit pas ici d’un problème de communication, déclare-t-il, c’est beaucoup plus profond. C’est un conflit d’orientation. Le côté progressiste pense : “Nous renforçons l’amour et améliorons la société lorsque nous remettons en question l’Evangile et l’enseignement de l’Eglise du point de vue de la culture contemporaine”.
« Le côté attaché à la tradition pense : “Nous renforçons l’amour et améliorons la société lorsque nous remettons en cause la culture contemporaine, du point de vue de l’Evangile et de l’enseignement de l’Eglise”. Il y a un monde entre ces deux visions ! »
On comprend que ce porte-parole, âgé de 53 ans seulement, ait démissionné dès le 4 mars, avant même l’entrée en fonctions du nouvel évêque de Coire, Mgr Bonnemain. Un mois plus tard, ce dernier déclarait au quotidien zurichois Blick du 3 avril, au sujet du célibat ecclésiastique : « la question est de savoir si tout prêtre doit vivre célibataire. Ici aussi, l’Eglise est dans un processus de développement. » – Sans commentaire.
(Sources : cath.ch/tagespost/DICI n°409 – FSSPX.Actualités)
Illustration : capture d’écran Twitter