Syrie : « Une fatidique disparition des chrétiens » ?
Le 28 janvier 2016, Mgr Ignace Joseph III Younan, patriarche de l'Eglise syro-catholique, déclarait à Rome, à l’Aide à l’Eglise en Détresse (AED) : « Notre cauchemar, notre plus grande crainte, c'est que se produise en Irak et en Syrie ce qui est arrivé en Turquie, où l'on ne peut pratiquement plus parler d'une présence chrétienne », dénonçant « l'indifférence » de l'Occident qui place les intérêts géopolitiques au-dessus du sort des chrétiens du Moyen-Orient. En Syrie, le nombre de chrétiens a diminué de façon spectaculaire.
« Dans les années 50, nous étions environ 19% de la population et maintenant à peine 5%. Beaucoup ont déjà quitté le pays et beaucoup d'autres continueront à partir en risquant la mort en mer ». Originaire de Hassaké, au nord-est de la Syrie, Mgr Younan dénonce le drame des nombreux Syriens qui sont en train de mourir de faim et par manque de soins médicaux. « Les civils paient le plus lourd tribut au conflit ».
Lors de la 8e nuit des Témoins à Notre-Dame de Paris, le 29 janvier 2016, Mgr Jean-Clément Jeanbart déclarait avec tristesse : « La liste des dégâts serait bien longue si je devais relater tout ce qui arrive depuis cinq ans dans cette malheureuse Syrie. On peut parler d’une éradication systématique de toute une civilisation, de tout un patrimoine. On peut penser aussi à un plan de destruction systématique prémédité, visant à éliminer tout ce qui constitue la richesse de ce pays. C’est une grande catastrophe qui nous frappe impitoyablement. Nous nous trouvons confrontés à de grands périls, peut-être même à une fatidique disparition ». Né à Alep dans une famille de 12 enfants, Mgr Jeanbart est archevêque de sa ville natale depuis 20 ans, âgé de 72 ans, il dénonce une « invasion de réfugiés en Europe » : « Je sens comme si une déportation de notre population était organisée », ce qui prive ainsi la Syrie d’une « population productive ». « C’est un pays très riche. Alep a 8.000 ans d’âge et en a vu d’autres. C’est une ville qui est industrielle, une ville où les gens aiment travailler.
Avant la guerre, Alep faisait travailler 1,2 million d'ouvriers dans les usines », expliquait-t-il sur BFM.tv. « A cause du terrorisme, il y a eu cette invasion incroyable de réfugiés en Europe, puis dernièrement des centaines, voire des milliers de personnes vers le Canada. Cela nous met dans une situation de peur et de crainte que le pays se vide ». Marc Fromager, directeur de l’AED, interrogé par Le Point à la 8e nuit des Témoins, a expliqué sans détour : « Sur le dossier syrien, la France a une responsabilité évidente puisque dès le départ nous avons chargé Bachar el-Assad en prenant le parti de la rébellion. Ce faisant, nous avons activement participé à la destruction de ce pays. Dans la réalité, non seulement nous n’avons rien fait pour les chrétiens d’Orient mais nous avons contribué aux conditions de leur disparition. Les armes que nous avons livrées aux rebelles soi-disant modérés se sont retrouvées entre les mains de groupes extrémistes, et notamment l’Etat islamique qui se sert donc d’armes françaises. Toutes les informations qui sont diffusées sur la Syrie en France proviennent d’une source unique, l’OSDH (l’Office syrien pour les droits de l’homme), une ONG basée à Londres et soutenue par le Qatar. »
De plus, citant Mgr Jeanbart, Marc Fromager dénonce « les conférences épiscopales européennes qui n’ont pas suffisamment écouté les témoignages de leurs pairs orientaux, adoptent une certaine soumission au politiquement correct alors qu’il faudrait être politiquement juste. »
(Sources : apic/acs/aed/aleteia/lepoint – DICI n°330 du 12/02/16)