Tadjikistan : de jeunes Occidentaux se font tuer par des islamistes
Jay Austin.
C'est à une centaine de kilomètres au sud de Douchanbé, la capitale du Tadjikistan, en Asie centrale, que deux touristes américains, un Néerlandais et un Suisse, ont été tués le 29 juillet 2018. Deux autres touristes, un Suisse et un Néerlandais, ont été blessés dans la même attaque et un touriste français en est sorti indemne. Ces jeunes voyageurs se déplaçaient sur la route du Pamir qui relie le Kirghizstan voisin à la frontière afghane au sud du Tadjikistan. Ils ont sans douté été victimes de l’Etat Islamique.
Les deux Américains, Jay Austin et Lauren Geoghegan, tous deux âgés de 29 ans, étaient connus des internautes pour leur blogue sur internet et les réseaux sociaux dans lequel ils décrivaient leur aventure. Commençant leur parcours en juillet 2017 par l’Europe, ils avaient quitté leur travail qu’ils occupaient à Washington DC, la capitale des Etats-Unis. Tous les deux fonctionnaires, lui au sein du département américain du logement, elle au sein du bureau des admissions de l'université de Georgetown.
Lui était végétalien, elle végétarienne parce qu’ils aimaient trop les animaux pour les manger. Ce voyage était leur façon à eux d’aller à la rencontre des autres : « Vous lisez les journaux et vous êtes amené à croire que le monde est un endroit effrayant », dans lequel « les gens ne sont pas dignes de confiance. Les gens sont mauvais. » Ils ne voulaient pas y croire et écrivaient ainsi sur leur blogue que « le mal est un concept imaginaire inventé pour faire face à la complexité des autres humains qui détiennent des valeurs, des croyances et des perspectives différentes des nôtres... »
De fait, leur parcours fut ponctué de belles rencontres. Ainsi, au mois de juin, un Kazakh arrête net son camion, les salue et leur offre des barres de crème glacée. Quelques jours plus tard, dans une prairie où ils avaient dressé leur tente, une famille se présente avec des instruments à cordes dans les bras et les convie à un concert en plein air. Peu de temps après, deux jeunes filles leur offrent un bouquet de fleurs au sommet d'un col du Kirghizistan. « Vous avez envie de redonner, pas seulement à cette personne qui a accueilli un étranger chez elle, mais au monde entier », écrivait notamment Jay Austin après ces beaux moments. « Vous devenez quelqu'un qui veut accueillir les autres dans votre propre maison. Vous devenez un marchand dans l'économie du don ».
Mais le 359e jour de leur voyage autour du monde leur fut fatal. Alors qu’ils avaient rejoint un groupe de cyclistes européens au sud du Tajikistan, une berline les dépasse, puis effectue brusquement un demi-tour avant de foncer sur le peloton et de rouler à nouveau sur les corps au sol. Le bilan est lourd : quatre morts, dont Jay Austin et Lauren Geoghegan, et deux blessés.
Deux jours plus tard, l’Etat Islamique a revendiqué l’attaque et publié une vidéo montrant cinq hommes, ressemblant à ceux des portraits diffusés par la police tadjike. Mais les autorités locales ont rejeté cette revendication et suspectent une autre organisation terroriste – « le Parti de la renaissance islamique », interdit au Tadjikistan depuis 2015. Ce parti, qui s'est toujours affiché comme une force d'opposition pacifique, a vivement rejeté toute implication dans l'attaque.
Aux Etats-Unis, certains analystes, cités par le site Pluralist, considèrent que Austin et Geoghegan ont tout simplement été « malchanceux », des experts de la région ayant ainsi déclaré au Washington Post que « l'Asie centrale est généralement assez sûre ». On peut aujourd’hui en douter.
D’autres observateurs ont qualifié la tragédie de « conte mettant en garde non seulement contre les dangers du voyage, mais aussi la naïveté en général ». Ils ont dénoncé « une compréhension trop généreuse de la nature humaine » qui serait ainsi « à l’origine de la majeure partie du mouvement progressiste » et des revendications à réduire radicalement l’application de la loi et le maintien de l’ordre. En France, Boulevard Voltaire y voit une « triste jeunesse », « béatement endoctrinée par inoculation, depuis sa naissance, de la propagande mondialiste gauchiste ». On peut aussi y voir une jeunesse généreuse, pleine d’entrain mais trop éloignée de l’Eglise pour ordonner ses actes à Dieu. Et surtout pour comprendre que l’homme est certes rempli de belles aspirations mais, sans les sacrements et la vie en Dieu, c’est-à-dire l’état de grâce, trop fragile pour lutter contre les tentations du Malin. Le péché originel et ses conséquences sur la nature humaine sont une triste réalité.
(Sources : L’Express/Pluralist.com/BoulevardVoltaire/Independent/LeMonde - FSSPX.Actualités - 24/08/2018)