Tchad : les hauts cadres de l’Etat contraints de jurer « au nom d’Allah »

Idriss Déby.

Au Tchad, les chrétiens sont inquiets face au serment confessionnel imposé par la nouvelle constitution du pays, qui fait jurer les nouveaux membres du gouvernement et les hauts cadres de l’Etat « au nom d’Allah le Tout-puissant ». 

La IVe République est instaurée depuis le 4 mai 2018 et stipule dans son article 105 qu’avant leur entrée en fonction, les nouveaux membres du gouvernement et les hauts cadres de l’Etat doivent désormais prêter un serment écrit par des oulémas musulmans du « Conseil supérieur des affaires islamiques ». Ils sont contraints de jurer d’être « loyaux dans leur travail au nom d’Allah le Tout-puissant ». 

Ces nouvelles dispositions institutionnelles inquiètent les chrétiens. Selon le correspondant de cath.ch en Afrique, ils « vivent dans l’inquiétude et la frustration » et dénoncent la formule de prestation de serment, « contraire au caractère laïc de l'Etat du Tchad » – elle est surtout contraire au premier Commandement et à la vraie foi, c’est-à-dire au Dieu qui s’est révélé par son Fils unique, Notre Seigneur Jésus-Christ. De fait, elle exclut ceux qui refusent de jurer « au nom d’Allah le Tout-puissant ». Des membres du gouvernement ou des hauts fonctionnaires ont ainsi déjà été contraints de démissionner ou de ne pas prendre possession de leur poste alors qu’ils venaient d’y être nommés. Ce refus de prononcer une formule mahométane les honore. 

Profitant de la célébration du « Jour de l’indépendance », le 11 août 2018, le président Idriss Déby, en place depuis 28 ans, s’est toutefois défendu d’exclure quiconque de la vie nationale : « Je n’ai absolument rien inventé, c’est la volonté du peuple », a-t-il déclaré maladroitement lors d’une conférence de presse. Il a invoqué la lutte contre la corruption – « ces deux fléaux sociaux pourrissent la fonction publique » – pour justifier ces nouvelles dispositions confessionnelles.  

Les chrétiens, protestants et catholiques, représentent près d’un tiers de la population. Il existe également une petite communauté orthodoxe. Les Tchadiens musulmans sont à peine plus de la moitié de la population (55%). La très grande majorité d’entre eux adhère à une confrérie soufie, qui est une tendance considérée comme « ésotérique et mystique » de l'islam sunnite. On estime qu'il y a également entre 5% et 10% de fondamentalistes.