A Trèves, restructuration rime avec liquidation

Le Vatican est intervenu au début du mois de juin 2020 afin de bloquer un étonnant plan de réorganisation du diocèse de Trèves mis au point par le synode local. Mais en Rhénanie-Palatinat, les réformateurs ne désarment pas. 

Lorsque le programme de restructuration adopté par le diocèse de Trèves en octobre 2019, fruit d’un travail synodal de trois années, arrive dans les bureaux de la Curie romaine quelques semaines plus tard, c’est la stupéfaction. 

Que l’on en juge : fusion des 887 paroisses actuelles au sein de 35 « paroisses XXL » dirigées par des « équipes pastorales » aux mains de laïcs ; faculté donnée aux laïcs de prononcer l’homélie, cette dernière étant amenée à « perdre sa fonction sacerdotale » ; centralisation des paroisses au point d’obliger certains fidèles à parcourir jusqu’à 80 km afin d’assister à la messe… Le plan de restructuration ressemble davantage à une cure de soins palliatifs pour diocèse en fin de chemin synodal. 

Aussi, lorsque l’évêque de Trèves, Mgr Stephan Ackermann, est reçu le 5 juin 2020 par les responsables de la Congrégation pour le clergé et du Conseil pontifical pour l’interprétation des textes législatifs, les sourires prélatices se font rares, et les mines s’assombrissent. 

Mgr Ackermann a beau expliquer qu’il s’agit là du fruit du travail synodal, que son plan s’appuie sur le constat de déclin de l’Eglise locale, sur la baisse de l’engagement des fidèles dans la vie diocésaine, sur le scandale des abus émaillant l’actualité… 

Rien n’y fait, et le projet reçoit une fin de non-recevoir de la part du cardinal Beniamino Stella et de Mgr Filippo Iannone : « la Congrégation pour le clergé, comme le Conseil pontifical pour les textes législatifs, s'inquiète du projet de réforme des paroisses, tel que décrit dans la loi sur la mise en œuvre des résultats du synode diocésain », explique sobrement un communiqué du diocèse de Trèves, daté du 8 juin dernier. 

Le bureau de presse diocésain précise que les réticences romaines portent sur « le rôle du curé au sein de l’équipe paroissiale, la mission dévolue aux autres prêtres, la conception des organes paroissiaux, la taille des futures paroisses et la rapidité avec laquelle la restructuration est censée être menée ». 

En Rhénanie-Palatinat, la décision romaine ne semble pas désarmer les ardeurs réformatrices : Mgr Ackermann et sa curie se sont déjà remis au travail pour présenter au plus vite un nouveau plan qui respecte à la fois le « mandat » synodal et les préoccupations du Saint-Siège, assure le diocèse de Trèves. 

Pour un observateur attentif de la vie catholique en Allemagne, ce plan de réorganisation apparaît comme un ballon d’essai. Le chemin synodal prévoit que les diocèses pourront proposer des “avancées” ancrées dans la vie locale. Le diocèse de Trèves n’a pas attendu les résultats pour tester la résistance romaine.