Union contre-nature : après l’Argentine et la ville de Mexico, le Chili ?

Les campagnes de propagande en faveur du « mariage gay » se succèdent en Amérique latine. Après la ville de Mexico, en décembre dernier, c’est l’Argentine qui, en juillet dernier, a légalisé le « mariage » entre personnes du même sexe, autorisant même l’adoption d’enfants par les couples homosexuels.

Dès les premiers jours qui ont suivi ce vote, le débat a rebondi au Chili, pays voisin et dont la population est pourtant officiellement catholique à 70%. Profitant du fait qu’un des premiers couples à s’être « mariés » en Argentine était chilien, le parti socialiste a déposé, au début du mois d’août, un projet de loi en faveur de l’union entre personnes du même sexe. Le texte proposait de modifier le Code civil qui définit le mariage comme « un contrat solennel entre une femme et un homme », en remplaçant « une femme et un homme » par « deux personnes » et en retirant la mention faite à la procréation parmi les engagements des époux. Le sénateur socialiste Rossi, qui se prétend fidèle catholique, a expliqué avoir avancé la présentation du projet de loi à la suite des propos de l´archevêque de Santiago, Mgr Francisco Errázuriz. Ce dernier, au lendemain des premières unions célébrées en Argentine, avait admis qu’il se peut que « deux personnes, deux hommes ou deux femmes, veuillent vivre ensemble et partager leur vie ». Alors qu’il venait de célébrer une messe sur le campus de l’université catholique à Santiago, il avait précisé, selon l’agence de presse Apic, qu’« appeler cela un mariage est une aberration dans laquelle tombent certains pays. Je regrette que l´Argentine y soit tombée ».

« Corriger » l´homosexualité, comme l´alcoolisme

Quelques jours auparavant, un autre cardinal chilien, Mgr Jorge Medina, évêque de la deuxième plus grande ville du pays, Valparaiso, avait déjà déclenché la polémique en qualifiant l´homosexualité de « défaut », « comme lorsqu´il manque à quelqu´un un œil, une jambe ou un pied ». Distinguant la tendance de la pratique, le cardinal avait invité les homosexuels à « corriger » la première grâce à une cure, les comparant aux alcooliques. Dans la classe politique chilienne, les réactions indiquent une profonde division, y compris à gauche. Si le projet a finalement été repoussé par le gouvernement de droite, l´initiative du sénateur PS a reçu des critiques dans son propre camp. Pour le sénateur socialiste Osvaldo Andrade, la société chilienne ne serait « pas encore prête », jugée trop « conservatrice », le divorce n’ayant été, à titre d’exemple, légalisé qu’en 2004. Mais c’était également le cas en Argentine, pays où la foi catholique reste encore profonde et répandue (90% de la population). Plus de 120 000 personnes avaient même défilé la veille du vote, devant la Chambre des sénateurs. Il semble toutefois qu’il ait manqué un certain souffle aux défenseurs de la famille traditionnelle. Et la pugnacité a fait défaut aux évêques argentins, comme cela fut le cas en France, en 1975, au moment du vote de la loi autorisant l’avortement. Comme l’indiquait l’abbé Christian Bouchacourt, supérieur du district d’Amérique du Sud de la Fraternité Saint-Pie X (voir DICI n°219) : « L’épiscopat a réagi avec une certaine fermeté, mais tard…

Lors des grands rassemblements les évêques ont diffusé des messages terriblement édulcorés ». A l´issue de leur assemblée générale, le 19 août dernier, les évêques n’ont, semble-t-il, pas fait le même constat, regrettant même d’avoir assimilé le « mariage gay » à une « œuvre sataniste ». Selon leur porte-parole, Mgr Jorge Oesterheld, ce genre de remarques, au lieu de convaincre, a contribué à la réaction négative d´une bonne partie de la population. « L´attitude de gens d’Eglise a amené », d’après lui, « à une incompréhension au sein de la population et conduit les autorités politiques à se déterminer en faveur du mariage entre personnes du même sexe. » «Une aberration qui obéit à des intérêts internationaux » Ce « jus d’eau tiède », pour reprendre les termes de l’abbé Bouchacourt, n’est pas encore de mise au Mexique où le cardinal Juan Sandoval Iniguez (sur la photo) a accusé le chef du gouvernement du district fédéral de Mexico ainsi que des organisations internationales, d´avoir « acheté » les juges de la Cour suprême de justice de la nation (SCJN). Le prélat affirme qu’ils auraient reçu de l´argent pour les inciter à déclarer constitutionnelle la loi sur le mariage homosexuel adoptée en décembre dernier par la municipalité de gauche au pouvoir dans la capitale Mexico.

L´agence de presse mexicaine Notimex rapporte que l’archevêque de Guadalajara (deuxième ville du Mexique, à l’ouest de Mexico) a lancé ces accusations à Aguascalientes (au centre du pays), le 15 août dernier, au cours d´une conférence de presse. Il a déclaré qu´il n´y avait plus « aucun doute » sur le fait que désormais la Cour suprême approuverait les adoptions d’enfants par les couples gays. Les magistrats, affirme-t-il, ont reçu des « cadeaux » dans ce but. Pour le cardinal, tant le « mariage » de couples homosexuels que l’adoption sont « une aberration qui obéit à des intérêts internationaux disposant d´un très haut pouvoir économique ». Le prélat mexicain estime que derrière ces légalisations, tout comme derrière la dépénalisation de l´avortement, se cache l’objectif de faire diminuer la population du monde. Il affirme que « ces organisations tentent d´introduire ces mesures dans divers pays et maintenant, elles arrivent au Mexique, grâce en plus à la Cour suprême. » Il a accusé le Parti de la Révolution Démocratique (PRD) et les partis de gauche du monde entier d´être à l´origine d’un ensemble de lois allant dans ce sens, « avec l´appui des grands capitalistes »... Et de viser en particulier le Premier ministre espagnol José Luis Rodriguez Zapatero ainsi que « ceux qui, en Italie, veulent proposer toutes ces mesures qui vont contre la famille ».