Vatican II au programme de la rencontre entre le pape et ses anciens étudiants

Chaque année depuis le début du pontificat de Benoît XVI, une quarantaine des anciens étudiants du pape retrouvent leur professeur dans sa résidence d´été de Castel Gandolfo pour trois jours de séminaire à huis clos. Cette année, le cercle des anciens étudiants du cardinal Ratzinger a travaillé du 27 au 29 août 2010, sur l´herméneutique du Concile Vatican II (1962-1965), un thème développé par Benoît XVI dans son discours à la curie romaine du 22 décembre 2005.

Le pape avait alors expliqué que deux interprétations contraires s´étaient longtemps opposées : d´une part « l´herméneutique de la discontinuité et de la rupture », qui a profité de « la sympathie des médias et d´une partie de la théologie moderne », et d´autre part « l’herméneutique de la réforme, du renouvellement dans la continuité ». Pour Benoît XVI, la première a « provoqué la confusion » et « risque de finir dans une fracture entre l´Eglise préconciliaire et l´Eglise post-conciliaire », la deuxième « a porté des fruits, silencieusement, mais toujours plus visiblement ». Selon lui, la juste interprétation du Concile dépend du développement, « avec une grande ouverture mentale », du dialogue entre raison et foi.

Mgr Kurt Koch, nouveau président du Conseil pontifical pour la promotion de l´unité des chrétiens, était l’invité d’honneur de cette rencontre qu’il a qualifiée d’« expérience concrète, vivante et positive ». Si la plupart des participants viennent d´Allemagne ou d´Autriche, étaient également présents un Irlandais, un Italien, un Hollandais, un Indien et une Coréenne. L'un des anciens élèves du cardinal Ratzinger, Mgr Hans-Jochen Jaschke, évêque auxiliaire de Hambourg, s'est entretenu sur Radio Vatican avec le P. Bernd Hagenkord, directeur de l'antenne allemande : « Même si aujourd'hui, nous parlons avec le Saint-Père, toujours d'une manière amicale, à un certain moment il redevient notre ancien professeur. (...) Nos rencontres ont toujours un thème : cette année, le thème était le Concile Vatican II et son interprétation dans le sens de la réforme et non de la discontinuité. Nous avons entendu des exposés sur cette question, nous avons discuté avec lui et entre nous. Samedi, le Saint-Père a dirigé la rencontre, il a écouté très attentivement et est intervenu ponctuellement. (…) Depuis quelques années nous nous efforçons d'élargir notre Schülerkreis, nous voulons la rajeunir. Mais les rencontres avec le Pape sont réservées aux anciens membres. Nous ne voulons pas que la Schülerkreis perde son identité d'origine. »

Rapporteur principal de la rencontre, Mgr Kurt Koch, a précisé dans L’Osservatore Romano du 1er septembre : « Fidélité à la tradition, ouverture au futur : c'est l'interprétation la plus correcte de Vatican II qui reste la Magna Charta de l'Eglise pour le troisième millénaire ».
Et résumant les deux rapports qu’il a présentés le 28 août : « Dans le premier j'ai proposé une réflexion sur la façon de lire et d'interpréter le Concile Vatican II, en indiquant la priorité d'une herméneutique de la réforme. Une question que j'ai reprise et développée dans le deuxième exposé, approfondissant en particulier la Constitution Sacrosanctum Concilium sur la Liturgie, justement pour montrer concrètement comment mettre en œuvre une herméneutique de la réforme ». Les deux exposés, explique Mgr Koch, « ont été suivis d'un débat de plus d'une heure, très intéressant et plein de contributions importantes ». Selon lui, « on a pu saisir l'importance de la dimension spirituelle de la vie chrétienne, dans tous ses aspects. Et de mon point de vue, cela vaut aussi dans le dialogue œcuménique qui constitue le champ d'application le plus direct du travail qui m'attend ». C'est justement, « l'aspect concret qui a rendu la discussion très utile pour le travail de chacun ».

Entrant dans le détail de ses deux exposés, Mgr Koch a expliqué que le premier, centré sur « Vatican II entre tradition et innovation » était divisé en sept points : une histoire de réception et non-réception
 ; herméneutique de la réforme dans une continuité fondamentale
 ; rupture de la tradition du Concile ? ; retour aux sources et aggiornamento ; critères d'une herméneutique de la réforme (interprétation intégrale des textes conciliaires, unité de la dogmatique et de la pastorale, pas de division entre l'esprit et la lettre) ; amplitude et plénitude catholiques ; l'héritage du Concile dans les défis actuels
; la réforme de l'Église comme tâche spirituelle.

Pour le deuxième rapport sur « la réforme post-conciliaire de la liturgie entre continuité et discontinuité », Mgr Koch explique qu’il est parti « du constat que la liturgie est le cœur de l'herméneutique conciliaire » pour traiter ensuite huit points : la phénoménologie et la théologie de la liturgie
 ; la liturgie dans son développement organique (avec le principe de la participation active de tous les fidèles dans la liturgie et le principe de faciliter la lisibilité et la simplicité des rites)
 ; les lumières et ombres dans la liturgie post-conciliaire
 ; la protection du grand patrimoine de la liturgie
 ; la nécessaire réforme de la réforme, fondée sur la primauté christologique ; l’unité du culte néotestamentaire avec la liturgie néotestamentaire
 ; la liturgie et les religions chrétiennes
 ; la dimension cosmique de la liturgie ; et enfin la revitalisation du mystère pascal.

L'Osservatore Romano des 30 et 31 août 2010 rapporte qu’au cours de la « Ratzinger Schülerkreis » Benoît XVI a insisté sur l’importance de la profondeur spirituelle dans la liturgie et sur la nécessité « d'approfondir la formation liturgique », en soulignant que dans la liturgie il fallait tenir compte de la dimension spirituelle et non pas seulement des aspects extérieurs. La rencontre s’est achevée, dimanche 29 août, par la messe célébrée par le pape. L’homélie, centrée sur l’humilité, a été prononcée par un des anciens étudiants du professeur Ratzinger, le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne.

(Sources : apic/imedia/radiovatican/L’Osservatore Romano - DICI n°221 du 18/09/10)