Vers une nouvelle évaluation de la mort cérébrale

Source: FSSPX Actualités

Aux Etats-Unis, un projet de révision de la loi américaine concernant la définition de la mort cérébrale suscite l’opposition de nombreux praticiens : selon eux, les modifications proposées pourraient, entre autres choses, conduire à des diagnostics hâtifs chez des patients encore bien vivants. Une nouvelle fois, le concept de mort cérébrale, avec toutes ses ambiguïtés, est au cœur du débat.

Outre-Atlantique, le diagnostic de décès repose sur des critères inscrits dans la loi intitulée Uniform Determination of Death Act (UDDA).

Trois scientifiques – Ariane Lewis, Richard Bonnie et Thaddeus Pope – viennent de proposer une modification significative de ces critères : une idée reprise par la Commission d’uniformisation de la loi (ULC) qui prépare une version révisée du texte législatif nommée RUDDA.

Dans une tribune publiée le 14 mai 2021 par le Journal of Medecine and Philosophy, un collectif de cent « experts en médecine, bioéthique, droit et philosophie » affirme que, même si l’UDDA doit évoluer, la méthodologie à partir de laquelle cette révision est en train de s’opérer « n’est pas la bonne ».

Pour justifier le RUDDA, les trois scientifiques s’appuient sur la confusion actuelle entre les différents critères permettant de constater la mort cérébrale d’un patient. Le but est simple : il s’agit pour eux d’harmoniser la loi avec les lignes directrices – beaucoup plus larges et floues – mises en place par l’American Association of Neurology (AAN).

Une régression inquiétante et irresponsable

1. Cette dernière ne préconise pas d’examen permettant de constater l’arrêt complet de la fonction cérébrale au-delà du simple électroencéphalogramme (EEG) réalisé au chevet du patient.

Faut-il rappeler à ce sujet que la loi française qui définit la mort cérébrale ne prévoyait, dans sa première expression datant du 24 avril 1968 – circulaire Jeannerey –, que l’EEG comme examen complémentaire. Cette méthode étant jugée insuffisante par les médecins et par le public, les critères furent modifiés au cours du temps.

En pratique, le critère de l’EEG a été progressivement abandonné en France, car tous les médecins le considèrent comme insuffisant et remplacé soit par l’angiographie cérébrale, soit par le scanner, remplacement sanctionné par le décret et l’arrêté du 2 décembre 1996.

2. Les auteurs voudraient en outre supprimer le terme « toutes » de la phrase suivante : « l’arrêt irréversible de toutes les fonctions du cerveau », pour exclure la fonction hormonale liée au tronc cérébral.

Quel paradoxe ! Dans le décret français de 1996 susmentionné, il a précisément été ajouté de manière spécifique : « Abolition de tous les réflexes du tronc cérébral » pour plus de sûreté.

3. Enfin, la révision proposée n’obligerait plus le praticien à obtenir le consentement de la famille avant d’effectuer les examens pouvant conduire à un diagnostic de mort cérébrale.

Vérité sur cette rive de l’Atlantique, erreur sur la rive opposée…

Ces fluctuations, qu’il ne serait pas difficile de multiplier en puisant dans les législations de divers pays, mettent en évidence un double problème.

D’abord, la nature profondément utilitaire de ces lois sur la mort cérébrale. Elles visent à établir les conditions dans lesquelles un prélèvement d’organes pourra être légalement pratiqué. Le fait même que les médecins aient d’abord pratiqué, puis demandé leur évolution, montre leur insuffisance et établissent avec certitude que des vivants ont été tués par des prélèvements.

Et par ailleurs, la réussite indéniable des greffes en a multiplié la pratique. Ce qui a entraîné un manque chronique de greffons : il s’est trouvé des médecins pour se lamenter que la réduction de la vitesse en France avait diminué la possibilité des greffes…

Ce manque a entraîné à son tour une recherche de nouveaux critères pour élargir les candidats à la donation d’organes, avec d’inévitables dérives. D’autant que la notion même de mort cérébrale, est très sujette à caution.

Conclusion

Les modifications inquiétantes qui ont conduit le collectif de scientifiques opposés au RUDDA dans sa mouture actuelle, à dénoncer « le danger non négligeable de mal diagnostiquer un patient que l’on croirait mort à tort » sont donc parfaitement illégitimes.

Le collectif de conclure que la loi ne doit pas, pour diagnostiquer le décès, s’appuyer sur des critères « dont les experts débattent entre eux  avec vigueur », n’emportant ainsi aucune certitude scientifique unanime.

Malheureusement, l’évolution de la pratique des greffes ne va pas dans le sens d’un assainissement moral dans cette partie du domaine médical.