Visite de Benoît XVI au Mexique du 23 au 26 mars 2012
Quelques jours avant le voyage, Mgr Christophe Pierre, nonce apostolique à Mexico, a expliqué à l’agence I.MEDIA que le pape, cinq ans après son voyage au Brésil, entendait renforcer l´élan missionnaire des Catholiques d´Amérique latine.
« Il est vrai que le Mexique, comme d´autres pays du monde, est entré dans un processus de transformation qui affecte sa culture et sa religiosité. Le nombre de catholiques demeure très élevé. Cependant, on y observe comme ailleurs un plus grand pluralisme et diverses influences culturelles et religieuses. La proportion des catholiques qui ont émigré vers d´autres groupes, bien qu´elle reste assez faible, est cependant en augmentation. Cela pose à cette Eglise une question sérieuse, celle de connaître la raison profonde de l´exode de ces personnes, dont la plupart sont jeunes, qui adoptent souvent une attitude d´indifférence. »
Avant le départ du pape, le P. Federico Lombardi, directeur de la Salle de Presse du Saint-Siège, a rappelé les motifs de ce voyage : le bicentenaire de l'indépendance des pays d'Amérique centrale et méridionale, le vingtième anniversaire du rétablissement des relations diplomatiques entre le Mexique et le Saint-Siège, l'année mariale jubilaire pour le 400e anniversaire de la découverte de la Vierge de la Charité de Cobre, patronne de Cuba.
Durant le vol vers le Mexique
A bord de l´avion, le pape est accompagné de ses plus proches collaborateurs, de son médecin personnel Patrizio Polisca, de cérémoniaires et d´hommes de la sécurité : gendarmes du Vatican et gardes suisses. En outre, la délégation pontificale comprend le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d´Etat du Saint-Siège, Mgr Giovanni Angelo Becciu, substitut et ancien nonce apostolique à Cuba, le cardinal Marc Ouellet, président de la Commission pontificale pour l´Amérique latine, le cardinal mexicain Javier Lozano Barragan, ancien président du Conseil pontifical pour la pastorale de la santé, le cardinal espagnol Antonio Cañizares, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, le cardinal Robert Sarah, président du Conseil pontifical Cor Unum, et le secrétaire pour les relations avec les Etats, Mgr Dominique Mamberti.
Durant les premières heures du vol, Benoît XVI s’est adressé aux 76 journalistes à bord pour leur présenter les objectifs de cette visite, en répondant à des questions soumises au préalable au Bureau de presse du Saint-Siège. Sur le rôle de l´Eglise face à la violence des cartels de la drogue au Mexique, le pape a assuré que tout devait être fait « contre ce mal qui détruit l´humanité et notre jeunesse ». L´Eglise, a-t-il dit, doit premièrement annoncer Dieu : dans ce pays qui abrite 80% de catholiques l’Eglise « a la grande responsabilité d’éduquer les consciences, d’éduquer à la responsabilité morale ». Elle doit « démasquer le mal, démasquer l´idolâtrie de l´argent qui rend les hommes esclaves », « démasquer les fausses promesses et le mensonge » et proposer à l´homme l´infini dont il a besoin pour ne pas se créer « ses propres paradis ».
« En Amérique latine mais ailleurs aussi, a affirmé le souverain pontife, on constate chez de nombreux catholiques une certaine schizophrénie entre morale individuelle et publique ». Et de préciser : « Dans la sphère privée, ils sont catholiques et croyants, mais suivent dans la vie publique d´autres voies qui ne correspondent pas aux grandes valeurs de l´Evangile, nécessaires à la fondation d´une société juste ». « L´Eglise n´est pas un pouvoir politique ou un parti, mais une institution morale, un pouvoir moral », a rappelé le pape, mais elle peut cependant éduquer à une « morale publique », afin de dépasser cette schizophrénie.
Benoît XVI a salué le « long chemin de dialogue patient » entre l´Eglise et les autorités de l´île de Cuba. « Il est aujourd´hui évident que l´idéologie marxiste, comme elle avait été conçue, ne répond plus à la réalité », a confié le pape pour qui la société doit trouver de nouveaux modèles.
Dans l´Etat de Guanajuato
Première étape du voyage de Benoît XVI, à León, capitale de l'Etat mexicain de Guanajuato et quatrième ville du Mexique située au centre du pays, avec 1,4 million d´habitants. En l´absence de nonciature apostolique, le pape a résidé durant ses trois journées mexicaines au collège Santísima Virgen de Miraflores, tenu par une congrégation de religieuses.
Benoît XVI s’est rendu le 24 mars à Guanajuato, à une soixantaine de kilomètres de León, pour une rencontre officielle avec le président de la République Felipe de Jesús Calderón Hinojosa.
Le pape s’adressa aux enfants réunis Plaza de la Paz, en ces termes : « Jésus désire écrire en chacune de vos vies une histoire d’amitié. Tenez-le donc comme le meilleur de vos amis. Il ne se fatiguera pas de vous dire d’aimer toujours votre prochain et de faire le bien. Vous l’écouterez si vous entretenez à tout moment une relation constante avec Lui qui vous aidera même dans les situations les plus difficiles ». En conclusion, il les invita « à prier continuellement, aussi à la maison » ; et leur demanda de prier « pour tous, pour moi aussi ».
Le dimanche 25 mars, le pape a célébré la grand-messe au Parque del bicentenario (Parc du bicentenaire de l´indépendance du Mexique), au pied de la colline du Cubilete où se trouve le sanctuaire du Christ-Roi, au centre géographique exact du Mexique. Le premier sanctuaire érigé par des catholiques à l´époque de la guerre des Cristeros (fin des années 1920), avait été dynamité en 1928 par le gouvernement mexicain. Reconstruite, la statue du Christ (20 mètres de haut et 80 tonnes) – entourée de deux anges portant chacun une couronne : la couronne royale et la couronne d´épines – est tournée vers la ville de León, considérée comme le cœur religieux du pays.
Devant plus de 350.000 fidèles enthousiastes, Benoît XVI a évoqué le souhait des évêques latino-américains réunis à Aparecida (Brésil), en mai 2007, d´une mission continentale pour renforcer, renouveler et revitaliser la « nouveauté de l´Evangile enracinée dans l´histoire de ces terres ». Cette mission, a précisé le pape, doit permettre aux chrétiens et aux communautés ecclésiales de résister « à la tentation d´une foi superficielle et routinière, parfois fragmentaire et incohérente ». « Ici aussi, on doit dépasser la fatigue de la foi et retrouver la joie d´être chrétiens », ce bonheur intérieur de connaître le Christ et d’appartenir à son Eglise.
A l’issue de la messe Benoît XVI a récité l´Angélus et prié « la toujours vierge sainte Marie de Guadalupe », en rappelant que la véritable dévotion à la Vierge Marie ne consiste nullement dans un mouvement stérile et éphémère de la sensibilité, mais nous pousse à aimer la Mère de Dieu d’un amour filial, et à imiter ses vertus. « En ces moments où tant de familles se trouvent divisées ou forcées à émigrer, où de très nombreuses autres souffrent en raison de la pauvreté, de la corruption, de la violence domestique, du narcotrafic, de la crise des valeurs ou de la criminalité, recourons à Marie en recherche de consolation, de force et d´espérance ». « Elle est, a assuré Benoît XVI, la mère du vrai Dieu qui invite à demeurer avec la foi et la charité sous son ombre pour dépasser ainsi tout mal et instaurer une société plus juste et solidaire ». Aux premiers rangs se trouvaient les quatre candidats à l´élection présidentielle de juillet prochain, ainsi que l´actuel chef de l'Etat, Felipe Calderón.
Le 25 mars, à 18 h, les vêpres dans la cathédrale Nuestra Señora de la Luz de León réunirent le pape et tous les évêques du Mexique ainsi que des évêques du continent latino-américain. S’adressant aux 130 évêques présents, Benoît XVI a salué leur « belle tâche d´annoncer l´Evangile » en les exhortant à continuer d’ouvrir les trésors de l’Evangile afin qu’ils deviennent une puissance d’espérance, de liberté et de salut pour tous les hommes (cf. Rom 1, 16) : « Soyez toujours de fidèles témoins et interprètes de la parole du Fils incarné, qui vécut pour accomplir la volonté du Père et, étant homme avec les hommes, s’est dévoué pour eux jusqu’à la mort ».
Benoît XVI a insisté sur l’importance de porter une grande attention aux séminaristes, les encourageant à « ne rien vouloir savoir d’autre, sinon Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié » (1 Co 2,2). Le pape leur a également demandé d´être proches de leurs prêtres afin qu´ils ne manquent jamais de compréhension et de « l´encouragement de leur évêque ». Mais il a aussi souhaité que les évêques puissent faire preuve de leur « réprobation paternelle pour des attitudes incorrectes ».
Le pape a encore insisté sur l´attention toute spéciale à apporter aux laïcs les plus engagés dans la catéchèse, l´animation liturgique, l´action caritative et l´engagement social. « Il n´est pas juste, a confié Benoît XVI, qu´ils aient l´impression de ne pas compter dans l´Eglise malgré l´enthousiasme qu´ils mettent en y travaillant selon leur propre vocation et le grand sacrifice que parfois demande ce dévouement ». Le pape a alors jugé particulièrement important pour les pasteurs que règne un esprit de communion entre les prêtres, les religieux et les laïcs, évitant les divisions stériles, les critiques et les méfiances nocives. « Soyez du côté de ceux qui sont marginalisés par la force, le pouvoir ou une richesse qui ignore ceux qui manquent de presque tout. L’Eglise ne peut pas séparer la louange de Dieu du service des hommes », a-t-il ajouté.
Après l´office des Vêpres célébré par Benoît XVI, le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, présidait un dîner offert aux évêques mexicains et aux représentants de l´épiscopat latino-américain à l´occasion du 20e anniversaire du rétablissement des relations diplomatiques bilatérales, en présence du chef de l´Etat et de trois ministres. A quelques mois des élections présidentielles de juillet et en plein débat constitutionnel sur la liberté religieuse au Mexique, le plus proche collaborateur du pape a évoqué la tâche commune de l´Eglise et de l´Etat – chacun selon sa mission spécifique – qui est de sauvegarder et de protéger les droits fondamentaux des personnes. « Parmi ceux-ci, a-t-il expliqué, se détache la liberté de l´homme pour chercher la vérité et professer ses propres convictions religieuses, tant en privé qu´en public, droit qui doit être reconnu et garanti par la législation ». Plus précisément, le cardinal Bertone a confié « souhaiter qu´au Mexique ce droit se raffermisse toujours plus », et spécifié que ce même droit allait au-delà de la simple liberté de culte.
(Sources : apic/imedia/VIS/vatican.va – DICI n°253 du 20/04/12)