Voyage du pape au Liban (14 au 16 septembre 2012) : le compte-rendu

Le 14 septembre, Benoît XVI a été accueilli à sa descente de l’avion par le président de la République Michel Sleiman, le patriarche maronite Béchara Boutros Raï, le président du Parlement Nabih Berri, et le président du Conseil des ministres Najib Mikati. Dans son premier discours sur le sol libanais, le pape a rappelé le motif principal de sa visite : la signature et la publication de l’exhortation apostolique post-synodale de l’Assemblée spéciale pour le Moyen Orient du Synode des évêques, Ecclesia in Medio Oriente. « Destinée à l’ensemble du monde, l’exhortation se propose d’être une feuille de route pour les années à venir », a précisé Benoît XVI au sujet de ce document établi sur la base des 44 propositions finales de l’Assemblée spéciale pour le Moyen Orient du Synode des Evêques qui s’est déroulée au Vatican du 10 au 26 octobre 2010.

« Le Liban, pays biblique, est apparu un lieu idéal pour remettre l´exhortation post-synodale à toutes les Eglises du Moyen-Orient et dire au monde que vivre ensemble entre cultures et religions différentes n´est pas une illusion mais une réalité qui existe. Ce Liban où Jean-Paul II voyait plus qu´un pays mais un message de liberté, de convivialité et de dialogue » a expliqué le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d´Etat, à Jean-Marie Guénois du Figaro, la veille du départ du pape. Car « pour le pape la promotion de la dignité humaine et des droits de l´homme est la stratégie la plus efficace pour construire le bien commun, base de la convivialité sociale ». L´enjeu, a-t-il poursuivi, est de travailler ensemble pour faire de cette région un nouveau berceau de civilisation, de culture et de paix.

Le pape a, en effet, déclaré à ses hôtes : « Je viens au Liban en pèlerin de paix, comme un ami de Dieu, et comme un ami des hommes. Je vous donne ma paix, a dit le Christ. Et au-delà de votre pays, je viens aussi aujourd’hui symboliquement dans tous les pays du Moyen Orient, comme un pèlerin de paix, comme un ami de Dieu, et comme un ami de tous les habitants de tous les pays de la région quelles que soient leur appartenance confessionnelle et leur foi ». Après un entretien privé avec le président Sleiman, Benoît XVI a gagné la nonciature apostolique à Harissa, située dans les montagnes à 20 km au nord de Beyrouth.

Dans l’après-midi, le pape s'est rendu à la basilique melkite Saint-Paul de Harissa, non loin de son lieu de résidence et du sanctuaire de Notre-Dame du Liban, pour y signer l'exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Medio Oriente. Benoît XVI a salué les divers patriarches et les évêques orientaux et latins, ainsi que les délégations orthodoxe, musulmane et druze, celles du monde de la culture et de la société civile. « La juste coexistence entre islam et christianisme, deux religions qui ont développé de grandes cultures, est une originalité du Liban. On ne peut que se réjouir d'une réalité socio-politique et religieuse qu'il faut raviver. C'est le vœu que je confie à tous les responsables de ce pays ».

Ecclesia in Medio Oriente, a expliqué le pape, offre des éléments qui peuvent aider à un examen de conscience personnel et communautaire, à une évaluation objective de l’engagement et du désir de sainteté de chaque disciple du Christ. L’exhortation ouvre au véritable dialogue interreligieux basé sur la foi au Dieu Un et Créateur. Elle veut aussi contribuer à un œcuménisme plein de ferveur humaine, spirituelle et caritative, dans la vérité et l’amour évangéliques. « Puisse Dieu accorder à tous les peuples du Moyen Orient de vivre dans la paix, la fraternité et la liberté religieuse ! » a-t-il conclu. – Il n’est pas inutile de relire ici la lettre ouverte que le journaliste converti de l’islam, Magdi Cristiano Allam adressait, le 27 octobre 2008, à Benoît XVI qui venait de le baptiser à la veillée pascale : « Je me demande si l'Eglise se rend compte qu'en n'affirmant pas, et en ne s'érigeant pas comme témoin de l'unicité, du caractère absolu, de l'universalité et de l'éternité de la Vérité dans le Christ, elle finit par se rendre complice de la construction d'un panthéon mondial des religions, où tout le monde considère que chaque religion est dépositaire d'une partie de la vérité, même si chaque religion s'attribue le monopole de la vérité ? 
Pourquoi s'étonner après cela du fait que le christianisme, placé sur le même plan qu'une myriade d'autres fois et idéologies qui donnent les réponses les plus disparates aux besoins spirituels, cesse de fasciner, persuader et conquérir les esprits et les cœurs de ces mêmes chrétiens, qui désertent toujours plus les églises, qui fuient la vocation sacerdotale et plus généralement, qui excluent la dimension religieuse de leur vie ? 
Pour moi, le christianisme n'est pas une religion ‘meilleure’ que l'islam, ou la religion ‘complète’ du message ‘accompli’ par rapport à un islam considéré comme une religion ‘incomplète’ du message ‘inaccompli’. Pour moi, le christianisme est l'unique religion vraie, parce qu'Il est le vrai Jésus, le Dieu qui s'est fait homme et qui a témoigné parmi nous les hommes, par les œuvres bonnes de vérité, de bon sens et de bonté du christianisme. »

Le 15 septembre, Benoît XVI s’est rendu au palais présidentiel de Baabda, où il a rencontré le président de la République Michel Sleiman, le chef du gouvernement et les corps constitués, les représentants des communautés chiite, sunnite, druze et alaouite, les représentants du monde culturel, auxquels il a remis un exemplaire de l'exhortation post-synodale. Après un entretien privé avec le chef de l'Etat, le pape a été invité à planter dans le jardin de la présidence un cèdre du Liban. Puis il a gagné la Salle du 25 mai pour prononcer un discours : en plantant cet arbrisseau, « j’ai demandé à Dieu de vous bénir, de bénir le Liban et de bénir tous les habitants de cette région qui a vu naître de grandes religions et de nobles cultures. Pourquoi Dieu a-t-il choisi cette région ? Pourquoi vit-elle dans la tourmente ? Dieu l’a choisie, me semble-t-il, afin qu’elle soit exemplaire, afin qu’elle témoigne à la face du monde la possibilité qu’a l’homme de vivre concrètement son désir de paix et de réconciliation ! »

La dignité de l’homme est inséparable du caractère sacré de la vie donnée par le Créateur et pour construire la paix, a exposé le pape, notre attention doit se porter vers la famille pour promouvoir partout une culture de la vie. Aujourd’hui, ce qui unit est le sens commun de la grandeur de toute personne. « L’esprit humain a le goût inné du beau, du bien et du vrai : c’est la marque de Dieu en lui. De cette aspiration universelle découle une conception morale ferme et juste, qui place toujours la personne au centre. Mais c’est seulement librement que l’homme peut se tourner vers le bien, car la dignité de l’homme exige de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre ». Or, le mal, le démon, « passe par l’usage de notre liberté. Il cherche un allié, l’homme, et il a besoin de lui pour se déployer. C’est ainsi qu’ayant offensé le 1er commandement, l’amour de Dieu, il en vient à pervertir le second, l’amour du prochain. Avec lui, l’amour du prochain disparaît au profit du mensonge et de l’envie, de la haine et de la mort. Mais il est possible de ne pas se laisser vaincre par le mal et d’être vainqueur du mal par le bien. »

Au Liban, a poursuivi le pape, christianisme et islam occupent un espace commun depuis des siècles. « La liberté religieuse a une dimension sociale et politique indispensable à la paix ». Le Liban est appelé, maintenant plus que jamais, à être un exemple pour Benoît XVI. Politiques, diplomates, religieux, hommes et femmes du monde de la culture, « je vous invite donc à témoigner avec courage, à temps et à contretemps autour de vous, que Dieu veut la paix, que Dieu nous confie la paix » a-t-il lancé.

Après cette rencontre, le Saint-Père a gagné le patriarcat arménien catholique, où l'a reçu le Patriarche de Cilicie, S.B. Nersès Bédros XIX Tamouni. Il a béni une statue du moine Hagop, surnommé Méghabarde – le pécheur – qui a composé le premier livre imprimé en arménien à Venise en 1512. Puis il a déjeuné avec tout l'épiscopat libanais.

Le Saint-Père s'est rendu dans l'après-midi non loin de Harissa, au palais patriarcal de Bkerké, siège hivernal du Patriarche maronite. Après avoir été accueilli par S.B. Béchara Boutros Raï, il s'est adressé à une foule de jeunes venus du Liban et de toute la région : « Vous vivez dans cette partie du monde qui a vu la naissance de Jésus et le développement du christianisme. C’est un grand honneur ! Et c’est un appel à la fidélité, à l’amour de votre région et surtout à être des témoins et des messagers de la joie du Christ ». Le pape a rappelé que parmi les apôtres et les saints, beaucoup ont vécu à des périodes troublées et leur foi a été la source de leur courage et de leur témoignage. Aussi a-t-il invité ces jeunes libanais à puiser dans leur exemple et dans leur intercession, l’inspiration et le soutien dont ils ont besoin et à ne pas se laisser inciter à goûter le miel amer de l’émigration, avec le déracinement et la séparation pour un avenir incertain.

Puis le pape les a exhortés à se tourner vers Jésus-Christ qui leur dit : Je vous donne ma paix. Car là est la véritable révolution : celle de l’amour ; « La fraternité universelle que le Christ a inaugurée sur la Croix revêt d’une lumière éclatante et exigeante la révolution de l’amour ». Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés, a-t-il rappelé en les engageant à faire comme le Christ, « à accueillir sans réserve l’autre, même s’il est d’appartenance culturelle, religieuse, nationale différente ».

« Soyez les porteurs de l’amour du Christ ! », a lancé le pape en leur demandant de se tourner sans réserve vers Dieu, en méditant la Parole de Dieu, en priant. « La prière, les sacrements sont les moyens sûrs et efficaces pour être chrétien ».

Les frustrations présentes ne doivent pas conduire à se réfugier dans des mondes parallèles comme ceux, entre autres, des drogues de toutes sortes, ou celui de la tristesse de la pornographie, a poursuivi Benoît XVI. Et de préciser : « Quant aux réseaux sociaux, ils sont intéressants mais peuvent, avec grande facilité, vous entraîner à une dépendance et à la confusion entre le réel et le virtuel ». Jeunes du Liban, a conclu le Saint-Père, « avec courage et enthousiasme, vous ferez comprendre autour de vous que Dieu veut le bonheur de tous sans distinction, et que les chrétiens sont ses serviteurs et ses témoins fidèles ».

Dimanche 16 septembre, le Saint-Père a célébré une messe solennelle au Center Waterfront du port touristique de Beyrouth (Liban). La messe, célébrée en français, arabe et latin, s'est déroulée devant des milliers de fidèles, en présence des autorités nationales et de 300 évêques de tout le Proche Orient.

Dans son homélie, Benoît XVI a rappelé que suivre Jésus, « c’est prendre sa croix pour l’accompagner sur un chemin incommode qui n’est pas celui du pouvoir ou de la gloire terrestre, mais celui qui conduit nécessairement à se renoncer soi-même, à perdre sa vie pour le Christ et l’Evangile, afin de la sauver (…) et d’aller à la vie véritable et définitive avec Dieu. » En promulguant l’Année de la foi, qui doit commencer le 11 octobre prochain, « j’ai voulu, a précisé le pape, que chaque fidèle puisse s’engager avec décision sur le chemin de la conversion du cœur. Tout au long de cette année, je vous encourage donc vivement à approfondir votre réflexion sur la foi pour la rendre plus consciente et pour fortifier votre adhésion au Christ Jésus et à son Evangile. Je prie tout particulièrement le Seigneur de donner à cette région du monde des serviteurs de la paix et de la réconciliation pour que tous puissent vivre paisiblement et dans la dignité. »

C'est à Charfet, siège du Patriarcat d'Antioche des Syriens, célèbre par sa bibliothèque de plus de 3.000 manuscrits en langues syriaque et arabe, que Benoît XVI a rencontré dans l’après-midi les patriarches orthodoxes, les représentants des confessions protestantes et les patriarches catholiques du Liban. « Notre rencontre de ce soir est un signe éloquent de notre désir profond de répondre à l’appel du Seigneur Jésus : Que tous soient un. En ces temps instables et enclins à la violence que connaît votre région, il devient urgent que les disciples du Christ donnent un témoignage authentique de leur unité, afin que le monde croie dans son message d’amour, de paix et de réconciliation. C’est ce message que tous les chrétiens et nous en particulier avons reçu mission de transmettre au monde, et qui prend une valeur inestimable dans le contexte actuel du Moyen-Orient ».

Le pape a souhaité que chacun travaille sans relâche pour que l’amour commun pour le Christ « nous conduise peu à peu vers la pleine communion entre nous ». Et pour cela, par la prière et par l’engagement commun, il faut revenir sans cesse « vers notre unique Seigneur et Sauveur ». Car, comme je l’ai écrit dans l’exhortation apostolique Ecclesia in Medio Oriente que j’ai le plaisir de vous remettre, a-t-il expliqué, 'Jésus unit ceux qui croient en lui et qui l’aiment en leur donnant l’Esprit de son Père, ainsi que Marie, sa mère' ». Le pape a conclu en confiant à la Vierge Marie les membres des différentes Eglises et communautés. « Qu’elle implore pour nous son divin Fils afin que nous soyons délivrés de tout mal et de toute violence, et que cette région du Moyen Orient connaisse enfin le temps de la réconciliation et de la paix. Que la Parole de Jésus que j’ai souvent citée au cours de ce voyage, Je vous donne ma paix, soit pour nous tous le signe commun que nous donnerons au nom du Christ aux peuples de cette région bien-aimée qui aspire avec impatience à la réalisation de cette annonce ! ». Benoît XVI a quitté le Liban le 16 septembre au soir.

(Sources : apic/imedia/fides/VIS/vatican.va – DICI n°262 du 12/10/12)

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