Voyage du pape en Bulgarie et Macédoine du Nord : œcuménisme et immigrationisme

Source: FSSPX Actualités

BULGARIE, 5 ET 6 MAI 2019

Sur une population de 7 millions d’habitants qui comptent près de 80% d’orthodoxes et 9% de musulmans sunnites, la minorité catholique représente moins de 1%, avec des fidèles de rite oriental, uniate, aux côtés des fidèles de rite latin. A l’occasion de ce voyage, le pape François a réitéré son engagement dans le dialogue œcuménique, dans le sillage de Jean XXIII, visiteur puis délégué apostolique en Bulgarie (1925-1935). Le pape Jean-Paul II visita la Bulgarie en 2002.

Le dimanche 5 mai, arrivé à Sofia, capitale de la Bulgarie, le pape s’est exprimé devant les autorités civiles du pays. Trente ans après la fin du régime totalitaire [communiste] qui entravait sa liberté, la Bulgarie est confrontée aux conséquences de l’émigration de plus de deux millions de Bulgares. Dans le même temps, le pays est plongé dans « l’hiver démographique, qui s’est abattu comme un rideau de gel sur toute l’Europe », et se trouve être une terre d’accueil pour ceux qui fuient les guerres et la misère. Puis, François s’adressa au président Rumen Radev : « Vous qui connaissez le drame de l’émigration, je me permets de vous suggérer de ne pas fermer les yeux, le cœur et la main (…) à celui qui frappe à vos portes ».

FRANÇOIS FACE A LA RIGUEUR DES ORTHODOXES BULGARES

Le souverain pontife a ensuite été reçu au Palais du Saint-Synode, à Sofia, par le patriarche orthodoxe Neofit et les membres du Saint-Synode. Simple visite protocolaire. En effet, l’Eglise orthodoxe bulgare, réticente à tout œcuménisme, avait signifié au Vatican son refus, à l’unanimité, de s’associer à quelque acte liturgique commun que ce soit avec le pape François. – Une réaction saine que l’on souhaiterait voir chez ceux qui professent la foi divine et catholique.

Le métropolite Neofit l’a remercié pour cette visite, qu’il a saluée comme une marque de « respect réciproque ». Dans son allocution, le patriarche a déclaré au nom du Saint-Synode de l’Eglise orthodoxe de Bulgarie : « nous faisons tous les efforts afin de ne pas nous engager dans le compromis en matière de foi. Nous nous réjouissons chaque fois lorsque nous apprenons que d’autres chefs spirituels partagent des convictions semblables ! ». Pour mémoire : l’Eglise orthodoxe bulgare s’est retirée du Conseil œcuménique des Eglises (COE), en 1998. De même, elle n’a pas participé au Concile panorthodoxe qui s’est déroulé en juin 2016 en Crète, le qualifiant de « ni grand, ni saint, ni panorthodoxe ». Contrairement aux autres Eglises orthodoxes, l’Eglise bulgare ne participe pas à la Commission théologique de dialogue catholico-orthodoxe.

François a souligné que « les plaies, qui, tout au long de l’histoire, se sont ouvertes entre nous chrétiens, sont des déchirures douloureuses infligées au Corps du Christ qu’est l’Eglise. (…) Mais peut-être que si nous mettons ensemble la main dans ces plaies et confessons que Jésus est ressuscité, et si nous le proclamons notre Seigneur et notre Dieu, si, en reconnaissant nos manques, nous nous immergeons dans ses plaies d’amour, nous pouvons retrouver la joie du pardon ». – Certes, les déchirures du passé ont été malheureuses et douloureuses, mais l’unité de l’Eglise ne saurait en souffrir, alors que l’œcuménisme postconciliaire voit l’Eglise comme un vase brisé dont il faudrait recoller les morceaux. 

Le pape a ensuite invoqué « l’œcuménisme du sang » – dans la persécution commune subie par les chrétiens des diverses confessions sous le communisme – où, « frères et sœurs de diverses confessions unis dans le Ciel par la charité divine, nous regardent actuellement comme des semences plantées en terre pour donner du fruit. » – L’œcuménisme du sang est fondé sur une équivoque. Que catholiques et non catholiques aient souffert sous le communisme est une chose, mais l’Eglise ne peut aucunement préjuger du salut de ces derniers.

Après cette entrevue, le pape s’est rendu place Knyaz Alexander Ier à Sofia, où la messe dominicale a été célébrée devant 8.000 fidèles qu’il a exhortés à « être des saints », « ce dont le Père a rêvé quand il vous a créés ».

Le lundi 6 mai au matin, le souverain pontife a visité le centre d’accueil pour réfugiés de Vrazhdebna situé à la périphérie de Sofia. Il y a rencontré une cinquantaine de réfugiés, venus principalement de Syrie et d’Irak. Puis il s’est rendu dans la ville de Rakovski, de 28.000 habitants majoritairement catholiques. Il a célébré la messe dans l’église du Sacré-Cœur où 245 enfants ont fait leur première communion. « Notre carte d’identité est celle-ci : Dieu est notre Père, Jésus est notre Frère, l’Eglise est notre famille, nous sommes frères, notre loi est l’amour », a-t-il déclaré. 

L’après-midi, il a rencontré la communauté catholique dans l’église Saint-Michel-Archange de Rakovsky. Il y a fait référence à sa visite effectuée au petit matin dans le camp de réfugiés de Vrazhdebna, où règne « la conscience que toute personne est enfant de Dieu, indépendamment de l’ethnie ou de la confession religieuse ». – Une nouvelle équivoque. « Enfant de Dieu » désigne usuellement l’âme en état de grâce ; l’expression peut aussi désigner tout homme sorti des mains de Dieu. Ce second sens relève de la nature, le premier de la surnature. Cette ambiguïté est un lieu commun de l’œcuménisme.

Ultime étape de la visite pastorale en Bulgarie, la rencontre interreligieuse pour la paix qui s’est tenue le lundi soir, sur la Place de l’Indépendance de Sofia. A cette cérémonie s’étaient joints des représentants des principales religions de Bulgarie : l’Eglise orthodoxe roumaine, l’Eglise arménienne, des représentants de l’islam, du protestantisme et du judaïsme, mais l’Eglise orthodoxe bulgare n’était représentée que par un simple laïc. Le souverain pontife a demandé que le « feu d’amour allumé en nous » devienne « un phare de miséricorde, d’amour et de paix ». – La répétition de l’erreur l’enracine : quel est ce « feu d’amour » ? La charité qui suppose la vraie foi ? L’Esprit Saint qui vivifie l’Eglise ? Et qui ne se trouve ni dans l’islam, ni dans l’hérésie, ni dans le schisme, ni dans le judaïsme ?

MACEDOINE DU NORD, 7 MAI 2019

Les catholiques de Macédoine du Nord, le plus petit Etat des Balkans, représentent moins d’1% de la population, à 65% orthodoxe et à 33% musulmane. Avec l’arrivée au pouvoir des communistes du maréchal Tito en 1945 et jusqu’à l’indépendance quarante-six ans plus tard, la situation de l’Eglise catholique en Yougoslavie s’est considérablement détériorée. A la proclamation de l’indépendance en 1991, l’Eglise a pu reprendre ses activités et le nouvel Etat a établi des relations diplomatiques avec le Saint-Siège. Aujourd’hui, le pays compte environ 20.000 catholiques – 15.000 de rite byzantin et 5.000 de rite latin. Mgr Kiro Stojanov est évêque de Skopje et de l’éparchie de la Bienheureuse Vierge Marie de l’Assomption de Strumica-Skopje. 

En Macédoine du Nord, le voyage du pape a été placé sous la « forte présence spirituelle » de Mère Teresa, née Agnès Gonxha Bojaxhiu en 1910 à Skopje – alors dans l’Empire ottoman, capitale de la République de Macédoine. 

Reçu au palais présidentiel, à son arrivée à Skopje, le pape s’est adressé aux autorités civiles et aux membres du corps diplomatique. François évoqua ce très « précieux et valable patrimoine : la composition multi-ethnique et multi-religieuse » qui « a donné lieu à une cohabitation pacifique et durable ». Le souverain pontife a tenu à souligner « le généreux effort accompli par votre République (…) qui accueille et secourt un grand nombre de migrants et de réfugiés provenant de divers pays du Moyen-Orient », particulièrement « au cours des années 2015 et 2016 » – « solidarité empressée ». 

Puis, François s’est rendu au Mémorial de Mère Teresa en centre-ville de Skopje. Il y pria pour que Jésus « accorde la grâce d’être nous aussi un signe d’amour et d’espérance en notre temps qui voit tant de démunis, de laissés-pour-compte, d’exclus et de migrants ».

Le souverain pontife a ensuite célébré la messe sur la place Macedonia de Skopje en présence de 15.000 personnes. Dans son homélie, il a mis en garde contre ces tentations modernes qui rendent « prisonniers de la virtualité », en perdant « le goût et la saveur du réel ». Le pape souligna que Mère Teresa avait fondé sa vie sur « deux piliers : Jésus incarné dans l’Eucharistie et Jésus incarné dans les pauvres ! » Et d’exhorter les fidèles à faire l’expérience de l’abondance de l’amour du Christ : « laissons-le rassasier notre faim et notre soif dans le sacrement de l’autel et dans le sacrement du frère ».

Le pape a retrouvé les jeunes Nord-Macédoniens de différentes confessions dans la cour du centre pastoral situé derrière la cathédrale catholique de Skopje. François les a exhortés à « donner espérance à un monde fatigué, ensemble avec les autres, chrétiens et musulmans ». « Rêver n’est jamais de trop », a-t-il affirmé. Et de citer en exemple le rêve qu’il a eu « avec un ami, le Grand Imam d’Al-Azhar, Ahmed el-Tayeb », qui les a conduits « à signer ensemble » le Document sur la fraternité humaine, à Abou Dabi, le 4 février dernier. (Voir DICI n°381, février 2019) « Rêver et rencontrer : ce sont les principales recommandations adressées aux jeunes lors de cette rencontre œcuménique et interreligieuse », résume Vatican News. – On ne saurait mieux présenter l’utopie prônée par le pape François, celle d’un mondialisme irénique où se bâtit une fraternité universelle en dehors de toute Chrétienté, c’est-à-dire en dehors de toute royauté sociale de Jésus-Christ. Le Fils de Dieu est prié de cohabiter “dans la paix, la justice et l’amour” avec Mahomet.

Au terme de sa visite en Macédoine du Nord, le souverain pontife a rencontré les religieux et religieuses du pays, ainsi que la petite trentaine de prêtres catholiques. A tous, François a demandé de ne pas courir d’une réunion à l’autre, en dépensant énergie et ressources. Il leur a demandé « de laisser tous les poids qui séparent de la mission et empêchent le parfum de la miséricorde d’atteindre les visages de nos frères » pour éviter que jamais ne s’éteignent les battements de l’Esprit.

Le 8 mai, le Saint-Père a expliqué, à l’audience générale place Saint-Pierre, avoir profité de son déplacement à Skopje pour saluer la traditionnelle capacité d’accueil des Macédoniens, nonobstant les appartenances ethniques ou religieuses, et en particulier à la période « critique » de 2015-2016, pour accueillir et secourir de nombreux migrants. Les Macédoniens « ont un grand cœur, les migrants créaient des problèmes pour eux, mais ils les accueillaient, les aimaient et résolvaient les problèmes », a improvisé le pape demandant aux fidèles présents d’applaudir ce peuple. 

Derrière ces manifestations de sympathie facile se cache une autre réalité, celle de la lutte du gouvernement macédonien pour endiguer l’immigration clandestine. Le 12 juin 2019, un mois après la venue du pape, le Premier ministre tchèque Andrej Babiš en visite en Macédoine du nord, a remercié le gouvernement macédonien pour avoir de facto stoppé la migration clandestine. Il s’est félicité de la politique de renvoi des migrants dans leurs pays d’origine. Quand la réalité l’emporte sur l’utopie…