Passe d’armes entre le doyen du Sacré-Collège et le cardinal Zen

26 Mars, 2020
Provenance: fsspx.news

Dans une lettre adressée à tous les cardinaux, le doyen du Sacré-Collège a démenti les propos tenus par le cardinal Joseph Zen, rendant l’actuel secrétaire d’Etat du Saint-Siège responsable d’un mauvais accord passé avec la Chine en 2018, cause de la dégradation des conditions de vie des catholiques chinois. Le prélat chinois a répondu à son contradicteur. 

Il n’aura pas fallu longtemps pour que l’appareil curial vole au secours du secrétaire d’Etat du Saint-Siège, le cardinal Piero Parolin, fortement malmené dans le dossier chinois. 

Le 19 février 2020, FSSPX.Actualités s’était fait l’écho des accusations portées par l’évêque émérite de Hong Kong, le cardinal Joseph Zen, contre le chef de la diplomatie vaticane, accusant ce dernier d’accomplir « de mauvaises choses » et d’avoir rendu intenable la situation des catholiques en Chine. 

La réponse, cinglante, est arrivée le 26 février 2020, sous la forme d’une lettre signée par le doyen du Sacré-Collège, le cardinal Giovanni Battista Re et adressée à tous les porporati. 

Le doyen y accuse l’ancien évêque de Hong Kong de tenir des propos qui « ne correspondent pas à la vérité » et d’avoir une position qui n’est pas celle « partagée par les trois derniers papes ». « Le cardinal Zen a affirmé à plusieurs reprises qu'il valait mieux ne pas avoir d'accord qu’un ‘mauvais accord’, or les trois derniers papes ne partageaient pas cette position et ont soutenu et accompagné la rédaction d’un accord qui, à l'heure actuelle, semble être le seul possible », écrit le cardinal Re. 

En ce qui concerne l’accord signé par le Vatican avec Pékin le 22 septembre 2018 et que, selon Mgr Zen, le pape Benoît XVI aurait repoussé quelques années plus tôt, le doyen du Sacré-Collège assure : « après avoir personnellement pris note des documents existants dans les archives actuelles du secrétariat d'Etat, je peux assurer que le pape Benoît XVI avait approuvé le projet de l’accord sur la nomination des évêques en Chine, accord qu’il n’a pas été possible de concrétiser avant 2018. » 

L'intervention du cardinal Zen, conclut le cardinal Re, « nous aide à comprendre à quel point le chemin de l'Eglise en Chine est difficile et à quel point la mission des pasteurs et du Saint-Père est complexe ». 

Elle aide peut-être plus encore à saisir combien les mécanismes de défense jouent à plein au sein de l’appareil curial et de la secrétairerie d’Etat - le cardinal Re est un ancien membre de cette institution, parfaitement rompu à ses arcanes - dans un dossier où l’action du Saint-Siège est pointée du doigt par de nombreux observateurs, s’inquiétant de l’aggravation singulière de la situation des millions de catholiques vivant dans l’empire du Milieu. 

Dès la publication de la lettre du doyen, Mgr Carlo Maria Vigano, ancien nonce à Washington (Etats-Unis) et personnalité critique à l’égard du pontificat actuel, a assuré le cardinal Zen de son soutien, dénonçant « le courrier ignominieux et honteux que le cardinal Giovanni Battista Re a adressé à tous les cardinaux contre vous ». 

Quant au prélat chinois, il a répondu au doyen du Sacré-Collège, démontant point par point les assertions de ce dernier, dans une lettre publiée le 2 mars, avant de conclure : « je ne comprends pas la dernière partie de votre lettre, qui est pour le moins confuse. Les faits sont pourtant là. J'ai des preuves que Parolin manipule le Saint-Père (…) Qu'est-ce que j'ai fait de mal ? Je souhaite à Votre Eminence des moments plus heureux dans son service en tant que doyen du collège des cardinaux ». 

Le temps est décidément à l’orage au Vatican.