Le pré-synode des jeunes au Vatican

01 Mai, 2018
Provenance: fsspx.news

Evénement inédit, un pré-synode des jeunes – précédant le synode sur la jeunesse, la foi et le discernement vocationnel – s’est déroulé à Rome du 19 au 24 mars 2018. Le synode des évêques se tiendra du 3 au 28 octobre 2018.

Les jeunes du pré-synode

Les conférences épiscopales et les grands mouvements catholiques de jeunesse ont été invités à envoyer des représentants. Interrogé le 20 mars par l’agence cath.ch, le cardinal Lorenzo Baldisseri, secrétaire général du synode, a précisé : « 123 des 285 participants viennent d’Europe. A l’exception d’une dizaine, toutes les Conférences épiscopales du monde ont répondu à l’appel. Il se trouve que la majorité d’entre elles se situent en Europe, d’où cette grande différence dans la provenance des participants », répartis entre : anglophones, francophones, hispanophones et italophones.

Aux côtés des jeunes catholiques, le pape François a aussi voulu inviter des jeunes critiques vis-à-vis de l’Eglise catholique et des non catholiques, athées, libre penseurs… ; en ouverture de la session, il s’est adressé aux participants le 19 mars au collège Mater Ecclesiæ. Cette réunion a été convoquée, a-t-il expliqué, pour aider l’Eglise à avoir la « créativité des apôtres » et demander aux jeunes de collaborer à sa « fécondité ». Il dénonça « la logique du ‘ça s’est toujours fait ainsi’, qui est un venin doux », car cela anesthésie l’âme. La société actuelle, a déploré le souverain pontife, « idolâtre la jeunesse », mais en même temps elle refuse aux jeunes d’en être les protagonistes. Aussi, cette rencontre pré-synodale veut montrer que l’Eglise prend les jeunes au sérieux. Il a rappelé comment, en divers moments de l’Histoire, Dieu avait choisi de parler à travers les plus jeunes, citant l’exemple de Samuel ou de David. Cette réunion pré-synodale se veut le signe de quelque chose de grand, déclara François : « la volonté de l’Eglise de se mettre à l’écoute des jeunes, sans exclusion » - et sans démagogie ?

Un document final pour élaborer l’instrumentum laboris

Plus de 15.000 personnes se sont également inscrites sur Facebook, afin d’apporter leurs contributions par internet. Le cardinal Baldisseri, précisait le 20 mars : « Nous travaillons avec un document préparatoire qui leur a été envoyé avant la réunion. Nous avons à peine 6 jours, ce n’est pas beaucoup mais c’est suffisant pour avoir un spectre assez large de ce qui aura été discuté. Lorsque nous serons en possession du document final à la fin de la semaine, nous aurons la synthèse des 20 groupes présents à Rome et des 6 groupes ayant travaillé sur les réseaux sociaux ».

Responsable de la pastorale des jeunes au sein de la Conférence des évêques de France, sœur Nathalie Becquart a été nommée coordinatrice générale du pré-synode. Son rôle consistait à aider à la rédaction du document final remis au pape François le dimanche des Rameaux, 25 mars. « Concrètement, ce pré-synode fait partie intégrante de la préparation du synode d’octobre. Les travaux vont alimenter la réflexion pour élaborer l’instrumentum laboris. C’est une contribution directe de ces jeunes du monde entier. Le document final va être une réponse très forte à l’appel du pape qui leur a demandé de s’exprimer, sans taire les critiques », avait-elle expliqué à l’agence I.MEDIA.

La synthèse a été élaborée par une commission de rédaction de jeunes. Ce document a été approuvé à l’unanimité par les jeunes, a déclaré le cardinal Baldisseri lors de la conférence de presse du 24 mars, du moins « personne n’est intervenu pour le contredire ! ».

Cependant, parmi les jeunes invités au pré-synode, l’Allemande Alina Oehler, journaliste et théologienne de 27 ans, reconnaît le 24 mars sur le site de l’Eglise catholique allemande, que « produire un document avec 300 participants en si peu de temps signifie inévitablement perdre la transparence ». Et d’ajouter : « la façon dont les éditeurs individuels ont été sélectionnés, était la plupart du temps peu claire ». Soulignant ce flou persistant, elle ajoute que « de nombreux participants ont été invités à très court terme et ne savaient presque rien sur le contexte ». Enfin, cette jeune féministe de Voices of Faith s’est réjouie de voir soulevé au pré-synode le rôle des femmes dans l’Eglise.

« Réunion pré-synodale : une inspiration pour la société civile ? »

C’est ainsi que le site du Vatican présente le document final dans le titre d’un article du 26 mars. « Les jeunes expriment un fort besoin que l’Eglise les accompagne sur une myriade de questions existentielles », assure sœur Nathalie Becquart. Vatican News poursuit en précisant que le désir d’accompagnement exprimé par les jeunes va de pair avec la formulation de quelques exigences à l’égard d’une institution qu’ils peuvent parfois juger « distante ». Ainsi de ces discussions, l’aspiration à une Eglise « plus transparente, plus crédible et surtout plus humaine », s’est distinguée, estime la religieuse. Plus humaine, c’est-à-dire, qui assume ses fragilités, en termes d’abus de pouvoir ou d’abus sexuels, poursuit-elle, avant de se féliciter que nombre de jeunes participants non-croyants aient été ébahis par la capacité de l’Eglise à rassembler autant de jeunes pour débattre et discuter d’enjeux contemporains : « Ils souhaitent de tout cœur que les gouvernements et les instances civiles s’inspirent de ce modèle synodal ».

Dès le 24 mars, le site Vatican Insider du quotidien italien La Stampa, titrait : « Les jeunes du pré-synode : “Nous voulons une Eglise moins moralisatrice, qui admet ses erreurs” », et présentait en avant-première le document remis le 25 au pape.

Ce document évoque une certaine inquiétude des jeunes quant à leur avenir, exposant tous les problèmes sociétaux rencontrés… La question du sens à donner à leur vie reste présente.

L’Eglise est perçue davantage comme une structure, que comme « un lieu de rencontre », et peut paraître « excessivement sévère et moraliste ». Les jeunes demandent que l’Eglise soit accueillante et miséricordieuse, « dépassant la logique du ‘on a toujours fait comme ça’ ». – Est-ce bien là leur préoccupation propre ou celle de François exprimée dès le 19 mars dans le discours d’ouverture ?

La synthèse fait état d’une certaine ignorance et du désir qu’ont les jeunes de se former, de mieux connaître le Christ, les Ecritures, la foi qu’ils professent, les enseignements de l’Eglise, en particulier sur les débats qui cristallisent les oppositions et les incompréhensions (questions relatives à l’affectivité, à la sexualité, etc.). Le message de l’Evangile est parfois difficile à entendre : ils réclament une meilleure explication. Dans cette optique, l’accompagnement revêt une importance fondamentale, avec des personnes de confiance, laïcs et consacrés, qui les aident, les conseillent, les guident, en respectant leur liberté.

Une attention certaine est accordée aux nouvelles technologies et moyens de communication. Les jeunes ne font preuve d’aucune naïveté sur la question, vantant, d’un côté, leurs nombreux avantages et points positifs, conscients, de l’autre, des errements et vices qu’ils peuvent engendrer et favoriser : l’isolement, l’ennui, l’insensibilité ou l’aveuglement face aux souffrances d’autrui, ou encore la pornographie. Il n’en demeure pas moins que la technologie, au sens large, s’avère être un terrain hautement propice à l’évangélisation. Le monde digital offre de nombreuses possibilités et il appartient à l’Eglise de saisir cette opportunité, tout en renforçant toujours plus sa présence dans le « réel », à la rencontre des personnes, dans les rues, les bars, les stades, les orphelinats, les hôpitaux, les périphéries, prisons, zones de guerre, etc.

Le document déclare que les jeunes « sont plus conscients et réceptifs quand ils sont acteurs dans l’Eglise et dans le monde ». Ils veulent agir en tant que catholiques dans la politique, les activités civiles et humanitaires.

Enfin, ces jeunes réclament qu’on leur fasse confiance : ils veulent être impliqués dans les organes décisionnels, dans les paroisses, les diocèses, les commissions vaticanes. Ils souhaitent être une présence responsable, joyeuse et « une voix créatrice dans l’Eglise », sans laquelle les communautés peuvent sembler « mortes ».

 

 

Que sera ce synode sur « le discernement vocationnel » des jeunes ?

Ce document final, s’exclame le 28 mars le journaliste italien Aldo Maria Valli sur son blogue, ne révèle pas « la beauté de la proposition chrétienne. Constant, en revanche, est le souci de l’autocritique », soulignant les limites et la « vulnérabilité » de la vie consacrée, mettant l’accent sur « le manque de clarté sur le rôle des femmes dans l’Eglise ». Un texte, ajoute-t-il le 31 mars, qui « retrace presque à la lettre les convictions au centre du pontificat de François ». Le journaliste rapporte également le témoignage d’un membre du groupe Facebook en langue anglaise, John Monaco, publié par le Catholic Herald le 30 mars. Parmi les réponses données par les jeunes, dit-il, « le désir d’un enseignement conforme à la tradition avec une attention particulière à la liturgie traditionnelle, est clairement apparu. Pourtant, ces idées n’ont pas trouvé place dans le document final ». Aldo Maria Valli rapporte enfin que « selon des rapports de Munich, lorsque de nombreux jeunes ont fait remarquer aux chefs de groupe la grave incohérence entre les sollicitations fournies et le résumé, leurs commentaires ont été supprimés ». Et de se demander qui a vraiment écrit la synthèse…

Ce pré-synode n’en révèle pas moins l’absence cruciale de vocations et la carence d’une Eglise enseignante, à travers l’ignorance patente de ces jeunes et le manque évident de directeurs spirituels.

Au manque de vocations, le souverain pontife répondait à sa façon, dans un message vidéo à l’occasion de la 40e semaine nationale pour les instituts de vie consacrée, qui s’ouvrait le 5 avril dernier à Madrid. Ses propos, rapportés par Vatican News, s’adressaient au P. Carlos Martinez Oliveras, directeur de l’Institut théologique de vie religieuse de Madrid, ainsi qu’aux 700 participants : « nous ne pouvons pas nous arrêter à cette plainte, (…) en pleurant sur les gloires passées, alors que le Seigneur nous dit : ‘regarde devant, et regarde ce que tu dois faire’ ». Il importe quoi qu’il en soit, avertit le pape, de « ne pas faire de prosélytisme ». Au contraire, il faut chercher les « moyens d’ouvrir des chemins afin que le Seigneur puisse parler, qu’Il puisse appeler. Il ne sert à rien de faire des campagnes électorales ou commerciales, parce que l’appel de Dieu n’entre pas dans des modèles de marketing », avant d’exhorter les participants au courage. « Quant au nombre des vocations, a-t-il conclu, que le Seigneur décide. Faisons ce qu’Il nous a demandé : prier et témoigner ». 

Le 20 mars, le cardinal Baldisseri déclarait à l’agence cath.ch : « l’Eglise est une structure ancienne et solide mais qui doit maintenant avoir le courage d’être plus transparente et plus flexible. Il y a là tout un travail en perspective pour l’Eglise, et je crois même un travail qu’elle doit faire sur elle-même. Et dans toutes les parties du monde. La structure pyramidale qui est celle de l’Eglise actuelle n’est pas la bonne. Pour être plus proche des jeunes, il faut, comme l’a dit le pape, que la pyramide s’inverse. » (sic) - Ces propos sont-ils encore catholiques ? Le Christ, qui a établi son Eglise sur Pierre, qui a enseigné avec autorité - laquelle vient de Dieu (cf. Rm 13, 1) -, n’a pas prêché la démocratie universelle et le renversement des sociétés naturelles, ni la révolution dans le Royaume qu’il fondait.

Dans un livre-entretien publié en France le 22 mars (Dieu est jeune, Editions Robert Laffont - Presses de la Renaissance), le pape François s’adresse aux jeunes du monde entier, catholiques ou non, en conversant avec un jeune chercheur en sociologie et psychologie. Au cours de ces cinq entretiens avec Thomas Leoncini, les grandes questions de la société sont abordées : Dieu, les fake-news (« nouvelles fausses »), la consommation, l’éducation... Pour le pape, « Dieu est jeune », car Il est capable « de rajeunir toutes choses ».

Dieu est jeune paraît précisément dans le contexte de la réunion pré-synodale des jeunes. L’hebdomadaire Le Point publiait en exclusivité des passages du livre dès le 19 mars. François, promoteur d’une « culture de la rencontre », écrit le magazine français, veut s’appuyer sur le dialogue intergénérationnel pour étendre sa « révolution de la tendresse ». Le salut des vieux est de transmettre la mémoire et d’être de « véritables rêveurs de l’avenir », celui des jeunes est de se saisir de leur expérience pour « les porter en avant dans la prophétie » - ou l’utopie ?

« Dieu est Celui qui renouvelle toutes choses, sans cesse, parce qu’Il est toujours neuf : Dieu est jeune ! Les vieux rêveurs et les jeunes prophètes sont la voie du salut pour notre société déracinée », affirme le pape. « Donnons aux jeunes une place centrale ! Marginalisés, ces exclus de notre temps sont faits de la même étoffe que Dieu : leurs meilleures qualités sont les siennes. Ce n’est qu’en établissant un pont entre les anciens et les jeunes que pourra survenir cette révolution de la tendresse humaine dont nous avons tous si profondément besoin ».

Traitant des thèmes abordés lors du pré-synode l’ouvrage vient tout naturellement, semble-t-il, appuyer les sujets traités par les participants et orienter le synode à venir. « Aux chrétiens, je recommande de lire le livre des Actes des apôtres : la créativité de ces hommes. Ces hommes savaient aller de l’avant avec une créativité qui, si nous la traduisons dans ce que cela signifie aujourd’hui, nous épouvante ! », lançait le pape le 19 mars. – Plusieurs observateurs romains se demandent si la préparation de ce synode des jeunes n’est pas semblable à celle du synode sur la famille. Avec la même rhétorique enthousiaste et les mêmes confusions doctrinales.

Commentaire : Comment ne pas voir dans cette agitation tumultueuse qui se berce d’utopies, en se payant de mots, la réalisation de ce grand Sillon qu’avait dénoncé, en son temps, le pape saint Pie X ? Une Eglise devenue démocratique sous prétexte d’être universelle, sans dogme établi ni morale définie, se faisant l’écho des illusions et des slogans venus du monde. Comme si elle poursuivait encore ces vieilles lunes des années 70, que l’on croyait pourtant éteintes avec la formidable crise qui s’est déclenchée après Vatican II. L’Eglise conciliaire, c’est-à-dire l’Eglise qui suit la révolution entreprise au nom de l’aggiornamento voulu par Jean XXIII, n’en finit pas de ne pas voir la réalité du naufrage dans la foi de ses enfants et elle refuse d’en tirer des leçons. Les pasteurs demandent au troupeau de faire preuve de créativité, alors que les brebis attendent de leurs pasteurs qu’ils les mènent dans les verts pâturages de la doctrine du salut, du vrai sacrifice de la messe et des sacrements porteurs de grâce et de vie éternelle. Il n’y a pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir : « Lorsqu’un aveugle conduit un autre aveugle, ils tombent tous deux dans la fosse » (Mt 15, 14).