Quand l’Europe se réveilla apostate

05 Avril, 2018
Provenance: fsspx.news

Une étude publiée dans The Guardian le 21 mars 2018 avance l’idée d’un Vieux continent achevant sa marche vers une société post-chrétienne, dans laquelle la majorité des jeunes se déclarent « sans religion », sans pour autant être athées. En complément, l’enquête d’Opinion Way sur les croyances des jeunes Français parue dans La Croix le 23 mars 2018 permet d’avoir une vision plus nuancée de la situation en France.

L’étude publiée par The Guardian a été réalisée par Stephen Bullivant, professeur de théologie et de sociologie à l’université Saint-Mary de Londres. Le chercheur a enquêté sur l’identité religieuse des 16-29 ans dans 21 pays européens : la palme de la sécularisation revient à la Tchéquie, avec 91% de jeunes se déclarant « sans affiliation religieuse ».

Ainsi, dans 12 pays, une large proportion de jeunes récusent toute affiliation religieuse. Seuls 9 pays se revendiquent en majorité du christianisme. Et encore s'agit-il ici de référence culturelle et non de pratique religieuse.

Ce qui fait dire à Stephen Bullivant que la religion est « moribonde » : « à part de notables exceptions, les jeunes adultes ne s’identifient plus en fonction d’une religion qu’ils ne pratiquent d'ailleurs pas. » Le chercheur ajoute qu’on est passé du « chrétien par défaut » au « non-chrétien revendiqué », ce qui, selon lui, sera la norme du XXIe siècle.

Si cette enquête ne manque pas d’intérêt, elle demande à être nuancée. L’institut Opinion Way vient de mener une recherche similaire auprès des jeunes adultes de France. Les résultats ont été commentés par Gauthier Vaillant dans le journal La Croix du 23 mars 2018.

Là où Stephen Bullivant affirme qu’en France 64% des jeunes se déclarent sans religion, ils ne sont « que » 43% dans l’enquête parue dans La Croix. De plus, selon le quotidien français, « les croyants sont même devenus légèrement majoritaires, à 52%, alors qu’ils n’étaient que 46% en 2016 ».

Autre fait à noter : 41% de ces jeunes croyants assument leur identité catholique – 8% pour les musulmans, ce dernier chiffre étant quant à lui en hausse. L’existence d’un prétendu « effet-François » n’est donc pas perceptible auprès des jeunes croyants français qui se revendiquent même un peu moins catholiques qu’en 2016.

Une bonne nouvelle est que l’athéisme aurait tendance à diminuer en France : moins d’un jeune sur cinq, 19% exactement, considère l’existence de Dieu comme totalement exclue, contre 23% en 2016.

Le sondage d’Opinion Way met aussi en relief des jeunes « très à l’aise avec le pluralisme religieux » et qui n’ont pas compris pour la plupart les controverses sur la laïcité, que ce soit l’affaire du "bourkini" ou celle du monument dédié à Jean-Paul II à Ploërmel.

En définitive, la France longtemps pays-phare en matière de laïcité et de sécularisation, semble connaître aujourd’hui un certain regain du religieux  auprès des jeunes, regain dont l’Eglise catholique ne paraît pas bénéficier autant qu’elle le devrait. L'ambiance pluraliste et libertaire façonne la mentalité des jeunes adultes qui ont du mal à s’engager.

Convient-il, comme l’avance La Croix, d’« adapter le discours de l’Eglise aux nouvelles attentes de la jeunesse » afin de la regagner ? C’est pourtant bien ce qui se fait depuis 50 ans avec les résultats que l’on sait… Un paradoxe demeure : de tout temps l’Eglise fuyait le monde et le monde allait pourtant vers elle ; jusqu’au concile Vatican II, où certains ont cru que l’Eglise devait aller vers le monde. Mais en retour ce dernier s’est détourné d'elle.