A quoi rêve le pape ?

24 Février, 2020
Provenance: fsspx.news

Dans son exhortation post-synodale Querida Amazonia (Chère Amazonie), publiée le 12 février 2020, le pape François expose ses rêves. Il en a quatre : un « rêve social », un « rêve culturel », un « rêve écologique » et même un « rêve ecclésial ». Nous pensions que le pape n’était pas sur le trône de Pierre pour rêver, mais plutôt pour « confirmer ses frères dans la foi » (cf. Lc 22, 32) ; nous trompions-nous ? Nous croyions que « les rêveries du promeneur solitaire » étaient réservées à Jean-Jacques Rousseau, que les disciples du Christ devaient, eux, ne pas s’assoupir ni s’endormir, mais veiller et prier (Mt 26, 41) ; avions-nous tort ? 

François rêve, mais à quoi rêve-t-il ? Il nous le dit : « Je rêve de communautés chrétiennes capables de se donner et de s’incarner en Amazonie, au point de donner à l’Eglise de nouveaux visages aux traits amazoniens. » Une Eglise bariolée, multicolore, et non pas monochrome et monotone.  

S’agit-il d’un rêve prémonitoire ? C’est plutôt une réminiscence. Le jésuite Jorge Mario Bergoglio se souvient du testament du jésuite progressiste Carlo Maria Martini. En effet, le dernier livre du cardinal-archevêque de Milan s’intitule Le rêve de Jérusalem (DDB, 2009), ce sont des conversations qu’il a eues avec le P. Georg Sporschill s.j. ; il les présente ainsi : « Au cours de ces entretiens, nous nous sommes laissés aller à rêver tout haut. On sait que dans la nuit, les idées naissent plus facilement qu’en plein jour. » L’ouvrage milite « pour une Eglise audacieuse » (p.11) et « pour une Eglise ouverte » (p.157).  

François, en fidèle disciple, s’applique à réaliser le rêve du cardinal Martini qui affirmait dans son livre : « Vatican II a affronté courageusement les problèmes de notre temps. Il a entamé le dialogue avec le monde moderne tel qu’il est, sans se refermer frileusement sur lui-même. Et surtout, le Concile a perçu où se trouvent les nombreuses forces positives dans le monde qui poursuivent le même but que notre Eglise, à savoir celui d’aider les hommes, ainsi que de chercher et de vénérer le Dieu unique. » (p.162) 

En fait, l’irénisme conciliaire est un onirisme. Confronté à la réalité de la chute vertigineuse des vocations et de la pratique religieuse, ce songe béat est un mensonge. Aujourd’hui, comme hier, saint Paul dit aux Romains : « Hora est jam nos de somno surgere, il est l’heure désormais de nous réveiller. » (Rm 13, 11) 

Abbé Alain Lorans 

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