Un ministre théologien…

05 Mai, 2020
Provenance: fsspx.news

La France a bien de la chance : elle possède un théologien parmi les ministres du gouvernement. Un ministre qui se risque à porter des jugements sur la forme que peut ou doit prendre la prière, et spécialement la prière des catholiques. 

M. Christophe Castaner est ministre de l’Intérieur du gouvernement français depuis le 16 octobre 2018. A ce titre, il a participé aux prises de décisions pour gérer la pandémie de Covid-19. Son portefeuille inclut le ministère des cultes, chargé des relations avec les autorités représentatives des religions présentes en France et de l’application de la loi de 1905 en matière de police des cultes. 

Le dimanche 3 mai, au cours d’une émission politique télévisée, M. Castaner a affirmé : « je pense que la prière n’a pas forcément besoin de lieu de rassemblement, où l’on ferait courir un risque à l’ensemble de sa communauté religieuse ». Il entendait ainsi justifier le refus opposé aux évêques de France de rouvrir les églises le 11 mai, jour où de nombreuses activités sont à nouveau permises. 

Par cette réponse, M. Castaner sort nettement de ses prérogatives, et se pose en philosophe de la religion, à moins qu’il ne revendique le titre de théologien. Ce qui serait étrange pour quelqu’un qui a commencé sa carrière sur les tables de poker, protégé par un caïd du milieu ayant terminé sa vie sous les balles, avant d’obtenir des diplômes dans le droit, la criminologie et les sciences politiques. 

Dire que « la prière n’a pas forcément besoin de lieu de rassemblement », c’est s’opposer à une vérité « scientifique », une vérité philosophique et une vérité révélée. 

Car s’il y a une chose bien connue en anthropologie, c’est que la religion a une dimension sociale. La littérature sur ce sujet, qu’il s’agisse des religions anciennes ou actuelles, est considérable. Inutile d’essayer de démontrer cette évidence. Rappelons que cette vérité a été montrée depuis fort longtemps par les apologistes catholiques. 

La philosophie n’a aucune peine non plus à établir cette dimension sociale. Que l’homme soit un « animal social » a été affirmé par Aristote il y a plus de 23 siècles. Et que la religion, qui nous rattache à Dieu, soit une action éminemment humaine, est une vérité que tout un chacun peut facilement constater ou induire. 

Enfin, le magistère catholique et la théologie affirment avec force ce caractère social. Un enseignement magistral à ce sujet est donné par le pape Pie XII dans son encyclique Mediator Dei sur la liturgie. Il y rappelle que « le devoir fondamental de l’homme est certainement celui d’orienter vers Dieu sa personne et sa vie. Or l’homme se tourne normalement vers Dieu quand (…) il lui rend, par la vertu de religion, le culte et l’hommage dus à l’unique et vrai Dieu ». 

Il est vrai que « ce devoir oblige en premier lieu les hommes pris en particulier, mais c’est aussi un devoir collectif de toute la communauté humaine basée sur des liens sociaux réciproques, parce qu’elle aussi dépend de l’autorité suprême de Dieu ». De plus « les hommes y sont tenus d’une manière spéciale, pour avoir été élevés par Dieu à l’ordre surnaturel. C’est pourquoi nous voyons Dieu édicter des préceptes rituels et préciser avec soin les règles que le peuple devait observer pour lui rendre un culte légitime ». Ce culte de l’Ancienne Loi n’était qu’une ombre de celui que le Prêtre suprême du Nouveau Testament devait rendre au Père céleste (cf. He 10, 1). 

Il faut encore affirmer avec le pape Pie XII que seule la hiérarchie catholique peut régler la liturgie et le culte. Certes, un catholique doit se soucier du bien commun, et certaines mesures « de protection publique » doivent être acceptées et entérinées par les évêques. Mais il est ridicule qu’un ministre veuille déterminer en quoi consiste la prière et la manière dont elle s’accomplit. A moins qu’il ne veuille se poser en prophète, en plus d’être piètre théologien ?