"Une barbarie théologique", selon le cardinal Müller

25 Mai, 2020
Provenance: fsspx.news

L’édition 2020 de l’Annuaire pontifical publié par le Secrétariat d’Etat et la Librairie éditrice du Vatican a relégué le titre “Vicaire de Jésus-Christ”, porté par le pape, au rang de simple « titre historique », dans une note en bas de page. Le cardinal Ludwig Müller, préfet émérite de la Congrégation pour la doctrine de la foi, s’est exprimé dans le Tagespost, le 2 avril : « C’est de la barbarie théologique que de dévaloriser ces titres du pape comme un simple nom historique ».  

Jusqu’à présent, la page consacrée au souverain pontife, qui précède les sections sur le collège des cardinaux, les évêques du monde et les dicastères du Vatican, était publiée sous le titre “Vicaire de Jésus-Christ”. Suivaient ensuite ses autres titres : Successeur du Prince des Apôtres, Souverain Pontife de l’Eglise universelle, Primat d’Italie, Archevêque et Métropolite de la Province romaine, Souverain de l’Etat de la Cité du Vatican, Serviteur des Serviteurs de Dieu. Puis venait le nom du pape qui précédait sa courte biographie. Dans l’édition 2020 figure seulement en tête de page le nom “Jorge Mario Bergoglio”, suivi d’une brève biographie, et les titres du pape sont relégués en bas de page sous la mention « titres historiques », comme le montre une photographie de la page publiée par Il Messagero, le 3 avril. 

Pour l’ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, cette modification est lourde de sens. Elle a pour effet de mettre de côté la « signification dogmatique » du titre de « vicaire de Jésus-Christ », car « même le titre d’évêque de Rome n’a pas de signification dogmatique : Jésus n’a pas nommé Simon-Pierre évêque de Rome, mais il l’a désigné comme chef des apôtres », explique le cardinal Müller.  

Après la résurrection, le Christ est apparu à Pierre pour lui confirmer son pouvoir unique et universel sur son Eglise, ainsi que la Tradition unanime l’a toujours compris : « Après le repas, Jésus dit à Simon-Pierre : “Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ?” Il répondit : “Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime”, et Jésus lui dit alors : “Pais mes agneaux”. Une seconde fois, Jésus lui dit : “Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ?” Il répondit : “Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime.” Jésus dit : “Sois le berger de mes brebis”. Une troisième fois, il dit : “Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ?” Pierre fut attristé de ce que Jésus lui avait dit une troisième fois : “M’aimes-tu ?”, et il reprit : “Seigneur, vous connaissez toutes choses, vous savez bien que je vous aime”. Et Jésus lui dit : “Pais mes brebis” » (Jn 21, 15-17). 

« Les titres du pape “Successeur de Pierre, Représentant du Christ et Chef visible de toute l’Eglise” (…) font état d’éléments essentiels du primat pétrinien, qui remonte à l’institution du Christ et est donc de droit divin et non pas uniquement une loi humano-ecclésiastique. Aucun pape – ou concile œcuménique – ne pourrait, en recourant à son autorité suprême sur l’Eglise, abolir la primauté, l’épiscopat, les sacrements ou réinterpréter leur essence », poursuit le cardinal Müller dans l’hebdomadaire catholique allemand. 

Et de conclure : « Ce n’est qu’avec beaucoup d’humour et d’ironie que l’on peut supporter le dilettantisme théologique des statisticiens, même s’il est présenté avec hypocrisie comme un signe de grande humilité ». 

Dans un entretien accordé au vaticaniste Aldo Maria Valli, le 7 avril, Mgr Carlo Maria Viganò, ancien nonce aux Etats-Unis, montre les effets pratiques de cette humilité ostentatoire qui refuse les titres – et donc les devoirs – de la charge que l’on occupe : « on ne peut pas exiger l’obéissance au pape si, en même temps, celui qui est assis sur le trône de Pierre se comporte comme s’il ne l’était pas ; parce que, ce faisant, on opère une véritable mystification, on joue avec l’obéissance et avec le sens hiérarchique des fidèles, mais en même temps on se considère comme des liberi battitori [« travailleurs indépendants »], déliés de tous les devoirs et de toutes les contraintes que la papauté impose. »