Une historienne juive découvre la figure du cardinal Stepinac

10 Décembre, 2019
Provenance: fsspx.news
Cardinal Aloysius Stepinac.

Une historienne bosniaque d’origine juive voulait en savoir plus sur la façon dont sa famille avait eu la vie sauve pendant la Seconde Guerre mondiale, un sujet tabou dans l’ancienne Yougoslavie communiste. La conclusion de son enquête a permis de déconstruire la légende noire bâtie autour de la figure du cardinal Aloysius Stepinac, longtemps accusé à tort d’avoir collaboré avec le régime national-socialiste. 

« Croatie : Mgr Stepinac, martyr et collabo », n’hésitait pas à titrer le journal Libération en 1998, au moment de la béatification du cardinal Aloysius Stepinac (1898-1960), l’ancien archevêque de Zagreb (Croatie), mort à la suite des mauvais traitements qu’il avait subis durant près de 15 années de détention. 

Les travaux d’Esther Gitman, une historienne bosniaque d’origine juive vivant aux Etats-Unis, ont été mis en lumière au mois de novembre 2019 par plusieurs sites d’informations, dont The Boston Pilot et Catholic News Agency (CNA). 

Les recherches effectuées par l’historienne l’ont conduite à lire des milliers de pages de documents, dont 5000 spécifiquement liées aux opérations de sauvetage de Juifs durant la guerre. Elle a pu également interroger 67 survivants croates ayant sauvé de nombreuses vies durant cette période troublée. Au fil des différents témoignages, un nom apparaît fréquemment : celui d’Aloysius Stepinac. 

« Quand j’ai commencé à entendre le nom de Stepinac, j’ai pensé, avec mes préjugés, qu’il ne se pouvait pas qu’un prêtre et encore moins archevêque, ait sauvé des Juifs », avoue la chercheuse, avant de se rendre à l’évidence : « j'ai vu tout ce que cet homme a fait d’extraordinaire ; il a sauvé directement et indirectement plus de 6000 Juifs ». L’étonnement de cette femme vient de ce qu’elle était victime de la propagande communiste qui voulut salir la figure de l’archevêque de Zagreb en l’accusant de collusion avec le “fascisme hitlérien”, et sans doute du préjugé de ses coreligionnaires. 

Un homme d’Eglise persécuté par le communisme intrinsèquement pervers 

En prenant le pouvoir en 1945, le maréchal Tito impose le communisme dans toute la Yougoslavie. Nouvel homme fort du pays, il tente d'établir une église catholique nationale à sa botte, indépendante de Rome. Mgr Stepinac, anticommuniste dans l’âme, s’y oppose et n’hésite pas à dénoncer ouvertement les arrestations de prêtres et les confiscations de biens de l’Eglise. 

En septembre 1946, il est inculpé et condamné à 16 ans de travaux forcés, au terme d’un simulacre de procès. Il est accusé d'une prétendue collaboration avec les oustachis et le régime national-socialiste allemand, qu’il avait pourtant également dénoncé, sans crainte des représailles. 

En décembre 1951, sa peine fut commuée en assignation à résidence. Deux ans plus tard, Pie XII le créait cardinal. Mgr Stepinac est décédé en 1960 à la suite des mauvais traitements qu’il avait subis en prison. 

Les travaux d’Esther Gitman font apparaître, une fois encore, le rôle primordial joué par l’Eglise - et notamment par le pape Pie XII - durant la Seconde Guerre mondiale, luttant sans relâche contre les totalitarismes communiste et national-socialiste, afin de sauver un maximum de vies innocentes et de faire entendre la voix de la vraie civilisation.