Une nouvelle vision du mariage

27 Février, 2019
Provenance: fsspx.news

Depuis bientôt soixante ans s’est développée à l’intérieur même de l’Eglise une nouvelle conception du sacrement de mariage. S’agit-il d’une évolution homogène de la doctrine catholique ou doit-on au contraire déplorer une rupture dans l’enseignement ? Trois points attireront spécialement notre attention. 

L’inversion des fins du mariage 

Au concile Vatican II, le mariage est défini à deux reprises comme une « communauté d’amour »1. Une telle affirmation n’est pas fausse mais ouvre la porte à une vision personnaliste du mariage dans laquelle l’amour des époux prend le pas sur la procréation. Mgr Lefebvre, dans une intervention au Concile déposée le 9 septembre 1965, remarque : « Le chapitre du mariage présente l’amour conjugal comme l’élément primaire du mariage, dont procède l’élément secondaire, la procréation ; tout au long du chapitre, amour conjugal et mariage sont identifiés. Cela est contraire à la doctrine traditionnelle de l’Eglise et, si on l’admettait, il s’ensuivrait les pires conséquences. On pourrait dire en effet : “pas d’amour conjugal, donc pas de mariage !” Or, combien de mariages sans amour conjugal ! Ce sont pourtant d’authentiques mariages »2

Le Concile s’est abstenu de rappeler que la procréation était la fin primaire du mariage. Il s’est contenté de dire : « Le mariage et l’amour conjugal sont ordonnés par leur caractère propre à la procréation et à l’éducation (…) sans sous-estimer pour autant les autres fins du mariage ». Le verbe posthabere, traduit ici par sous-estimer, signifie faire passer au second plan. C’est dans le même esprit que le Code de droit canonique de 1983 écrit au canon 1055 que le mariage est ordonné « au bien des conjoints ainsi qu’à la génération et à l’éducation des enfants ». Le Code de 1917 disait au contraire avec clarté au canon 1013 : « La fin primaire du mariage est la procréation et l’éducation des enfants ; la fin secondaire est l’aide mutuelle et le remède à la concupiscence ». Commentateur officiel du nouveau Code, le chanoine Roger Paralieu relève : « Ceci suppose un changement radical avec la doctrine enseignée jusqu’à Vatican II, où l’on établissait une hiérarchie des fins du mariage. Le Concile s’est refusé à établir cette hiérarchie ; le texte du Code est la conséquence de cette position conciliaire »3

On pourrait croire qu’il ne s’agit que d’un débat théorique, sans implication pratique. Au contraire, l’enjeu est de taille. En 1968, le pape Paul VI condamne courageusement la contraception. Aussitôt, des épiscopats entiers refusent cette condamnation, invoquant chez les époux la nécessaire « expression physique de leur amour »4. En conséquence, les conférences épiscopales des Etats-Unis, de France et d’Allemagne s’opposent publiquement à Paul VI et invitent les époux à suivre leur conscience. Et pour justifier leur position, elles n’hésitent pas à citer Vatican II, Gaudium et spes au n°51. Voilà une conséquence directe de l’inversion des fins du mariage. 

Un péril pour la foi 

Le pape Paul VI a tristement marqué le droit matrimonial par le Motu proprio Matrimonia mixta du 31 mars 1970. Rappelons que l’Eglise a toujours interdit à ses fidèles d’épouser des non-catholiques. Il arrivait que les autorités donnent une dispense, mais à des conditions très précises : l’Eglise exigeait que le non-catholique donne la garantie d’écarter le danger de perversion du conjoint catholique. Elle demandait aussi que les deux conjoints donnent la garantie écrite de baptiser tous les enfants et de leur assurer la seule éducation catholique (CIC 1017 canon 1061). L’Eglise ajoutait au canon suivant que le conjoint catholique était tenu par l’obligation de travailler prudemment à la conversion du conjoint acatholique. 

Hélas, le pape a mis fin à ces sages mesures. Depuis 1970, le conjoint acatholique n’est plus tenu au moindre engagement. Paul VI se contente d’écrire : « La partie non catholique sera informée en temps voulu des promesses auxquelles est tenu le conjoint catholique ». Cette réforme a été intégrée au nouveau Code de 1983, au canon 1125. Elle met gravement en péril la foi du conjoint catholique, ainsi que celle des enfants. Elle est donc contraire à la loi divine et inacceptable. C’est pourquoi la Fraternité Saint-Pie X, à la suite de son fondateur, l’a toujours refusée, continuant à suivre les sages canons du Code de 1917 à ce sujet. 

L’indissolubilité du mariage attaquée 

Le 8 septembre 2015, par le Motu proprio Mitis Judex, le pape François réformait en profondeur le Droit canonique au sujet des procès en nullité de mariage. En simplifiant et en accélérant la procédure, le pape a fait voler en éclats toutes les digues qui protégeaient l’indissolubilité du mariage. Comme l’a écrit le 15 septembre 2015 Mgr Bernard Fellay, alors Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, dans sa Supplique au Saint-Père, « les récentes dispositions canoniques du Motu proprio facilitant les déclarations de nullité accélérées, vont ouvrir la porte de facto à une procédure de divorce catholique qui ne dit pas son nom ». 

En outre, le 19 mars 2016, le pape François publiait l’exhortation apostolique Amoris lætitia. La question des divorcés « remariés » y est abordée au chapitre 8. Au paragraphe 305, le pape explique que certains divorcés « remariés », tout en vivant maritalement leur nouvelle union purement civile, peuvent être en état de grâce. Ils peuvent donc bénéficier de l’aide de l’Eglise. Et d’ajouter à la note 351 : « Dans certains cas, il peut s’agir aussi de l’aide des sacrements. Voilà pourquoi je rappelle aux prêtres que le confessionnal ne doit pas être une salle de torture mais un lieu de la miséricorde du Seigneur. L’Eucharistie n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles ». Autrement dit, dans certains cas, les divorcés remariés purement civilement et vivant dans l’infidélité à leur véritable conjoint, en situation d’adultère, peuvent recevoir la sainte Eucharistie. Une telle doctrine est contraire à la loi divine et à l’enseignement constant de l’Eglise ; elle ne saurait donc être admise. 

Conclusion 

La conception moderniste du mariage s’éloigne de la conception catholique du mariage telle qu’elle a été exposée par le Magistère de l’Eglise, et spécialement par le pape Pie XI en 1930 dans l’encyclique Casti connubii. Il est donc important que tout catholique reste fidèle à l’enseignement traditionnel de l’Eglise en cette matière, et refuse fermement ces nouveautés contraires à la loi divine. C’est le salut de la famille catholique, et donc de toute la société, qui est en jeu. 

  • 1. Constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 7 décembre 1965, n°47 et n°48.
  • 2. Mgr Marcel Lefebvre, J’accuse le concile, éditions Saint-Gabriel, 1976, p. 90.
  • 3. Roger Paralieu, Guide pratique du Code de droit canonique, éditions Tardy, 1985, p. 316.
  • 4. Note pastorale des évêques de France, 8 novembre 1968.