Vatican I : retour sur un concile inachevé (7)

14 Mai, 2020
Provenance: fsspx.news

Episode 7 : une discussion les poings serrés 

Il y a cent cinquante ans, s’ouvrait le premier concile du Vatican, sous la houlette du pape Pie IX. FSSPX.Actualités revient sur l’histoire passionnante d’un concile qui fut le théâtre de l’opposition entre libéraux et ultramontains, et au terme duquel fut proclamé le dogme de l’infaillibilité pontificale.  

Le 13 mai 1870, sous la coupole de la basilique Vaticane, s’élève un bourdonnement continu : les congrégations générales viennent enfin de commencer à débattre du schéma sur l’infaillibilité pontificale, tel qu’il a été proposé par la Députation de la foi. 

C’est à un Français, Mgr Louis-Edouard Pie, que revient l’honneur de présenter le projet définissant solennellement les prérogatives du successeur de Pierre. L’évêque de Poitiers a été choisi, explique Mgr Baunard, son biographe, en raison de la réserve et de l’équilibre qu’il a toujours gardés à chaque fois qu’il abordait l’épineuse question. 

Mgr Pie tente de déminer le terrain au plan doctrinal : il n’est pas question d’attribuer le privilège de l’infaillibilité au pape en tant que personne privée prise séparément du reste de l’Eglise, ni d’opposer le pape à l’Eglise, comme si la tête pouvait vivre sans son corps, explique le prélat. 

Des débats passionnés qui finissent par s’enliser 

La position de Mgr Pie fait consensus, mais les débats se tendent sur le point de savoir s’il est vraiment opportun de définir l’infaillibilité maintenant. L’évêque de Nancy témoigne du caractère passionné de la discussion : « plusieurs orateurs me font l’effet de parler les poings serrés ou le doigt sur la détente d’un révolver », écrit Mgr Joseph-Alfred Foulon, le 23 mai 1870. 

Ainsi, Mgr Georges Darboy, l’archevêque de Paris qui devait mourir un an plus tard sous les balles des communards, s’oppose catégoriquement à la définition de l’infaillibilité pontificale : « Si le monde entier rejette la vérité quand elle lui est présentée par le corps entier de l’Eglise enseignante, combien plus ne la rejettera-t-elle pas lorsqu’elle lui sera présentée par un docteur infaillible de la veille ! » 

Mgr Henry Edward Manning, archevêque de Westminster, se dresse aussitôt contre son confrère de Paris. En s’appuyant sur son expérience de converti de l’anglicanisme, il défend ardemment la définition du dogme de l’infaillibilité. 

Les jours passent, et les discours se succèdent : soixante-cinq en deux semaines, dont vingt-six en faveur des anti-infaillibilistes. La répétition des arguments devient peu à peu monotone, voire fastidieuse, tandis que quarante orateurs sont encore inscrits et doivent prendre la parole dans l’aula conciliaire… 

Aussi, le 2 juin 1870, conformément au règlement du concile modifié quelques mois plus tôt afin d’éviter tout enlisement, cent cinquante pères signent une pétition demandant la clôture de la discussion générale. Désormais, les débats vont pouvoir entrer dans le vif du sujet et se concentrer sur les différents chapitres du schéma. 

Mais le diable se niche souvent dans les détails. A Rome, plus qu’ailleurs ? 

A suivre…