Vatican : un floutage fatal

22 Mars, 2018
Provenance: fsspx.news

Ce qui devait être une opération promotionnelle pour onze opuscules, édités par la Librairie vaticane, mettant en valeur certains aspects de la pensée du pape François, s’est métamorphosé en un cauchemar pour le Secrétariat de la communication du Saint-Siège. Retour sur un crime presque parfait, en cinq actes.

Acte 1. Quand le préfet sollicite le pape émérite.

Le 12 janvier 2018, le préfet du Secrétariat pour la communication du Saint-Siège, Mgr Dario Viganò, écrit au pape émérite Benoît XVI pour lui demander une « page théologique courte et dense », afin d’assurer la promotion de onze opuscules, émanant de divers théologiens et donnant une vision positive de la pensée du pape François.

Le 7 février, Benoît XVI répond par deux feuillets glissés dans une enveloppe, avec la mention « confidentiel et personnel », selon le vaticaniste Andrea Tornielli qui ajoute que l’entourage immédiat de Joseph Ratzinger avait formellement déconseillé de diffuser cette réponse.

Acte 2. Le préfet, dans l’euphorie, évoque la lettre devant la presse mondiale.

Le 12 mars, à la veille du 5e anniversaire de l’élection du pape François, Mgr Viganò, jugeant prudent d’ignorer la confidentialité du courrier, donne lecture aux journalistes du passage dans lequel le pape émérite affirme approuver « cette initiative qui veut s’opposer et réagir au préjugé insensé selon lequel le pape François serait un homme purement pratique, privé d’une formation théologique ou philosophique particulière, alors que moi j’aurais été uniquement un théoricien de la théologie qui n’aurait pas compris grand-chose de la vie concrète d’un chrétien aujourd’hui ».

Et Benoît XVI d'ajouter : « ces petits volumes montrent à raison que le pape François est un homme d’une profonde formation philosophique ou théologique, et aident donc à voir la continuité intérieure entre les deux pontificats, même avec toutes les différences de style et de tempérament. »

Des propos relayés « urbi et orbi » qui semblent appuyer l’idée d’une profonde continuité d’un pontificat à l’autre, sans qu’il existe entre les deux l’épaisseur d’une page de papier bible…

Acte 3. De fins limiers flairent une manipulation.

Le vaticaniste Sandro Magister se fait l’écho dès le lendemain d’un certain malaise partagé par la presse mondiale : sur la photo envoyée aux journalistes le 12 mars, les deux dernières lignes de la première page sont floutées, et tout le texte de la deuxième page, hormis la signature, est caché par la pile des 11 opuscules.

Or l’Associated Press, qui possède les droits sur la photo en question, s’étonne du procédé, le qualifiant de « contraire à ses règles de déontologie ».

Face à ces protestations, le Vatican publie le 13 mars un texte enrichi, qui se veut « intégral », de la lettre, où Benoît XVI affirme qu’il n’écrit que sur les livres qu’il a lus, et qu’il a autre chose à faire que de lire ceux-là. Et le texte se termine ainsi : « Je suis sûr que vous comprendrez, et je vous salue cordialement. »

Mais comme pour les trains, un bidonnage journalistique peut en cacher un autre…

Acte 4. L’art de confesser ses fautes.

Quelques jours plus tard, Sandro Magister - encore lui - remarque sur son blogue Settimo Cielo, en date du 17 mars, que la position étonnante de la signature sur la seconde page laisse entendre que le texte au-dessus est bien plus long que ce qui a été communiqué, et que selon des sources « irréfutables », émanant de « l’entourage de Benoît XVI », ce paragraphe serait en fait une vive critique contre certains auteurs de cette collection, connus pour leurs positions hétérodoxes au regard de la doctrine catholique.

Quelques heures plus tard, le Saint-Siège, « à la demande de Benoît XVI », selon le journaliste religieux du Figaro, Jean-Marie Guénois, publie, de guerre lasse, la version vraiment intégrale de la lettre, manifestant l’étonnement - voire l’indignation - du pape émérite d'avoir été sollicité pour faire l’éloge d’un des volumes écrit par un théologien qui a violemment attaqué le magistère. Et le lecteur s’aperçoit enfin, non sans surprise, que dans la dernière phrase, on avait enlevé le mot « refus » : « Je suis sûr que vous comprendrez mon refus. »

L’effet est désastreux, et la continuité affirmée par Mgr Viganò entre les deux pontificats vole d’un coup en éclats.

Acte 5. La roche tarpéienne, toujours si proche du Capitole.

Le 21 mars, le couperet tombe : le pape accepte la démission « spontanée » de Mgr Dario Viganò de sa charge de préfet du Secrétariat pour la communication du Saint-Siège.

Avec quelques jours de recul, on peut déjà constater que l'affirmation de la « continuité intérieure » des deux pontificats, au moyen d’une lettre manipulée sans vergogne, aboutit en fait à « surexposer » Benoît XVI et François, au risque de les opposer et de les discréditer : c’est la faute de Mgr Viganò, et elle suffit pour le disqualifier.

De plus, quel discrédit jeté sur le Secrétariat à la communication, sur le Saint-Père lui-même qui demandait pourtant, le 24 janvier 2018, dans un message adressé aux journalistes, de « contribuer à l’engagement commun pour prévenir la diffusion de fausses nouvelles et pour redécouvrir la valeur de la profession journalistique » !

« Faire les réformes à Rome, c’est comme nettoyer le Sphinx d’Egypte avec une brosse à dents », avait ironisé le souverain pontife dans son discours à la Curie du 21 décembre 2017, mettant en garde celle-ci contre « cette logique déséquilibrée et dégénérée de conspirations ou de petits cercles qui représentent réellement – malgré toutes leurs justifications et bonnes intentions – un cancer qui mène à l’autoréférentialité ». - Contre une telle maladie, la Tradition bimillénaire de l’Eglise demeure sans conteste la thérapie la plus adaptée…