Vatileaks : l’enquête se poursuit

22 Juin, 2012
Provenance: fsspx.news

Benoît XVI a reçu le 16 juin dernier la commission d’enquête chargée de faire la lumière sur le scandale des fuites au Vatican. Mise en place à la fin du mois d’avril dernier et composée de trois cardinaux à la retraite, l’Espagnol Julian Herranz, le Slovaque Jozef Tomko et l’Italien Salvatore De Giorgi, tous trois âgés de plus de 80 ans, la commission peut interroger qui elle veut parmi les 2.843 et 2.001 personnes travaillant respectivement pour la Curie et pour le gouvernorat (l'administration vaticane).

Elle seule, par exemple, peut interroger d'autres cardinaux. Bien que rendue publique, aucune information n’a filtré de cette rencontre. L'enquête se poursuit également sur le plan pénal. Saisies du dossier, la police et la justice vaticanes ont longuement interrogé, le 6 juin, Paolo Gabriele, majordome du pape, accusé de « vol aggravé » (voir DICI n°256 du 08/06/12). Il reste à ce jour le seul suspect arrêté.

Selon les éléments obtenus par les premiers interrogatoires, il aurait, selon la presse italienne, dérobé la correspondance du pape sur le bureau du secrétaire particulier de Benoît XVI, Mgr Georg Gänswein, et l'aurait photocopiée pour la transmettre à l'extérieur, ou à un complice à l'intérieur du Vatican. Mais pour les médias transalpins, Paolo Gabriele ne serait qu’un « bouc émissaire ». Selon plusieurs d’entre eux, il paraît certain que des cardinaux sont à l'origine des fuites et que le majordome a seulement remis des lettres pour d'autres personnes qui les auraient par la suite exploitées et divulguées. Ces informations ont été rapidement réfutées par le P. Federico Lombardi.

Le Directeur de la Salle de Presse du Vatican a notamment démenti le 11 juin 2012 l’information publiée le matin même par trois grands quotidiens, selon laquelle deux cardinaux et cinq laïcs, dont un journaliste, figureraient parmi les suspects. « Il peut y avoir des éléments plausibles mais je vous mets en garde contre les chiffres », a-t-il averti. Le P. Lombardi a reconnu la « lenteur » avec laquelle se poursuivait l´enquête. Mais il a indiqué que c´était le signe d´un « processus scrupuleux » de la part de la justice vaticane. Parmi les cardinaux régulièrement cités dans la presse italienne, le cardinal Angelo Sodano, qui a dirigé la Secrétairerie d´Etat du Saint-Siège pendant 16 ans sous Jean-Paul II, s´est dit étonné par les « insinuations de plusieurs manœuvres ». 

Dans un entretien publié en première page de L´Osservatore Romano daté du 6 juin 2012, le doyen du collège cardinalice a précisé que « diversité d´opinions ne voulait pas dire divisions ». « Par expérience personnelle, je peux vous assurer que l´engagement à constituer une véritable communauté de travail au service du pape est la règle à la curie romaine et au gouvernorat », a confié le cardinal Sodano, reconnaissant toutefois que, « dans une communauté aussi nombreuse, quelqu´un peut parfois manquer à ses devoirs ».

Bien que la presse fasse état de relations conflictuelles latentes entre lui et l’actuel Secrétaire d’Etat du Vatican, le cardinal Tarcisio Bertone, le prélat romain a souligné sa « proximité de longue date » avec son successeur, précisant qu’il est « heureux de collaborer » lorsqu´il le peut. De son côté, Gianluigi Nuzzi (sur la photo), le journaliste qui a diffusé les fuites du Vatican dans son livre « Sua Santita » (Sa Sainteté, les papiers secrets de Benoît XVI, éditions Chiarelettere, non encore disponible en français), s’est exprimé dans la presse française. Lors d’un entretien paru le 7 juin dans le magazine Le Pèlerin, il défend le bien-fondé de son travail, espérant notamment que « la divulgation de ces documents permettra d’introduire plus de transparence derrière ces hauts murs ». Le journaliste transalpin dit cependant peu de choses sur les sources des fuites, si ce n’est qu´il s´agit de « catholiques qui travaillent au Vatican depuis des années dans un esprit de fidélité au pape et à l’Eglise ».

Il affirme en avoir rencontré « une dizaine, mais ils seraient peut-être le double ». Ce serait « d’authentiques croyants qui ne supportent plus l´hypocrisie dont ils sont les témoins au sommet de l´Eglise. L’un d’eux, par exemple, est entré dans une véritable rage en découvrant des dépenses somptuaires, telle que la crèche de Noël 2009 sur la place Saint-Pierre, qui a coûté 550.000 euros. Un autre m’a confié ne pas avoir peur, il disait agir avec la ‘sérénité des justes’ ». Quand on lui demande si le scandale provoqué le perturbe, il rétorque qu´un « livre peut faire évoluer une situation » et qu’il a « la conscience tout à fait tranquille » puisqu´il n´a « rien commis d´illégal » et qu´il a seulement « fait œuvre d´information ». Il explique ainsi avoir effectué un patient travail de vérification et de recoupement pour restituer le contexte de ses révélations. Le journaliste italien nie vouloir faire du tort à l´Eglise et affirme avoir « infiniment de respect » pour Benoît XVI. « En outre, dit-il, le Vatican et l’Eglise sont deux réalités bien distinctes : quoi de commun entre un ambitieux prélat romain (…) et des paroissiens dévoués qui se cotisent pour acheter une photocopieuse ?

Depuis la parution de Sua Santita, je reçois des messages d’encouragement de nombreux catholiques. Je suis sûr que mes grands-parents, qui venaient sonner les cloches chaque dimanche à l’église, seraient fiers de moi. » Il défend enfin le majordome du pape, s´étonnant qu´on « mette à l´isolement un individu pacifique que l’on accuse simplement d´avoir subtilisé des papiers » (sic !). Mis en cause publiquement par ces « papiers », le cardinal Tarcisio Bertone, Secrétaire d’Etat du Vatican, s’est exprimé le 21 juin dernier dans l’hebdomadaire italien Famiglia Cristiana. Il s’est dit « au centre de la mêlée » et a reconnu « vivre ces affaires douloureusement », tout en recevant beaucoup de soutiens dans « l'Eglise réelle ». Selon le prélat romain, « il y a une tentative acharnée et répétée de séparer, de créer des divisions entre le Saint-Père et ses collaborateurs. Et entre les collaborateurs eux-mêmes ». Il a reproché à « beaucoup de journalistes, en inventant des fables, de jouer à Dan Brown », auteur du Da Vinci Code, ayant imaginé que le Saint-Siège était au cœur de nombreuses conspirations. Revenant également sur le limogeage du président de l'Institut pour les œuvres de religion (IOR), Ettore Gotti Tedeschi, le 25 mai dernier (voir DICI n°256), le cardinal Bertone a déclaré que « son éloignement n'est pas dû à des doutes internes quant à la volonté de transparence (dans la gestion de la banque), mais plutôt à une détérioration des rapports entre les conseillers, en raison de divergences ».

Des divergences que confirme le numéro deux de la Banque du Vatican, Paolo Cipriani. Il révèle que son ancien président « ne prenait pas les choses en main, c´était comme s´il était absent, même lorsqu´il était là ». Dans un entretien publié par le quotidien italien Il Corriere della Sera du 10 juin 2012, il a assuré que « parfois, il venait à la présidence, qui est détachée du reste de l´Institut, et ne disait rien, puis il s´en allait ». Par ailleurs, dans sa documentation personnelle saisie par la justice italienne, Ettore Gotti Tedeschi aurait confié avoir été limogé suite à ses demandes d´éclaircissement sur des comptes ouverts à l’IOR et appartenant à des hommes politiques italiens. Une version que réfute Paolo Cipriani, qui reproche au contraire à son président d´être resté sourd à ses appels à enquêter sérieusement sur la question. Ettore Gotti Tedeschi « préférait ne rien savoir », a-t-il assuré au sujet de son ancien supérieur.